Pauline


Petite chienne, grande chaleur : les canicules1 de mai commencent à pointer leurs truffes desséchées. Si votre budget ne vous permet pas de partir en vacances cette année, voyagez au doigt ou à l’œil2 au pays des mille et un phantasmes. Réjouissez-vous, il n’y a de fraîcheur nulle part.

Ecrire une micro-fiction à partir d’une photographie ou d’un tableau ? Une distraction qui pourrait bien vous aider à supporter le pire des changements climatiques.

Une micro-fiction, rien d’autre. Pas d’alternative car vous ne savez pas combien de temps il vous reste à vivre.

J’ai rencontré Pauline en Martinique3, un pays où je ne suis jamais allé. Elle m’a rapporté dans ses bagages.

SOMMAIRE

Sò maji (le conte)

Sur une photographie de Darlene English

L’image

Assise sur une chaise de salle à manger, une jeune femme blanche en paréo enfouit le bas de son visage entre deux pastèques bien mûres.

Résumé

Une jeune femme rapporte de Martinique une curieuse habitude.

Remarque

Entre crochets, les [prononciations].

Enregistrement à destination des déshydratés sévères :

Premier jet

Le secret de l’enchanteur est de s’enchanter lui-même.

Pauline de Beaumont4

Ici, tout le monde travaille à l’usine Royal, la conserverie où est mis en boîte l’ananas sans prononcer le s5.

Mais, à cette heure de la journée, il fait bien trop chaud pour travailler. À l’ombre des bougainvilliers, trois Gros-Mornaises jouent aux dominos, sous le seuil de pauvreté. Leurs corps sont emballés dans des paréos en polyester polychromes qu’elles ont achetés sur le marché du vendredi en même temps que les patates douces et les piments. De sororales exhalaisons veinent l’air saturé d’odeurs de sucre et de silice.

Comme d’habitude, elles ont posé leurs seins énormes sur la table en formica. Les passants du quartiers ne prêtent plus attention à ces coulées de chair brune et fripée qu’on aperçoit depuis la rue.

Le spectacle soulève le cœur dans le bon sens du derme6. Je comprends quel soulagement ce doit être pour ces femmes obèses. Comme les oreilles déployées des éléphants, la peau nue est à l’affut du moindre déplacement d’air. C’est aussi un poids considérable dont s’affranchit le rachis. Blanc-manger coco sous fruit miracle7, la séparation des chairs évite aux épidermes, l’ulcération provoquée par l’âcre sécrétion des glandes sudorales.

Paresseusement, le mercure s’est traîné jusqu’aux quarante degrés centigrades8. Pauline ne supporte plus les soutien-gorge. Par soucis d’équité, nous évoluons sans vêtements dans la location où nous laissons s’exprimer notre dimorphisme sexuel. Comme chez tous les tartigrades9, nos pubis sont couverts de symbiotes10 chlorophylliens fluorescents.

Demain, à une heure de bus, nous visiterons le domaine des Fonds Saint-Jacques, berceau de l’esclavagisme dominicain.

Souvent, lorsqu’elle regarde la télé pendant que j’affine le programme du lendemain, Pauline retrousse ses seins loin de son torse afin d’assécher la peau qui s’irrite aux commissures. Ce confort est devenu une habitude. Sitôt assise, elle cherche des accoudoirs et soulève à pleines mains ses seins où elle enfouit le bas de son visage. Son regard s’embue peu à peu, alors qu’elle s’enfonce dans une rêverie pleine de monstres et de douceur, des paquets d’algue verte accrochés sous les aisselles.

Afin de l’arracher aux pensées régressives dans lesquelles elle est engluée, je lui propose une partie de dominos en tibia de mérou11 – jeu de mots privé avec tibia de Méru12, ville de l’Oise où étaient fabriqués les dominos en tibia de bœuf ; celui du mérou, que ce poisson à la moue dubitative ne possède pas (ce qui lui fait une belle jambe), est une métaphore de l’insoutenable légèreté de l’être13: même pourvu de tibias, le mérou n’aurait pas la densité eschatologique qui fait encore défaut à ce singe au scrotum bleu pâle qui pille les habitations. Contrairement à d’autres peuples caraïbéens, les Martiniquais n’ont pas introduit ce primate imprévisible sur leur île, et je leur en sais gré. Même si ces facéties oiseuses (à quoi ressemblerait une boucle qui ne serait pas bouclée14 ?) ne la font plus sourire, je préfère voir le double-un15 des seins de mon amie posé sur la table, plutôt que contempler impuissant les outres turgescentes piquées de deux tétons en érection.

