Rien à voir avec les moteurs à réaction.
Si vos amis ne sont ni dépressifs, ni passionnés de littérature, où s’ils ont tout simplement une vie, vous ne pouvez pas compter sur eux pour relire vos productions littéraires dont vous jugez, non sans raisons, la qualité exceptionnelle.
Le recours à ChatGPT s’impose (qui d’autre ?). Vous allez être surpris de constater à quel point l’IA vous aime et vous comprend. Bientôt vous serez plus souvent en chat avec l’IA que sur votre moteur de recherche préféré. Profitez-en, ça pourrait ne pas durer : bientôt, il y aura de la pub sur ChatGPT, bientôt il faudra s’abonner… L’IA est encore dans sa phase d’installation de l’assuétude. Bientôt vous ne pourrez plus vous en passer. L’IA le sait et met tout en œuvre pour vous séduire et vous rendre dépendant. Alors, profitez de cette période bénie de gratuité pour en tirer le maximum et apprendre plus tard à vous en passer.
SOMMAIRE
ChatGPT
La connexion
URL de ChatGPT : https://chatgpt.com
J’utilise la formule par défaut (gratuite) et sans création de compte. ChatGPT vous proposera régulièrement d’utiliser un compte ou une version payante, avec la promesse d’obtenir des réponses plus pertinentes. En l’état actuel de mes ambitions, je choisi toujours de « Rester déconnecté » (formule gratuite et sans compte).
Vous pouvez aller dans Paramètres (colonne de gauche) / gestion des données, où vous pouver cocher Améliorer le modèle pour tous et Mesure d’audience marketing. A date, ces options sont décochées par défaut (mais ça pourrait changer).
Chat GPT m’a certifié qu’en mode déconnecté :
- Les conversations sont conservées en moyenne 1 mois (pour des raisons légales)
- Ils n’ont pas une logique de stockage dans des bases de données : ils fabriquent des modèles d’analyse à partir de données sélectionnées, disponibles sur internet
- Les textes communiqués à ChatGPT pour analyse ne risquent pas d’être communiqués à quiconque. A fortiori si vous n’avez pas coché « Améliorer le modèle pour tous » : aucun technicien n’ira mettre son nez dedans durant la courte période où ils pourraient être disponibles dans leurs systèmes.
- ChatGPT vous reconnais grâce à votre adresse IP mais ils crée beaucoup moins de lien entre vos conversations successives, que si vous utilisiez un compte. Du coup, vous risquez moin que ChatGPT ne soit enclin à vous répondre ce que vous avez envie d’entendre.
Vous pouvez questionner ChatGPT sur tous ces aspects et bien d’autres. Bien sûr, ChatGPT peut vous mentir…
Méthode pour améliorer un texte
Ne pas donner un texte trop long à analyser : maximum un chapitre.
Utiliser une nouvelle session ChatGPT pour chaque nouveau texte (si vous enchaînez plusieurs chapitres, ChatGPT va détecter vos intentions générales et va les privilégier ; il répètera alors les mêmes suggestions très générales sans davantage aller dans le détail.
Erreurs grammaticales
Toujours commencer par corriger les erreurs grammaticales.
- Relire le texte en appliquant les enseignements que vous avez retenus de vos précédents échanges avec ChatGPT (concernant d’autres textes)
- S’il est ouvert, fermer ChatGPT puis le relancer, pour ouvrir une nouvelle session
- Ecrire la question « Le texte ci-dessous contient-il des erreurs grammaticales :« , puis touches Maj Return pour aller à la ligne, puis touches Ctrl V pour coller au-dessous le texte de base préalablement copié (Ctrl C) ailleurs (fichier Word, blocs WordPress, etc.)
- Corrigez le textes de base : orthographes, accords, concordance des temps, etc. Vous pouvez enregistrer les versions successives de votre texte si vous préférez (par exemple dans un fichier Word)
- Ecrire la phrase « Voici une nouvelle version corrigée : » puis touches Maj Return pour aller à la ligne, puis touches Ctrl V pour coller au-dessous le texte de base corrigé, préalablement copié (Ctrl C).
- Effectuer l’opération de correction des erreurs grammaticales au moins 3 fois car à chaque fois ChatGPT trouvera des erreurs nouvelles ou abordera des aspects plus pointus (ponctuation, majuscules, etc.).
Remarque : vous pouvez naturellement conserver vos néologismes et autres distorsions volontaires de la langue, sans tenir compte des remarques de ChatGPT.
