Dépêchez-vous d’envoyer des cartes postales, bientôt ce ne sera plus possible.
SOMMAIRE
La Normandie bon marché
Si vous décidez d’envoyer un message de Normandie avec WhatsApp, prenez le temps de bricoler une image qui bouscule les codes :
Evitez cela :

Osez ceci :

C’est l’occasion de louer les symboles dont les dieux ont orné la nature.
Si vous décidez d’envoyer une vraie carte postale, choisissez une carte bon marché sans originalité. Les deux cartes ci-dessous feront l’affaire.


Personnellement je choisis la seconde, la plus neutre, avec la vache qui a l’Eurasie tatouée sur le flanc gauche.
ASTUCE : avec une réalité banale, jouez l’ignorance, la découverte, la méprise en prenant le contrepied du commentaire enchanteur.
EXEMPLE
La Normandie est un petit pays brumeux, humide et froid dont les habitants ont tout pour être malheureux. L’œil laiteux et la jambe lourde, ils enferment leur diabète au fond de grandes maisons difficiles à chauffer.
Le Normand souffre d’ennui chronique. Contrairement à son voisin le breton, il n’a jamais revendiqué une autonomie d’aucune sorte.
Comme vous pouvez le constater sur cette carte postale, les seuls qui semblent tirer leur épingle de la botte de foin, sont les dobermans. Ils sont énormes ! Leurs grandes oreilles musclées procurent une ombre apaisante à leur conjonctivite congénitale ; et sur leur front, deux excroissances cornées témoignent d’une vitalité exubérante.
AUTRES TECHNIQUES
- Décrire une réalité paradisiaque qui n’existe qu’en rêve, comme si c’était la vraie vie
- Décrire une réalité épouvantable, comme si c’était la vraie vie
- Décrire avec minutie un événement sans intérêt et sans rapport avec les vacances.
- Dans le même ordre d’idée, n’importe quel « science » peut donner matière à contrepied de nez, l’astrologie par exemple (cf. bibliographie).
L’œuvre picturale
Dans le même genre, vous pouvez commenter ou décrire une carte postale représentant une œuvre picturale, les boutiques des musées en regorgent.
Voici trois exemples dont je n’ai pas retrouvé les œuvres :
- Entre deux fenêtres, une huile non signée, d’un esthétisme douloureux, montre de rouannes mérétrices vêtues civilement de gants et de bas noirs, déambulant en escarpins dans un univers de sofas, le visage barré de velours sombre.
- Sur le mur du fond, la reproduction soignée d’une peinture d’un siècle en V expose les corps diversement tourmentés de tribades grimaçant de ravissement, aux prises avec les émissaires d’une mythologie animalière blafarde. A l’arrière-plan, une aube ravisseuse de ténèbres hachure des campagnes somnolentes, hérissées de clochetons.
- Cette carte postale me rappelle Valenciennes, les berges aréneuses du canal Sainte victoire, les saules indécis et le ciel triste, éperdument. Bien sûr, la photographie a été prise dans le midi. Ce n’est pas une raison.
Voici un exemple avec l’œuvre associée :

J’aime cette peinture jaune et carrée. J’aime la raideur indigeste de la silhouette qui traverse un Léthé de pacotille sur une sorte de convertible infernal dont les structures escamotables relèvent davantage du piège à rat que de la passerelle.
Des spectres végétal (des cyprès probablement) ainsi qu’un aérostat aux langueurs d’ectoplasme (de la fumée semble-t-il) constituent le comité d’accueil d’un monde qui semble pareil au nôtre. L’Ankou montre le chemin, mais la silhouette au parasol n’est pas sur la charrette.
Le corps n’est plus qu’une marionnette à l’affût de son désastre, sur les planches mal jointes du théâtre de sa vie.
Le fleuve de l’oubli emportera l’ombrelle dérisoire tandis que l’âme poursuivra sa sinistre chevauchée.
Quel mystère dans l’acte de peindre !
Tous les peintres tournent mal.
Et pourquoi cette spéculation sur tant de souffrance ?
Peut-être parce que la souffrance n’a pas de prix !
Le canal Saint-Martin
Paris étouffait sous la canicule, des gens se noyaient dans le canal Saint-Martin : l’image mettait d’accord l’histoire et la géographie.