Depuis que nous sommes revenus en métropole, nous avons conservé cette habitude. L’automne jette ses baisers mouillés à la croisée. Il fait nuit de plus en plus tôt. Quand je rentre du travail, ça sent l’urine et l’ananas – je me garde bien de prononcer le s. Pauline s’est déjà mise à l’aise et a posé la boîte à dominos sur la table de la salle à manger. Nous nous attablons, elle, seulement vêtue d’un capuce noir qui descend à mi-sternum (bonjour)16, et moi, nu comme un porc. Pour le dîner, elle a découpé à l’emporte-pièce dans les tranches de fruit, trois fétiches du tjenbwa17 [tiens, bois] à piquer avec des cure-dents. Elle a réservé le jus azoté de la conserve, pour humecter ses mamelons. Soir après soir, ses seins me semblent toujours plus gros.

Pauline est devenue très forte à ce jeu qui consiste à aligner bout à bout de petits cercueils numérotés. Je croyais que c’était un jeu de hasard. Je ne gagne pas souvent, ce qui fait de moi le résident permanant de son parc à cochons virtuel (nous utilisons les règles martiniquaises18). Pauline ne fait pas de cadeau.

Suite (après une nuit de sommeil)

Dès que je perds trois parties d’affilé, je suis « cochon » pour la moultième fois. Pauline ne s’en contente plus. Je dois, de bonne grâce, accepter d’être enfermé dans le réduit à chaussures que nous avons aménagé sous l’escalier, à la mémoire d’Harry Potter. C’est inconfortable, l’obscurité est totale, l’odeur du cuir imprégné de sécrétions plantaires agresse mes sinus. La porte se referme sur moi, le pêne claque sobrement dans sa gâche, il n’y a plus de poignée à l’intérieur depuis que Pauline m’a demandé de modifier les huisseries.

Je vagabonde dans mes pensées où Naf-Naf a construit sa maison avec des dominos. Les murs en os de fémur attirent les prédateurs mais semblent résister. Je suis enfermé là avec des suidés19 célèbres dont certains ne me sont pas inconnus : les frères de Naf-Naf, Porco Rosso le pilote d’hydravion maudit qui taquine les dépressions en tous genres, l’insouciant Pumbaa maître ambianceur, Spider-Cochon qui marche au plafond, Akio et Yūko Ogino les parents ensorcelés de Chihiro, Miss Piggy la diva colérique, Porcinet le cochon ataxophobe20, Baucent le juste sur lequel maître Goupil peut toujours compter pour échapper à la justice, le Cochon qui rit qui n’a pas toute sa tête, les dieux Nago et Okkoto que la Princesse Mononoké ne parviendra pas à sauver. Je ne suis pas maître chez moi et n’ai pas l’entregent de notre hôte mais d’évidence, il n’est pas question de sortir tant que le loup y est. Je me rassure en me disant que le troisième est le plus fûté des trois petits cochons, mais pas question de roupiller21.

Soudain, une voix retentit. Sourde d’abord, puis de plus en plus claire. Ce n’est pas la voix de Pauline. Je sais qu’elle est entrée en transe. Elle ne veut pas que je la vois dans l’exercice de cette assuétude. Elle a convoqué l’esprit de la salonnière Pauline de Beaumont. Du fond de ma geôle, j’entends la voix m’accuser tantôt de vouloir prendre la fuite, tantôt de pratiquer une façon d’esclavage affectif.

Les fétiches en rondelle d’ananas sont formels, ils sont entrés en contact avec l’esprit d’une esclave qui certifie avoir traversé l’Atlantique dans la cale d’un navire battant pavillon français, sous le commandement d’un officier de marine de Saint-Malo, armateur et négrier notoire puisqu’il s’agit de mon propre père, le comte René-Auguste de Chateaubriand, seigneur de Gaugres et autres lieux. L’esclave a précisé qu’elle n’avait, pour toute nourriture, que ses furoncles à sucer.

  • Porc, fils de négrier, hurle maintenant la voix, malgré tout l’amour que j’ai pour toi, tu vas me quitter pour cette catin de Custine parce que ses seins sont plus gros que les miens et qu’elle est plus docile. Toute la noblesse lui est passé dessus, les d’Anglas, les de Lévis, les de Grouchy, sans compter les Miranda et autres Berstoecher [bers-te-chieu]. Ça va être ton tour, sois-en certain, fumier !

Je perçois des chocs, des craquements, des bruits de coups, des sanglots, ça sent le caramel.

Puis, plus rien : Pauline doit être en train de reprendre ses esprits.

  • Tu es parti ? Où es-tu ? Je reconnais la voix de Pauline.
  • Je suis là, mon amour, sous l’escalier, ouvre-moi !