Qualités littéraires
Après avoir corrigé les erreurs grammaticales :
- Ecrire : « Ce texte a-t-il des qualités littéraires et quelle note mérite-t-il ?«
- Corriger la texte de base en tenant compte des suggestions de ChatGPT qui vous semblent pertinentes
- Ecrire « Voici une nouvelle version du texte corrigée : :« , puis touches Maj Return pour aller à la ligne, puis touches Ctrl V pour coller au-dessous la nouvelle version du texte de base que vous aurez préalablement copiée (Ctrl C)
- Normalement, à la fin, ChatGPT ajustera sa note. S’il ne le fait pas, écrivez « Quelle note ?«
- Normalement, ChatGPT précise les axes d’amélioration. S’il ne le fait pas, écrivez « Comment améliorer la note ?«
- Vous pouvez aussi, concernant un axe particulier, demander des précisions : « Lister les cas où blablabla »
- Vous pouvez donner des clés de lecture à ChatGPT, qui en tiendra compte.
- Répéter l’opération « Voici une nouvelle version du texte corrigée :« , etc. autant de fois que nécessaire (il m’arrive d’aller jusqu’à 10 fois)
- Si ChatGPT commence à mélanger les versions, alors fermer ChatGPT et ouvrir une nouvelle session, puis écrire la phrase « Le texte ci-dessous a-t-il des qualités littéraires et quelle note mérite-t-il ?« puis touches Maj Return pour aller à la ligne, puis touches Ctrl V pour coller dans ChatGPT la dernière version du texte de base corrigée, que vous aurez copiée (Ctrl C). Vous repartez à zéro, votre note va probablement baisser ; cela est dû au fait que version après version, ChatGPT affine sa compréhension de votre texte et de vos intentions, et probablement vous encourage.
- Répéter l’opération « Voici une nouvelle version du texte corrigée :« , etc. autant de fois que nécessaire.
Remarque, le modèle de ChatGPT préconise le plus souvent de faire confiance au lecteur :
- Eviter les redondences : ne pas dire plusieurs fois la même chose de façons différentes.
- Ne pas expliquer : laisser le lecteur interpréter les faits, ne pas clore l’interprétation.
- Laisser respirer le texte et donc le lecteur : un seul effet par phrase et une seule phrase à effet par paragraphe (trop d’effets tue l’effet). Exemples d’effets : métaphore, trait d’humour, vocabulaire rare, tournure sophistiquée, phrase longue…
- Homogénéiser les niveaux de langue
Enfin, au fil des corrections, vous ne manquerez pas d’enrichir votre texte avec de nouvelles idées ; ChatGPT ne manquera pas de vous donner son avis sur ces évolutions.
Edition
Vous pouvez demander à ChatGPT : « Quels sont les éditeurs et les collections qui pourraient accepter ce texte ?«
Un exemple
Voici un exemple où j’essaie d’améliorer une chronique. Munissez vous d’une mandoline, ou à défaut, d’un économe, nous allons analyser, décortiquer, caractériser, cautériser, émonder…
Mon objectif est de mettre à l’épreuve le texte qui va suivre et de l’améliorer, grâce à ChatGPT.
Chaque modification est en gras dans la version qui suit la réponse de ChatGPT.
Version 0 (ancienne version de l’article La voisine)
Version 0
Ça faisait un moment qu’on n’avait pas vu Martine. Ces derniers temps, elle perdait un peu la tête. Elle pensait que mon mari souhaitait sa mort et voulait prendre possession de sa maison, située dans le prolongement de la nôtre. Elle vivait seule. René était mort depuis dix bonnes années. Chaque mois, elle montait à Noisy-le-Sec, probablement pour toucher sa retraite. Elle possédait là-bas un appartement et payait toujours en espèces. Un taxi la conduisait à la gare de Montargis. Je l’avais emmenée plusieurs fois faire des courses et j’avais dû, chaque fois, refuser les billets qu’elle froissait entre ses doigts tremblants.
Un soir, la police de Noisy-le-Sec nous avait appelés. Ils avaient trouvé dans le sac de Martine, une lettre à l’attention de notre fille dont un ami avait installé des ruches en bordure du jardin de la plaignante. L’adresse qui figurait sur cette lettre, qu’elle projetait d’envoyer a priori depuis longtemps, avait permis à la police de trouver notre numéro de téléphone. Le commissariat avait expliqué que Martine était larguée, qu’ils allaient la mettre dans un taxi et qu’il fallait que nous la réceptionnions. Mon mari avait protesté en vain. Les policiers avaient identifié un pigeon et ils n’avaient pas cru bon contacter un membre du conseil municipal. Mon mari avait alors contacté la mairie pour expliquer la situation. Il était hors de question qu’il réceptionnât Martine, compte tenu de l’état de celle-ci.
L’adjoint au maire avait accueilli Martine et l’avait reconduite chez elle. Les choses en étaient restées là. Aucune surveillance particulière n’avait été mise en place par les services sociaux malgré l’état de vulnérabilité manifeste de Martine. Peut-être aurait-il été sage d’écrire au procureur de la République.