Bonjour G, PARIS, le 11 juillet 2026
Encore merci pour les lignes d’écriture : « Jean fréfère le jeu au travaille. » Dieu sait les affres qui furent les miennes.
À Paris, l’on se noie dans le canal Saint-Martin. Il fait 31 °C dans l’appartement. Entre deux douches froides, je réécris le Chat botté du point de vue de la princesse : l’Amour avec un grand Chat. Un conte baroque intitulé Les Bottines rouges.
Aurélie est à un festival de musique à Aix-les-Bains. Après, elle ira à Montélimar dans la belle-famille – ce monde opaque et darwinien où il fait bon survivre.
Bonne canicule !
H. et C. 11/07/2026 Paris
Mon grand-père
Introduction
Aujourd’hui, je vais vous parler de mon grand-père. J’en ai qu’un seul.
C’est un homme vieux, qui a une santé fragile, qui est gentil et sérieux. Il a 69 ans.
Il a les cheveux blancs, il porte des lunettes et un foulard.
Développement
Mon grand-père habite dans une grande maison faite de bois qu’il a construite lui-même.
Il habite au bord d’un commencement de forêt débouchant dans une prairie, non loin d’un grand lac où l’on peut nager.
L’été, nous venons le voir et restons avec lui pendant un mois.
Pendant qu’il fait son exposé sur les moulins, nous allons nous baigner dans le lac.
Quelques fois, nous nous promenons dans la fôret avec lui. Nous l’appelons toujours « Pépé. »
Pendant les vacances de printemps, il va venir nous voir pour 3 ou 5 jours. Il logera chez nous et nous ferons des visites au Louvre, au Bon marché, etc.
Conclusion
Dans quelques jours, mon grand-père viendra me voir.
J’espère qu’il m’aime bien car je l’aime.
Voilà.
A.
Vacances d’hiver
Buffet froid

Buffet froid,
En voyant toute cette neige, je me dis que paléontologue est un métier d’avenir (même si son objet reste le passé). La fonte des glaces qui s’accélère va mettre à jour des tonnes de viande et d’ossements préhistoriques. On va être débordé si l’on n’anticipe pas.
Il faut créer un BEP pachydermes laineux, une option fossiles pour le DUT d’esthéticienne (faux cils), un master Jurassique, comme l’on déjà fait les Alsaciens (munster), enseigner la ptérodactylographie dès le secondaire…
Sinon, c’est Picard qui va remporter le morceau et l’on bouffera de la viande gelée jusqu’à la prochaine ère.
A propos, savez-vous comment les dinosaures ont disparu ? Ils ont été éliminés par un tirajosaure.
Semaine sans violon, sans piano et sans devoirs pour A.
Mais elle en chie pour essayer de décrocher une flèche ou un chamois.
On vous embrasse.
C.
Lombric de bronze

Bonjour les marmottes,
On est sous perf, la joie de vivre s’infiltre doucement dans nos tissus.
Cette année, A. va passer son lombric de bronze !
H. est persuadée qu’il existe d’abominables acariens des neiges capables de vivre à 1800 m d’altitude.
La devinette du lombric : Pourquoi le retour à la terre est-il bon pour le moral ?
Réponse : Parce que l’artère fémorale. (La terre fait moral).
C. A. H. 2009 Alpe d’Huez
Deuxième étoile

Famille M. Beaumont-du-Lac.
Bonjour, Beaumontoises et Beaumontois !
Alors, le mont ? Toujours aussi beau ?
Et le lac ? Toujours aussi possessif ?
Combien de vaches sur le plateau ?
Combien de perches au fond de l’eau ?
Combien de bergères sous le manteau ?
Combien de cerises sur le gâteau ?
Par ici, on s’acclimate, on joue les acrobates, c’est bat.
On se régale de lombrics albinos à la sauce tomate. C’est encore meilleur, le lendemain, gratiné au fromage de rate.
Cette année, j’ai investi dans un casque : mon cerveau est ce que je possède de plus crémeux. C’est un cerveau d’excellente qualité qui me rend de nombreux services. Le port du casque est peu répandu chez le skieur adulte. Quand je vois l’arrogance impassible avec laquelle ce petit monde descend les pistes de couleur… J’en ai la combi toute humide. Étant donné la dureté de la croûte neigeuse (la terre n’est pas très loin) on se rapproche de la chute de scooter.
Demain, jeudi soir, A. passe sa 2e étoile aux chandelles.
À part ça, on est bien logés : c’est du 4 sapins. Hyper fonctionnel, bien insonorisé. Un petit bémou : il n’y a pas de prise casque sur la télévision. Ce n’est pas prudent. La prise casque devrait être obligatoire aux sports d’hiver. Il y aurait moins de scènes de ménage et de nuques brisées sur le bord de la table basse.
Le matin, opération à cœur ouvert sur l’avenue pendant qu’A. est à l’école du ski français. On s’arrête pour prendre un café d’Afrique afin de se réchauffer la couenne du lard. Puis, on lit les gros titres chez le vendeur de journaux. Un peu plus tard, on salue d’un geste familier quelques Touaregs qui poussent vers les remontées mécaniques des esclaves enchaînés. Puis on traque jusque dans la boutique du rôtisseur un poulet que l’on ramène tout fumant au logis. Enfin, on récupère la princesse des neiges au bas du télésiège, on frictionne ses petits pieds meurtris, on déguste une crêpe T. H. au lait de chèvre et cassonade, et puis voilà.
Bises !
C. H. A. 09/02/2006 Chambéry.
Courrier à deux plumes