Je prends Pauline dans mes bras, elle est toute tremblante, son capuce est de travers. Comme d’habitude, elle n’a conservé dans sa mémoire aucune trace de ce qui vient de se passer.

  • Tu m’aimes ?
  • Bien sûr que je t’aime, ma chérie, pour toujours.
  • Et mes seins, tu les aimes ?
  • Oui, énormément.22

Je sais que Pauline convoque la de Beaumont parce qu’elle a peur d’être abandonnée. À l’âge de cinq ans, elle a été arrachée à la sœur catholique à laquelle on l’avait confiée après la mort de ses parents. L’ordre, qui jaugeait d’un mauvais œil la profondeur de l’attachement éprouvé par la religieuse, avait muté celle-ci dans un dispensaire éloigné où elle s’était morfondue jusqu’à la fin de ses jours. La petite Pauline avait dû se consoler en jouant à la poupée avec les morts, qu’elle était chargée de toiletter et d’habiller, au sein de l’institut – il semble que le système olfactif des jeunes enfants s’habitue facilement aux odeurs persistantes les plus repoussantes.

Sur la table, dans le plat à poisson qu’on a rapporté de l’île des femmes, le dernier fétiche en rondelle d’ananas est complétement calciné, méconnaissable.

Je pousse Pauline vers le sofa et je l’installe sur moi. Ma bouche attrape au vol un téton confit. C’est une gourmandise exotique singulière. Il me semble que je pourrais traverser un océan à fond de cale, nourri seulement de jus d’ananas concentré, pourvu qu’il me soit inoculé de la sorte.

  • Tu aimes ça, mon bébé ? Dis, tu ne vas pas me quitter ? Ça ne quitte pas sa maman, un bébé ?

J’enfouis ma tête entre ses seins et je bafouille un « jamais ». Je n’ose pas ajouter « de la vie » car j’ai encore du mal à cerner le rapport que Pauline entretient avec la mort.

  • Je crois que je vais me faire poser des piercings aux mamelons. Qu’en penses-tu, mon ange ?

Annexes

Eléments biographiques
  • J’ai travaillé en 2×8, dans une usine de l’industrie du verre, en Seine-et-Marne.
  • L’une de mes tantes pesait 140 kg.
  • Ma mère, la cadette de trois filles, à été orpheline à deux ans. Son père est mort jeune et sa mère l’a suivi deux ans plus tard, désespérée et victime de délires mystiques. Ma mère et sa sœur la plus proche ont été élevées par des sœurs catholiques responsables d’un hôpital régional. Toutes jeunes, elles étaient chargées de toiletter et habiller les morts.
  • Ma mère et l’une des sœurs catholiques avaient une relation affective très forte. Ce n’était pas du goût de l’ordre et la religieuse a été mutée dans un autre dispensaire. Ce fut un déchirement pour toute les deux.
  • Ma mère n’était pas très croyante mais quand j’étais petit, elle m’avait fabriqué des chemises de nuits en coton ; elle me disait que j’étais son petit jésus. Elle m’a emmené à la messe une seule fois, à la mort de Gégé (le Général de Gaulle). Je n’ai pas fait mon catéchisme – je ne suis pas croyant mais j’adore les églises. Elle m’a appris à lire, écrire et compter très tôt car elle avait peur de disparaître avant de m’avoir transmis ce qu’elle pouvait. Je suis entré à l’école à six ans et j’ai sauté une classe. Depuis l’âge de six ans, je vis sur mon acquis.
  • Nous n’avions pas, ma mère et moi, une relation tendre. Je ressemblais trop à mon père. Je me rappelle cependant quelques bons moments : la cueillette du muguet, ses tartes aux pommes, son chou-fleur en sauce blanche, ses croque-monsieur, sa soupe de cresson, ses quiches lorraines, ses ratatouilles, ses frites, sa bûche de noël, les heures passées à faire des mots croisés, nos conversations téléphoniques, notre collaboration de quelques jours sur un chantier de maçonnerie.
  • Elle est morte trop tôt, sans que j’ai pu lui témoigner de tendresse. Quand je pense à elle, je pleure.
  • Véridique, après avoir écrit cet article, je me suis aperçu que le second prénom de ma mère était Paule.
  • Après son divorce, mon père habitait Beaumont-du-Lac, un village de Haute-Vienne.
  • La Martinique est à ma connaissance le seul pays que ma mère ait visité (à moins qu’il ne s’agisse de la Guadeloupe). Elle en avait rapporté une crèche aux figurines africaines. C’est celle que j’utilise chaque année.
Sources miraculeuses (Wikipédia)

1170 : Selon la légende, la mère de Dominique (Dominicus en latin, signifie celui qui appartient au Seigneur) aurait voit en songe, pendant sa grossesse, un chien tenant une torche allumée dans la gueule, pour éclairer le monde. probablement dû à l’association avec dominicanes (les chiens du Seigneur) qui auront pour vocation d’« aboyer contre les hérésies » et d’être les chiens du Seigneur surveillant le troupeau de brebis.