Les M. Beaumont-du-Lac
Chers Limougeots,
Nous sommes dans les Alpes.
Il y a beaucoup de soleil, beaucoup de neige et beaucoup de renards.
Je fais du ski, de la luge et je dors 13 heures par nuit, comme les marmottes.
Gros bisous !
A. 01/03/2005
Chers amis,
Notre séjour au Japon se déroule dans les meilleures conditions. Les nuits sont glacées mais la fée électricité veille sur notre carte bleue.
Notre Mimi internationnale slalome sur la piste verte dès le deuxième jour… Il va falloir revenir l’année prochaine.
On fait de la luge sur le tronçon de route enneigée qui monte au col fermé de la Croix de Fer. C’est plat, c’est à deux pas, c’est ce qu’il nous faut.
Pas de violon, pas de piano, rien que de la neige : c’est un rêve.
Heureusement, le professeur de ski ressemble à un gendarme avec sa grosse moustache grise ; sinon, le tableau serait parfait et l’on aurait du mal à y croire.
Papa joue l’écuyer avec ses godillots qui ont fait le tour de la France. On le voit au départ du tire-fesse, puis à l’arrivée du tire-fesse. Entre les deux il s’est farci la pente dans la poudreuse… Mais il aime ça, papa, s’occuper de sa Mimi !
Bon, en attendant le dégel (5 minutes chrono pour installer les chaînes), voici quelques haïkus (petit mot signifiant poème court japonais). Je vous épargne la théorie. Si quelqu’un vous fait remarquer que la métrique du haïku n’est pas respectée (5, 7, 5), dites lui que ce sont des traductions de haïkus japonais.
Grosses bises
Premiers flocons
Il ne veut plus faire un pas
L’épouvantail
Quand le train passe
Elles se retiennent d’aboyer
Les vaches
Matin clair
Le cheval pette
Il est long le chemin
Fleurs sans parfum
Aux premiers jours de mai
Tremblants adieux
La rosée aux prunes
Fait un bonnet d’argent
Quand reviendras-tu ?
Odeur de goudron
Sur le rail encore chaud
La carte d’un lézard
Haute montagne
À l’amare des rives
Un village enfumé
Cuisses poilues
En première de couverture
La mouche écrasée
Tous les matins
Il se rase au bout de la table
Lo zio
Le cri du coucou
Un paysan cherche un coin
Pour faire caca
C. 01/03/2005 Saint Sorlin d’Arves
Vacances à la mer
Demain on plie

Chères méduses !
Demain on plie : c’est la fin des vacances.
Les femmes dégonflent leurs seins.
Un grand black deale ses derniers draps de bain.
- On pourrait en prendre un ou deux pour remplacer nos serviettes, qu’en penses-tu chéri ?
- Laisse tomber, ils sont bien trop grands pour notre séchoir. Tu lui achèteras une Tour Eiffel quand on sera rentrés.
- T’es bête !
Indifférents aux préparatifs du retour à la longue apnée parisienne, les enfants continuent de gratter le sable.
À l’année prochaine pour un nouveau bol d’air marin, sales bêtes !
A. ; C. ; H.
Les recettes de chez Picard