1215 : En 1215, l’ordre des Frères prêcheurs (O.P.) créé par Dominique de Guzmán (1170-1221) s’installe dans la maison Seilhan à Toulouse : ordre mendiant, proche de la population ; apostolat et contemplation (saint Augustin) ; « transmettre aux autres les visions » (contemplata aliis tradere, de Thomas d’Aquin) ; un seul vœux : obéissance ; prédication itinérante ; lutte sans relâche contre l’hérésie cathare ; proclamation de la vérité du Christ en réponse à l’hérésie : sa devise est Veritas (la vérité).

1217 : En 1217, il envoie des frères à Paris pour se former à l’université ; la maison acquise près de la Sorbonne (près de l’actuelle rue Saint-Jacques) fut dédiée à saint Jacques.
Jacobins : nom donné aux Frères prêcheurs à cause de l’implantation du couvent parisien fondé en 1217, sis à la rue Saint-Jacques, et placé sous le patronage de l’apôtre saint Jacques.

1221 : mort de Dominique de Guzmán.

1223 : Le pape Grégoire IX, se méfiant du manque d’efficacité pastorale des évêques, confie l’Inquisition dès sa création par la bulle Excommunicamus (1223) aux dominicains, deux ans après la mort du fondateur de l’Ordre. Compte tenu de leur compétence théologique, de leur vocation à être près du peuple, et de leur bonne image dans la société médiévale, le pape choisit de préférence dans les rangs des dominicains ses représentants pour en faire des juges de l’Inquisition.

1234 : Dominicains : après la canonisation du fondateur, saint Dominique, en 1234, les frères furent parfois désignés du nom de « dominicains », appellation devenue courante après le XVIIIe siècle.

Dans un de ses ouvrage, Zhou Mi fait référence à des dominos chinois.

1252 : la pratique de la torture par l’Inquisition commence en 1252, sous la caution du pape Innocent IV.

Au XVIe siècle, le blason d’origine d’argent chapé de sable est parfois surchargé « d’un chien de sable, tenant dans la gueule une torche enflammée ». « D’argent, à la chape de sable, l’argent chargé d’un chien de même, tenant dans la gueule une torche enflammée, la patte senestre sur un globe d’azur et couché sur un livre de gueules, accompagné d’une palme de sinople et d’un lys au naturel passés en sautoir dans une couronne d’or, et une étoile d’or en chef. »

1659 : Lors de la conquête coloniale de la Martinique au XVIIe siècle, les dominicains participent à la guerre contre les Indiens Caraïbes. En remerciement, ils se voient attribuer par la veuve du gouverneur (Jacques) en 1659, une parcelle sur laquelle ils fondent une plantation monastique : l’habitation Fonds Saint-Jacques (au nord de Sainte-Marie). Avec sa modernisation par le père Labat entre 1694 et 1705, celle-ci deviendra l’une des plus prospères de la colonie au XVIIIe siècle, et comptera plusieurs centaines d’esclaves.
Les esclaves vivaient dans des cases très rustiques (roseaux et bouse de vache), construites en amont de l’habitation après le moulin, vers l’intérieur des terres, près des parcs à bestiaux. Construites à l’identique, elles étaient alignées le long d’une rue appelée « rue cases-nègres ».
Près de la Chapelle, sur un terrain privé de l’autre côté de la route, se situe l’ancien cimetière d’esclaves de l’habitation, découvert par hasard en 1992. Les fouilles ont permis de découvrir que les corps des captifs décédés étaient déposés, la plupart du temps, dans une bière, contrairement à ce qui se faisait dans les autres habitations. Selon les archéologues, la raison pourrait être que ces travailleurs appartenaient à des religieux.

1760 : Le jeu de dominos fait son apparition en Italie vers 1760. Le mot « domino » proviendrait de la similitude entre les pièces du jeu (recto blanc, verso noir) et l’habit des religieux dominicains (tunique blanche, scapulaire noir).

1788 : Plus de 900 esclaves en 1788 au Fonds Saint-Jacques.

1794 : En 1794, l’occupation de l’île par les Anglais, à la demande des planteurs esclavagistes, empêche l’application de la première abolition de l’esclavage (4 février 1794) : l’habitation des Fonds Saint-Jacques prospère alors avec 574 esclaves.