En vacance, on ne sait pas quoi faire de ses dix neurones. Alors on lit les recettes de chez Picard sous un grand parasol.
J’ai bien aimé l’Ananas des tropiques. Mais si, rappelez-vous, l’ananas en morceaux de chez Picard, celle qu’on a retrouvée dans un congélateur ! Il en ont tiré un film. C’est moins long qu’un polar scandinave et moins intello qu’un Agatha Christie. Je recommande.
Le vocabulaire est toujours le même, c’est reposant : déglacez, réservez, badigeonnez, faites réduire, enfournez, caramélisez… Et surtout, n’oubliez pas le piment d’Espelette – épice très prisée (nez sensibles s’abstenir).
Si vous préférez l’espionnage, vous adorerez les Crevettes en robe de chorizo.
Cette recette nous a donné une idée de robe de bal pour notre crevette.
Nos vacances à Saint Clair breton sont une suite de festivités. Ce soir : bal des crevettes sur l’air de Carlos « Chorizob ! Chorizob !« . Il faut environ une centaine de chorizos pour confectionner une tenue de bal. Et à minuit, tout ça se transforme en chose horrible (cho-zo-ri [ble]).
Demain, ce sera plus tranquille : on a prévu de visiter le musée de la narine (piment d’Espelette à volonté). J’espère qu’on aura le pied tarin !
Non signé, Le Lavandou
Sale temps

Il fait tellement froid qu’on a été obligés de sortir les chaînes en plein été : la Une, la Deux, Arte, etc.
Mais c’est quand même un sacré avantage de ne pas avoir à descendre à la plage tous les jours.
En plus, le froid favorise la reproduction du plancton : les méduses prolifèrent.
Heureusement, il y a le froid de canard aux mûres sauvages de chez Picard. Une recette réconfortante et régressive… Un euphémisme corporatif signifiant « riche en mauvaises graisses » !
Bons baisers du huit-trois.
Non signé, Le Lavandou

M. Beaumont-du-Lac.
Alors, l’Ananas des tropiques ? Vous avez aimé ?
Ça y est, on est complètement inondés, on a sorti la jonque, on marine façon Guangxi.
On a inventé un nouveau jeu : le synapton. Tu pars d’un mot et tu reviens à ce mot en créant des associations d’idées.
Premier exemple : lapin ➝ carotte ➝ bâton ➝ coup ➝ lapin.
Deuxième exemple : bœuf (cf. image) ➝ traçabilité ➝ origine ➝ « Origine du monde » ➝ Courbet ➝ Courber l’échine ➝ bœuf.
Allez, un dernier : fraise ➝ tagada ➝ Dalton (BD) ➝ bulle (phylactère) ➝ savon ➝ reproches ➝ dent (contre quelqu’un) ➝ fraise (du dentiste).
On garde le moral, l’été ne devrait pas tarder à se terminer !
On va faire une partie de dames chinoises en attendant (un jeu inventé par un Français).
Baisers mouillés !
08/08/2011 Le Lavandou

Bonjours amis de toujours,
Un temps fragile nous permet sans mauvaise conscience de profiter des émissions de l’été.
A. a développé un abcès que Madame Lassalle, experte en curetage, lui a proprement vidé.
Antibiotique, pas de soleil, pas de violon (joue gauche). Heureusement, il reste les devoirs de vacance et Le Père Goriot.
On a découvert derrière chez nous une promenade à travers les collines rocailleuse très agréable. Et les sorbets à la fraise de chez Picard remontent le moral à toute la famille…
Le vent arrache à la mer des oiseaux qui marchent sur le ciel dans les pas du bonheur.
Le passé appartient à ceux qui se lèvent tard.
C.

Famille M. Beaumont-du-Lac.
Coucou, vous allez bien, j’espère.
Au Lavandou, il fait frais : la mer est à 15° et il y a pas mal de vent. Les plages sont pratiquement désertes.
La réalité n’est pas celle que vous pouvez admirer sur la carte postale.
Et pour couronner le tout, il n’y a plus de sorbet à la poire « Carte d’Or » à Carrefour !!!
Je me suis fait arracher trois dents de sagesse et trois semaines plus tard j’ai développé un abcès. Antibiotiques, bains de bouche (au moins, ceux-là sont possibles) : maintenant, ça va mieux.
Nous passons d’agréables vacances (je crois que je n’ai rien oublié).
Gros baisers !
A.
26/07/2011
Le robinet d’arrêt

Famille M. Beaumont-du-Lac.
Bonjour les M.
Arrivés avec un jour de retard : une fuite au robinet d’arrêt à cinq heures et demie du mat. Ça nous a permis de voir le dernier Harry Potter.
On a retrouvé le cèdre et le poivrier.
Très peu de guêpes cette année, semble-t-il. J’attends d’ouvrir le premier melon pour m’en assurer.
Autour du rocher (cf. image), les daurades ne nous ont pas attendus pour faire les malines. Cette année, on va essayer la photo sous-marine.
On va aussi essayer d’aller visiter le palindrome de Saint-Tropez (the port).
Bon anniversaire Papy !
Santé, vigueur, chance, richesse, succès, pouvoir, ultra levure, bottes de sept lieues et papaye verte !
On vous embrasse.
C. H. A. Le Lavandou, la plage de Saint-Clair.