1802 : Au Traité d’Amiens de 1802, la Martinique est restituée à la France par les Anglais. Bonaparte, huit jours après s’être nommé consul à vie, confirme, le 20 mai 1802, le maintien de l’esclavage sur l’île.

1803 : Mort de Pauline de Montmorin Saint-Hérem, comtesse de Beaumont, dans les bras de son amant, Chateaubriand, qui explique, dans les Mémoires d’outre-tombe, sa demande d’ambassade à Rome a posteriori : « La fille de monsieur de Montmorin se mourait. Le climat de l’Italie lui serait favorable. Moi, allant à Rome, elle se résoudrait à passer les Alpes. » Et il ajoute, avec sa suffisance habituelle : « Je me sacrifiais à l’espoir de la sauver. » En réalité, Chateaubriand réussit à obtenir le poste de Premier Secrétaire d’Ambassade à Rome en 1803, sous l’autorité du cardinal Fesch, oncle de Napoléon, ambassadeur. Il part donc, laissant Pauline de Beaumont derrière lui. Elle est effondrée, d’autant plus qu’elle est de plus en plus malade et qu’elle se rend compte que son amant l’a délaissée pour Delphine de Custine. Pauline part faire une cure au Mont-Dore, puis décide de rejoindre son amant en Italie pour mourir auprès de lui.

Je vous le donne en mille, quelle était l’activité du père de l’écrivain François-René de Chateaubriand ? L’heureux homme était un officier de marine, armateur et négrier français !

1848 : En 1848, la Deuxième République vote l’abolition définitive de l’esclavage.

Face au refus des nouveaux libres de travailler sur les habitations pour des salaires de misère, les propriétaires d’habitations, en collaboration avec l’administration de la colonie, organisent une autre forme d’immigration : l’engagisme. L’habitation domaniale de Fonds Saint-Jacques devient ainsi, en 1855, un centre d’accueil pour la main d’œuvre hindou. En octobre 1860, l’habitation accueille deux familles d’immigrants chinois.

1900 : Le 5 février 1900, les ouvriers agricoles de l’habitation se mettent en grève pour réclamer la tâche à deux francs, alors que leurs conditions de travail ne se sont guère améliorées depuis l’abolition. Le mouvement s’étend à plusieurs communes, mais termine dans le sang quand la gendarmerie tire sur les ouvriers grévistes faisant 10 morts.

1934 : En 1934, sous l’impulsion de Joseph Lagrosillière, député-maire socialiste de Sainte-Marie et président du Conseil général, les 230 hectares du domaine, propriété de la colonie, sont divisés en 230 lots, adjugés en location-vente aux habitants du quartier et à de modestes agriculteurs et ouvriers.

Damier des idées
Parcours

Ça commence par une histoire d’ananas (1) sous les tropiques.

Il fait chaud (2). Trop chaud pour travailler à la conserverie.

Une seule issue, jouer aux dominos (3), les seins posés sur la table en formica (4).

A la location de vacances, ce n’est pas mieux, impossible de supporter un soutien-gorge, l’on vit nu et au ralenti, tels des tartigrades (5).

Ce retour à l’état de nature (5) et l’exemple des femmes indigènes (4), poussent Pauline à jouer avec ses seins (6) autour desquels un univers étrange va se construire, comme si elle avait été envoutée.

Elle reste indifférente au projet de visite (7) du Fonds Saint-Jacques, berceau de l’esclavagisme (9) dominicain (8).

Pour distraire Pauline, le narrateur lui propose des parties de domino (10).

Cette habitude est conservée au retour en métropole : chaque soir, Pauline revêt un capuce (11), et découpe, dans des rondelles d’ananas en conserve (12), des fétiches (13) qui seront dégustés au moyen de cure-dents (14). Elle réserve le jus pour humecter ses mamelons (15).

Une fois le narrateur et Pauline attablés, place au jeu (16). Pauline est devenue une experte et son « parc à cochons » (17) ne désemplit pas, au grand dam du narrateur.

Décryptage pour une suite possible

L’esclave (9) et le fétiche (13) entretiennent une proximité religieuse bon enfant.

Les cure-dents (14) et les mamelons durcis (15) entretiennent une proximité initiatique rituelle.

Cette lecture à rebours du damier me suggère une suite possible (voir ci-après). Qu’est-ce qu’une suite sinon l’ébauche d’un retour ?

Je vais exploiter le contact entre le fétiche (13) et l’esclave (9) en insufflant un peu de magie.