Coucou !
Ouf ! On est arrivés avec un jour de retard à cause d’une fuite d’eau provoquée par papa à 5 h du matin. On a dû appeler un plombier et j’ai pu voir Harry Potter 6.
Il y a très peu de guêpes et de méduses pour le moment.
J’ai essayé de me mettre aux palmes, au masque et au tuba, mais je ne suis pas douée pour les sports.
La maison est entourée de plantes. Ça me fait penser à toi, G.
Joyeux anniversaire à mon pépé que je vais bientôt dépasser en taille (hi ! hi !)
Gros Bisous !
A. Le Lavandou, Bormes-les-Mimosas.
Le nègre
Famille M. Beaumont-du-Lac
Cher Pépé, chère G.,
Je passe des vacances merveilleuses, un peu comme l’année dernière. Je me suis baignée trois fois en onze jours.
J’ai deux copines qui passent leurs vacances au Lavandou, mais je n’ai pas trop envie de les voir.
Heureusement, il y a les courses à Carrefour et à Intermarché. Là, je peux feuilleter les magazines qui parlent des stars qui jouent dans les films de vampires.
Et puis, il y a les glaces de chez Picard. J’ai le droit de manger des glaces à tous les repas (j’en reviens pas, pourvu que ça dure). Mes préférées sont les sorbets à la fraise de chez Picard et les Magnums Vanille de chez Carrefour.
Sinon, je lis beaucoup. Des histoires de clones, des bandes d’ados qui partent en mission pour sauver le monde, tous plus ou moins surdoués ou spécialisés dans une technique, genre l’informatique ou les arts martiaux.
Il y a les sketchs de « Un gars, une fille » tous les jours à 20 heures sur la 6. J’adore.
Papa a oublié la télécommande du lecteur DVD. Résultat, on ne peut voir les films qu’en VO sans sous-titrage. C’est la looze.
En moins de deux semaines, je vais avoir lu tous les livres que j’ai apportés. Papa m’a conseillé un roman policier qu’il a acheté au centre-ville, mais ça a l’air compliqué à lire. En tous cas, je ne lirai pas Alice au pays des merveilles. C’est naze et bien trop chiant.
Sinon, je me lève à 10 heures, je termine de manger vers 11 heures, je travaille mon violon pendant deux heures et demi, puis on remange. Après, je me cogne une heure et demi de math avec Papa… Ça nous mène vers les 16 heures et il est temps de commencer à se préparer pour aller à la plage. Souvent il y a trop de vent ou il y a eu de l’orage pendant la nuit et l’eau est froide. Alors on fait une partie de dames chinoises tous les trois. Puis papa part pour sa séance de natation quotidienne.
Bref, c’est le bonheur. Papa a acheté un aspirateur sans sac à maman car cette année, il n’y en avait pas de disponible.
Le soir on se couche vers 22 heures. À 22 heures 30, tout le monde dort. Papa se lève vers 8 heures, en même temps que le début des travaux. Ils construisent une extension sur le terrain voisin.
On va sans doute aller à Burne les Mimosettes se faire chier un soir ou deux. Papa m’a promis qu’on irait deux fois à la fête foraine de Saint-Tropez. Ça va être le grand pied.
Papa a vu une murène. Je suis contente de ne pas pouvoir le suivre dans ses excursions sous-marines (non, je plaisante, je vais me décider à lui emboîter les palmes).
Je vous embrasse tous de tout cœur.
A.
PS : le plus fort, c’est qu’A. est parfaitement en phase avec le contenu de cette lettre, même si elle trouve ma démarche scandaleuse.
31/07/2010 Le Lavandou
Le nègre se rebiffe


Déjà une semaine de vacances et on a l’impression qu’on est là depuis 3 ans.
Au pied de la colline, il y a la mer et ses palais jaune citron qui dansent au milieu des agaves dans la chaleur de l’été. Il y a Picard et ses délicieux sorbets à la fraise. Il y a un centre-ville très allongé tant et si bien qu’on ne sait plus où est le centre – ni où est la ville, d’ailleurs.
Il y a les gens écrasés de bonheur, le corps gorgé de congés payés, immobiles sur leur lit de sable chaud. Il y a l’odeur de l’urine derrière les restos, il y a les boutiques où l’on vend du rêve pilé et de la chair d’oiseau.
Il y a le roman policier de l’été qui attend qu’on le lise… Il y a nous.
- Alors l’eau c’était comment ?
- Oh là là qu’est-ce que c’était bien. Je suis même resté me baigner dans les vagues après avoir nagé.
- Tu parles !
- Oh là là qu’est-ce que c’était bien !
- Bon, ça va !
- Et vous, le centre-ville ?
- Ouais, bof.
- Dica*, tu peux me passer une feuille de sopalin, s’il te plaît ?
- Et pourquoi ce serait à moi de me lever ?
- Parce que toi, t’es qu’une grosse feignasse et on te demande des trucs uniquement pour te faire chier !
- Mais, papa, arrête ! Pourquoi t’es agressif avec moi ?
- Parce que je t’aime, mon poussin !
- N’importe quoi !
- Tu sais, j’ai vu une murène aujourd’hui.
- C’est une sorte de serpent ?
- Non, les serpents ne vivent pas dans la mer. C’est un poisson en forme de serpent. Elle était rayée de marron clair et de marron foncé, comme un serpent. Elle sortait en ondulant de sous son rocher pour taquiner les poissons, comme dans les documentaires. J’ai bien vu sa tête de grosse gourmande et son œil mauvais, comme dans La Petite sirène de Walt Disney.
- Ça fait peur.
*Dica : « chérie », en vietnamien.
31/07/2010 Le Lavandou
Carte à deux plumes

Famille M. Beaumont-du-Lac
Coucou Pépé !
Hé oui ! C’est reparti pour un tour à Saint-Aygulf : même plage, même fête foraine. Il fait chaud. Bref, c’est super !!!
MAIS je suis obligée de faire : des maths, de l’anglais, du violon, de l’harmonie (et ça me saoule).
Et toi comment ça va ? Les affaires fonctionnent, aux Moulins ?
Gros bisous !
Ta petite fille A.
PS : Gros bisous à G.
26/08/2006 Saint-Aygulf
Coucou les amis !
Ce sable chaud qui remonte entre les orteils, ces vagues têtues dont la rumeur se mêle aux cris des enfants, ces dos gras parfumés à l’huile de coco légèrement écœurants, et ce vague horizon où les nuées s’entassent font naître en moi le sentiment étrange d’être en vacances… Exactement : en vacances !
Gris Bousos
C. et H. 26/08/2006 Saint-Aygulf
Bataille navale

Famille M. Beaumont-du Lac
Bonjour les oufs !
Nous habitons en A2 et nous baignons en B1.
Mes cicatrices de méduse ont presque disparu.
Vous avez Saint-Tropez en D3, le port en C0, une crique de Saint-Aygulf en E2.
Hier, journée médiévale à Roquebrune (là où deux pompiers sont morts).
Pour la faire chanter, appuyez sur la cigale.
Bises
P.S. : les fourmis sont revenues mais le piège a fonctionné.
Non signé 22/08/2006 Saint-Aygulf
La route des vacances

M. Beaumont-du-Lac
Montélimar, son nougat, son nucléaire, ses radars… C’est la route des vacances.
Entre Cannes et Saint-Tropez, il y a Saint-Aygulf, un gros tiramisu que les pales d’un ventilateur découpent en tranches molles. C’est là que nous allons élire Miss Zone pavillonnaire, à deux pas des plages de galets multicolores.
Avec les pétales de coquelicot de leurs lèvres, les baigneuses aux dos gras feront des origamis en forme de culs de poule, qu’elles déposeront sur l’horizon en fermant les yeux.
Bientôt, les brulantes après-midi installeront leur eczéma stridulant dans le cerveau des aoutiens.
07/08/2006 Saint-Aygulf
Parenthèses