Je verrai si je peux exploiter l’association tétons (15), cure-dents (14), à la mode de la reine Isabeau de Bavière23, sans sombrer dans la folie.

J’ai écrit une suite après une nuit de sommeil.

Les résumés de l’IA (et le mien)

Résumé de Copilote (Word) n° 1 (sans la 1ère phrase et sans la suite)

Ce texte décrit la vie quotidienne de femmes travaillant à la conserverie Royal, dans une atmosphère de chaleur étouffante et de pauvreté. Le récit met en scène leurs habitudes, leur rapport au corps et à la convivialité, notamment à travers des parties de dominos et des gestes de confort liés à leur corpulence. Pauline, personnage central, adopte des routines pour soulager les irritations corporelles et maintenir une proximité ludique et tendre avec le narrateur, jusqu’à leur retour en métropole où ces pratiques persistent, symbolisant une forme de solidarité et de résistance face à l’adversité.

Résumé de Copilote n° 2 (sans la suite)

Consigne : Restituer l’aspect à la fois dystopique, fantastique et subtilement masochiste.

Le récit dévoile un quotidien marqué par l’oppression de la chaleur et de la misère, où chaque geste corporel devient un rituel de survie. Les personnages évoluent dans un univers étrange : pubis couverts de végétaux lumineux, dominos sculptés dans des os improbables, et routines dont l’inconfort s’élève en norme. L’onirisme se glisse dans les habitudes, transformant la gêne et la douleur en une forme de consolation ambivalente, presque recherchée, où la tendresse se mêle à l’acceptation d’une souffrance quotidienne et familière. L’atmosphère se teinte de bizarreries et de symboles, révélant un monde à la fois brutal et traversé d’éclats surnaturels, où la résistance passe par une étrange volupté du manque et du malaise.

Résumé de Copilote n° 3 (suite incluse)

Dans une Martinique suffocante, le narrateur observe la chaleur, les odeurs et les corps au travail et au repos, tandis que Pauline, étouffée par la température, adopte une nudité familière et des gestes de soulagement. Leur rituel du soir autour des dominos, d’abord né sous les tropiques, se prolonge en métropole et glisse vers un jeu de domination affective où le narrateur devient « cochon » et est enfermé sous l’escalier. La partie bascule lorsqu’une voix étrangère — l’esprit convoqué de Pauline de Beaumont — accuse le narrateur de trahison et réactive une mémoire violente liée à l’esclavage. Après la crise, le couple se retrouve dans une étreinte mêlant tendresse, peur de l’abandon et sensualité, sur fond d’ananas, de fétiches et de menace diffuse.

Résumé de ChatGpt (suite incluse)

Dans une atmosphère étouffante et sensuelle, le narrateur décrit un quotidien marqué par la chaleur, les corps et des habitudes étranges partagées avec Pauline. Leur relation mêle intimité, jeux (comme les dominos) et rituels singuliers, où le corps occupe une place centrale.

Peu à peu, le récit bascule dans une dimension plus troublante : Pauline entre en transe et semble invoquer des esprits liés à l’histoire coloniale et à l’esclavage, révélant des tensions profondes, notamment la peur de l’abandon. Le narrateur subit ces épisodes sans vraiment les comprendre.

Après ces crises, Pauline revient à elle sans souvenir, et leur relation reprend, marquée par une dépendance affective forte et ambiguë. Le texte explore ainsi un mélange de désir, de folie, de mémoire historique et de fragilité psychologique.

Mon résumé (suite incluse)

A l’occasion de vacances en Martinique, outre le passé esclavagiste de l’île, le narrateur et sa compagne Pauline découvrent les pratiques singulières des autochtones pour supporter la chaleur, associant jeu de dominos et rapport décomplexé à la nudité. Particulièrement vulnérable, Pauline s’imprègne de ces usages qu’elle importe ensuite en métropole, où ils prennent une dimension chamanique.

Chaque soir, une partie de dominos s’engage selon un rituel précis dans lequel des fétiches taillés dans l’ananas jouent un rôle central. La partie s’achève invariablement par la victoire de Pauline et l’enfermement du narrateur dans un cagibi à chaussures.

Traumatisée par un double abandon durant sa petite enfance, Pauline profite de la situation pour invoquer l’esprit de Pauline de Beaumont, aristocrate délaissée par Chateaubriand, dont on apprend que le père était négrier. Lors de la transe, les reproches de l’esprit qui habite Pauline semblent viser le narrateur.

Lorsqu’elle reprend ses esprits, Pauline ne garde aucun souvenir de la transe. Les retrouvailles du couple donnent lieu à une effusion de tendres promesses, dans un climat érotique intense quoique empreint de fragilité.