Entre les Maures et l’Estérel, entre Cannes et Saint-Trop, entre deux criques malodorantes, entre 19 et 33 degrés, entre papa et maman, entre math et violon, entre figue et raisin, entre boules et raquettes, entre vent et soleil, entre les Anglais et les Allemands, entre BD et dessins de mode, entre ennuie et gourmandise, entre plage et village médiéval, entre 10 et 11 ans, entre chambre et terrasse, entre chair et noyau, entre Feux de l’amour et Koh-Lanta, entre frites et pâtés impériaux, il y a Mimi à Saint-Aygulf !
04/08/2006 Saint-Aygulf
La résidence Mer et Soleil
Cher Pépé, chère G.
Nous passons des vacances épatantes à la résidence Mer et Soleil, au bord de la marina des Quilles, à deux pas d’une grande flaque d’eau salée.
Les plages se suivent et se ressemblent comme de gras mentons.
À nos pieds, le sable est doux comme un mufle de vache.
Sur la terrasse, il ne se passe rien : les serviettes de bain se balancent dans la lumière aveuglante de onze heures moins le quart.
C’est ici que nous nous goinfrons de coquillettes, d’oreillettes (des beignets extra-plats au saindoux), de zezettes (gâteaux au vin rosé), d’omelettes à la ciboulette, de pâtés de tête et autres miettes sentimentales. À Sète, on n’est pas à la diète. C’est tous les jours la fête. On dépense nos pépettes à Auchan, un jour sur sept.
Pensée du jour : heureusement que je suis pauvre car si j’avais de l’argent je n’en aurais jamais assez.
Coquille du jour : « Neuf est l’œuf », dit l’huître. (9 et 9, 18)
Devinette du jour : Si la poule fait l’œuf, que fait la loupe ?
Réponse : le feu (poule/loupe ; œuf/feu).
C. H. A. L. 01/08/2005
Appartement 118, 1er étage, Bâtiment C
Résidence Mer et Soleil
LES QUILLES 34200 SETE
Galerie





Canicule

J.-C. et G. M. Beaumont-du-Lac
40 °C à l’ombre,
Les narines bien dilatées, la langue roulée en tranche de jambon sur son lit de glandes salivaires, les lèvres tendues comme la courroie du ventilateur de la Renault 5, les gousses d’ail bien planquées dans le sorbet à la fraise : l’enfer au paradis !
La semaine prochaine, on file à Cabourg se ramollir la madeleine à l’ombre des jeunes filles en fleurs. Fini la vie de château : on va tâter du 25 m2 à 200 m de la mer TTC.
Bonne canicule !
C. H. A. 06/08/2003 Houlgate
Autres lieux
Annecy – Avignon
J’ai transformé en lettre, une carte postale écrite par ma fille.
En gras, mes apports.

Famille M. Beaumont-du-Lac.
Un petit coucou aux gros hiboux !
J’ai attrapé le bouquet de la mariée ! Ma cousine m’avait pourtant demandé de le laisser à ses copines. Mais il m’est tombé dans les mains ! Les filles célibataires étaient vertes. Une couleur qui mettait en valeur leurs nez crochus et leurs dents pointues.
Un chapiteau à l’extrémité d’un palace de rêve, une gastronomie « très fine », une soirée dansante avec les vieux oncles mégalos jusqu’à 2 heures du mat.
On s’est payé la honte en arrivant dans notre Toyota Corolla cabossée, surmontée d’un coffre de toit plouquissime. Un Adonis a proposé plusieurs fois à mon père d’aller lui garer sa voiture qui défigurait la cour d’honneur du palace. Mon père a remercié avec toute l’obséquiosité feinte dont il est capable, préférant tranquillement décharger ses cartons sous les fenêtres, à deux pas de l’ascenseur. Mon père ne connaît pas le principe de la valise. Les cartons se prêtent mieux au jeu de Tetris du chargement, à l’occasion des grands départs, affirme-t-il, avec le sérieux d’un homme en tongs et bermuda. L’Adonis nous a finalement aidé à transporter les cartons, soucieux d’abréger notre arrivée.
Après deux jours à faire la folle au mariage de ma cousine, au bord du lac d’Annecy, me voici au festival d’Avignon pour voir les spectacles de mes humoristes préférés : Monsieur Fraize, Jérémy Ferrari, Artus et bien d’autres.
Chaleur poisseuse, files d’attente interminables dans des ruelles qui sentent l’urine, une épaisse couche d’affiches sur les murs, des spectacles de rue désolants… mais heureusement, un glacier tous les deux mètres. C’est une ville qui sait recevoir. Tous les bobos parisiens que nous sommes ont répondu à l’appel de la culture populaire.
Derrière ses remparts, Avignon est assiégée par une banlieue sans grâce. Impossible de s’échapper !
À la fin de ces belles vacances, il faudra retourner à Paris pour une dernière année de lycée (rha la la ! Je vais devenir adulte !).
Au mois d’août, on passera chez vous récolter des myrtilles !!!
À bientôt !
Des gros bisous aux petits choux !
20/07/2012, Avignon.