Traduction en créole martiniquais du Premier jet

Isi-a, tout moun ka travay an lizinn Royal, konsèvri koté yo ka mété ananas-la an bwat. Mé, a lè-tala, i two cho menm pou travay. Anba lonbraj kanis-la, twa fanm Gros-Morne ka jwé domino, anba nivo lapovreté. Kò yo anbalé an paréo polyester yo té achté asou maché vandrèdi, an menm tan épi patat dou épi piman. An lè-a chay épi lodè sik épi pousyè silis, ou ka santi an lòdè fanm ka monté.

Kon dabitid, yo pozé yo gran pwatrin asou tab fòrmika-la. Moun ki ka pasé an kwen-la pa ka pran ka ankò pou gade sé tas tchò maron-la, ki vini tout fripé, yo ka wè yo depi asou lari-a.

Moun ki ka pasé dan katyé-la pa ka fè atansyon ankò a sa koule vyann bren fripé nou ka vwè sòti lari a.

Spektak-la ka fè kè an nou monté, an bon sans derm-la. Mwen konprann sa dwèt an soulajman pou fanm sa yo ki obèz. Kon zòrèy éléfan déplwayé, po a toutouni ka kouté ti movman lè-a. Sé osi an chaj lou anmwens ki ka soti adan kolonn vètebral-la. Blan-manjé kokoye anba fwi mirak-la, séparasyon vyann-la ka évité pou epidèm-yo pran ilserasyon ki sékréson glann swè ka kozé.

Douvan-douvan, mé sèten, mèki-a pasé karant degri centigrad. Pòlinn pa ka sipòté soutyen ankò. Adan lokasyon-an, pou kestyon jistis ant nou, nou ka viv san lenj, an ka lésé dimòfism seksyèl-nou eksprimé’y libreman. Kou tout tardigrad, pubis nou yo kouvè épi simbiot ki ni klowofil. Souvan, lè i ka gadé télé a pandan mwen ka fignolé program lan démen, Pòlinn ka kranponnen tété-l lwen an pwatrin-l pou sèkè po-a ki ka irité anlè bor yo. Konfò sa-a vin tounen on labitid. Dépi i asiz, sa pi fò ki li : i ka chèché bra chèz-la, i ka lévé pwatrin-li an plen men, é i ka anfoncé fon figi-li ant yo. Gad-li ka vin tout flou piti a piti pandan i ka anfoncé an rèvryé plen mons épi dousè, dé boulo zèb lanmè vèt ki kole anba anba bra-a.

Pou woté li anba pansé régrésif koté i ka anfoncé, mwen pwopozé-y on pati domino an tibya mérou – on ti jé mo pèsonèl épi “tibya Méru”, vil an Oaz koté yo té ka fè domino an tibya bèf (sa ki kay mérou-a ka montré ki jan lèzèt-la ki twò lejé pou nou sipòté). Mwen pito wè doub-yon pwatrin-li pozé asou tab-la, olyé mwen gadé, san pouvwa, sé glob ki anflé yo, ki pikané épi dé ti pwent rèd.

Dépi nou rivé an métwopòl-la, Polin kenbé labitid-tala. Otòn ka voye ti bo mouyé-li a kwazé-a. I ka fè nwè pi bonè épi pi bonè. Lè mwen ka rantre sot an travay, i ka santi pipi épi ananas. Polin ja alèz, é i ja pozé bwat domino-a asou tab sal a manjé. Pou diné-a, i koupé ti mòso fwiy an kib, épi nou ké pike yo épi ti pik bwa, kon ti tjenbwa (« tjen, bwa ! »). I gadé ji azoté ki té an bwat-la, pou fè tété’y vinn pli rèd. Pwatrin Polin ka sanm i pi gwo chak swa.