Famille M. Beaumont-du-Lac.
Chez Paulette, y a tout c’qui faut pour nettoyer la cambuse ou attraper des rats gros comme des chats. Chez Paulette, ça rigole pas !
Ça y est, on a marié la cousine au palace de Menthon, près d’Annecy, à un gradé de la gendarmerie. Ils se connaissaient depuis douze ans !
À l’heure qu’il est, nous sommes au festival du rire d’Avignon, dans une file d’attente. Le spectacle commence dans les odeurs d’urine et de poubelles de cette ruelle au nom usurpé : « rue des mimosas ».
Quand tu arrives en Avignon, tu tombes en admiration devant une civilisation de l’arrosage : il fait chaud et sec, mais ils arrosent à tour de bras. Hélas, tu comprends rapidement que ce ne sont pas les arroseurs que tu entends, mais les cigales !
Baisers de tous à tous ! (À vos souhaits !)
PS : Ça tousse beaucoup, je dois avoir un rat dans la gorge ; je vais demander à Paulette d’arranger ça !
20/07/2012, Avignon.
Nice : la colline du château
Je suis sur la colline du château. J’aime cet endroit, car d’ici on ne peut voir la mer, obsédante et vague, la mer irrécupérable, sculptée de minuscules vaguelettes parfaitement immobiles.
Même lorsque je ferme les yeux, elle se tient brumeuse, debout sur le seuil lessivé de ma mémoire, gardienne d’un troupeau sans âge, receleuse de phosphorescentes marchandises.
Ici, on est à l’abri du mirage qui marche sur le fil incertain de l’horizon. Et pourtant, où que tu sois, tu ne peux dire la nature de l’indécidable morceau d’azur tendu entre les branches des pins.
D’ici, tu peux, sans les troubler, observer les acrobaties des jeunes sauriens, entre les lattes ajourées de la palissade. Ou déchiffrer, sur les blocs crayeux, les lithographies de ces rupestres fainéants ! Ou bien suivre l’affût vert citron d’un gros mâle attendant, sous la lumière violette des centranthes, la venue d’un jaune lépidoptère.
Au-delà, ton regard se pose sur la carcasse défoncée de l’antique forteresse, les fondations écartelées sous l’écroulement des parois avec, çà et là, le moignon dressé d’une colonne fracturée.
Tu peux, si ton cœur est malade, utiliser les degrés d’un escalier vestigial afin de te rappeler la démarche d’une princesse jadis belle… D’autres robiniers viendront poursuivre l’œuvre insuffisante des deux grands cèdres dont les mâchoires souterraines explorent le passé du site de Nikaia, où moururent trois générations de cathédrales.
Nice
Bibliographie
Un regard unique sur l’impressionnisme (1944) Félix FENEON
Au début, son observation, ou ne grimace jamais le moindre trait d’ironie, de satyre ou de puritanisme, suit d’un œil complice les ébats d’une foule anonyme que son pinceau transfigure : canotiers de la Seine et leur délurées compagnes, polkeuses de bals publiques, demoiselles du conservatoire, godelureaux et fillettes attablés sous des tonnelles propices à l’amour.
Lettera amorosa (1963) René CHAR
Le Peintre de la vie moderne (1863) Charles BAUDELAIRE
L’Astrologie des Insectes, François MOURELET
Extrait : LA MOUCHE (Capricorne, mon signe)
Ni original, ni imaginatif, le signe de la Mouche est conservateur, à la limite traditionnaliste. Son orgueil, sa méfiance et sa rigidité en font un être cassant et revêche qui s’applique à rendre pénible l’atmosphère pour son entourage. Froid comme la neige carbonique, il n’aime réellement personne et doute toujours de lui-même. Il résout l’énigme de sa propre existence en fourrant son nez dans les affaires des autres. Certains astrologues expliquent que le natif de la Mouche s’améliore en vieillissant. Rien de moins sûr ! Il est obligé de cacher sa véritable nature pour que l’on prenne soin de lui.
Mouches célèbres :
- Marcel Petiot, spécialisé dans l’assassinat des femmes. On a dénombré au moins 63 victimes.
- Al Capone.
- Staline, sorte de poète, chantre du Goulag.
- Jacques Mesrine, petit gangster de banlieue.