Notes

  1. canicule : du latin caniculispetite chienne. Canicula est l’un des anciens noms de l’étoile Sirius, l’étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien. Les périodes de grande chaleur furent ainsi nommées parce qu’on les imputait à l’influence de Sirius car, pendant l’Antiquité, au cours de la période annuelle du 20 juillet au 24 août, cette étoile se levait en même temps que le Soleil (de nos jours, c’est fin août). ↩︎
  2. au doigt ou à l’œil : en remplaçant et par ou, l’on change le sens de l’expression qui prend une connotation sexuelle. ↩︎
  3. Martinique : en langue taïno, Mantinino est le nom d’une île mythique uniquement peuplée de femmes, La isla de las mujeres de Colomb. ↩︎
  4. Pauline de Beaumont : amante phtisique de l’écrivain romantique François-René de Chateaubriand (un écrivain romantique se devait d’avoir une amante phtisique). Elle vouait à Chateaubriand une admiration sans borne. Il était son enchanteur ; et s’il s’enchantait lui-même, c’était aussi pour soigner son image (un gros mytho ?).
    Je vous le donne en mille, quelle était l’activité du père de l’écrivain ? L’heureux homme était un officier de marine, armateur et négrier français. ↩︎
  5. ananas : on peut ou non prononcer le s. ↩︎
  6. derme : jeu de mots avec terme. ↩︎
  7. Blanc-manger coco sous fruit miracle : gâteau sous la cerise (autre point de vue de l’expression cerise sur le gâteau). Blanc-manger coco est une sorte de flan. Le fruit miracle est une petite baie rouge qui transforme les goûts acides et amers en douceur sucrée. ↩︎
  8. centigrades : ancienne appellation de Celsius. ↩︎
  9. tardigrade (désuet) : famille de mammifères dépourvus d’incisives, aux doigts réunis jusqu’aux ongles et remarquables par la lenteur de leurs mouvements. Du latin tardigradus (qui se déplace lentement), de tardus (lent) et gradus (pas). ↩︎
  10. symbiote : du grec ancien sumbiôtês (cohabitant). Chacun des êtres associés en symbiose (c’est à dire vivant dans une association spécifique durable, chacun tirant avantage de l’autre). ↩︎
  11. mérou : nom vernaculaire qui désigne en français plusieurs espèces de poissons de roche carnivores à la moue dubitative. Hermaphrodites successifs, tous les individus naissent femelles et certains deviendront mâles quand l’exigera la situation. Je ne vous apprends pas que le mérou ne possède pas de tibias (ça lui fait une belle jambe). ↩︎
  12. Au cas où vous vous poseriez la question, Mérouville existe et se trouve dans l’Eure-et-Loir. ↩︎
  13. L’Insoutenable légèreté de l’être : roman dont Kundera est l’auteur. On est fait comme des rats s’écrit, en créole martiniquais : Nou fèt kon dé rat. ↩︎
  14. boucle bouclée : oiseuse renvoie au département de l’Oise, cité en début de disgression. ↩︎
  15. double-un : l’une des pièces du jeux de dominos. ↩︎
  16. (bonjour) : rien d’autre sinon l’expression d’un trivial émerveillement. Accessoirement, un jeu de mots avec amis sternums, bonjour. ↩︎
  17. tjenbwa (« tiens, bois ! ») : ensemble de croyances et pratiques magico-religieuses et médicales, souvent comparées au vaudou d’Haïti. Consommer avec modération. ↩︎
  18. règles martiniquaises du jeu de dominos (Wikipédia) : le ou les joueurs ayant 0 point (aucune manche gagnée) deviennent les « cochons » du gagnant et prennent résidence dans son parc. Dès lors il y a donc mise en place ou agrandissement du parc à cochons du gagnant devenu propriétaire. Le seul moyen pour un « cochon » de sortir du parc est de mettre à son tour « cochon » son propriétaire. Le « cochon » n’est pas une propriété exclusive, il peut avoir plusieurs propriétaires, et aussi appartenir plusieurs fois au même propriétaire, auquel cas le « cochon » devra mettre autant de fois que nécessaire son propriétaire « cochon » pour sortir du parc.
    Je ma demande si le fait d’appartenir au « parc à cochons » de quelqu’un a des répercussions dans la vie de tous les jours. ↩︎
  19. suidés (ou porcins) : famille de mammifères aux canines développées et dont les pattes ont quatre onglons. Du latin sus (porc). En anglais, sow signifie truie ; pour un mâle (verrat), on dit : boar. ↩︎
  20. ataxophobe : qui a la phobie du désordre. ↩︎
  21. roupiller : rime riche avec « le loup y est. » ↩︎
  22. « Et mes seins, tu les aimes ? Oui, énormément. » : Brigitte Bardot et Michel Piccoli dans Le mépris, film de Jean-Luc Godard réalisé en 1963, adapté du roman éponyme d’Alberto Moravia, publié en 1954. ↩︎
  23. Isabeau de Bavière : cette reine a été la première à se faire percer un mamelon à des fins décoratives. Au XIVe siècle, est apparue la mode des décolletés profonds. Souvent, les mamelons étaient exposés aux regards par des robes largement ouvertes sur les seins. Le couronnement d’Isabeau de Bavière est fastueusement organisé en 1389 et est suivi de son entrée triomphale à Paris. Dès 1392, Charles VI, son époux, est victime d’une première crise de folie. Isabeau va devoir gérer pendant encore trente ans. ↩︎

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