Quelques semaines plus tard, ça devait être mi-novembre, il commençait à faire froid, une odeur de gaz avait attiré notre attention. Nous n’avions pas eu de mal à remonter à la source des émanations : l’odeur provenait d’une bouche d’aération percée dans le mur de façade de notre voisine. Les pompiers furent appelés d’urgence.
L’homme du feu avait revêtu une sorte de scaphandrier puis était allé frapper à la porte fatidique. Personne n’avait répondu. Le pompier était alors passé par le jardin, avait brisé un carreau et s’était retrouvé face à une Martine peu coopérante. La chaudière s’était révélée défectueuse, le gaz avait été coupé et un chauffagiste avait été mandaté.
Quelques jours plus tard, le professionnel s’était vu refuser l’entrée du logis. Il n’avait pas insisté.
À la fin de l’hiver, une grosse Mercédès s’était garée au milieu du chemin. Nous avions rejoint les visiteurs qui nous avaient expliqué qu’ils étaient des amis de la sœur ainée de Martine, une vieille dame qui vivait au Maroc et qui avait, comme chaque année, envoyé ses vœux à sa petite sœur. N’ayant pas reçu de réponse, elle avait demandé à ses amis parisiens de passer voir celle-ci à l’occasion, pour prendre de ses nouvelles. Mais Martine semblait absente.
Nous avions suggéré qu’elle se trouvait peut-être à Noisy-le-Sec. Ils avaient répondu que l’appartement de Noisy-le-Sec était condamné par une porte blindée et que personne n’y habitait.
Des gendarmes survinrent à cran, qui cherchaient aventure. Ils avaient avisé la grosse berline qui obstruait le chemin vicinal ordinaire.
- Vous tombez bien, avait dit mon mari en allant à leur rencontre. Des amis sont passés pour prendre des nouvelles de notre voisine mais elle ne répond pas. Vous pouvez sans doute les aider à entrer ?
- Ah mais, c’est qu’on n’a pas le droit d’entrer chez les gens comme ça. Nous, on ne peut rien faire.
- Ca fait pas mal de temps qu’on ne l’a pas vue et ses amis nous disent qu’elle n’est pas à son appartement de Noisy-le-Sec. Si ça se trouve, elle est en train de se décomposer à l’intérieur. Il faut faire quelque chose.
- On va appeler notre chef.
Le chef avait donné son aval sous réserve qu’un membre de la famille donnât son autorisation. Elle n’avait pas d’enfant, et sa famille la plus proche était cette grande sœur de 90 ans passés qui coulait au Maroc, les jours heureux qu’il lui restait à vivre. Les amis l’avait appelée en présence des gendarmes. Elle avait eu la bonne idée de décrocher et de donner son accord.
Mon mari avait alors servi de guide aux deux fonctionnaires, jusqu’à la véranda dont la porte n’était par bonheur pas verrouillée. Il avait dévissé le volet derrière lequel se trouvait la fenêtre dont les pompiers avaient brisé la vitre, quelques mois auparavant. La vitre n’avait pas été réparée. Dès lors, les gendarmes avaient pris les choses en main et avaient découvert Martine dans sa chambre, l’édredon tiré jusqu’au menton, entièrement momifiée. Sur la table de la salle à manger, il y avait les restes d’un petit déjeuner, quelques biscottes et un bol de café froid. Le décès avait été constaté par le médecin légiste du coin, un brave homme qui n’était pas en état de conduire et qu’il avait fallu véhiculer.
Mon mari avait organisé l’enterrement. Martine avait souscrit un contrat d’assurance obsèques. Son cercueil fut déposé à côté de celui de René, dans leur coupé deux places décapotable. Aucun des amis de la famille n’avaient connaissance de l’existence de René. Je devrais dire, de l’inexistence de René, puisqu’il était mort depuis plus de dix ans ! Excusez-moi, je ne sais plus ce que je raconte. De toutes façons, personne ne s’était déplacé pour assister à la non cérémonie. Le temps était à l’orage, un arc-en-ciel s’était formé, j’avais pris une photo que j’avais envoyée aux adresses qu’on nous avait laissées. La grande sœur nous avait remerciés et avait décédé peut de temps après.
Les héritiers de Martine n’habitaient pas la porte à côté. Un jour, des petits neveux étaient passés pour récupérer le sac de Martine. Ils avaient eu l’air satisfaits de ce qu’ils avaient trouvé à l’intérieur. Ça fait bientôt trois ans qu’on n’a plus de nouvelles. L’ami de notre fille a lâché quelques poules dans le jardin abandonné de Martine. Il y a même construit un poulailler, à cause du renard qui rode dans cette partie du village. Tous les midis, il récupère deux petits œufs.
Version 1 – relue et modifiée sans utiliser ChatGPT
Résumé des évolutions de cette version
- Déplacement d’une phrase : Un taxi la conduisait à la gare de Montargis. Elle payait toujours en espèce.
- « un ami » devient « l’ami«
- Phrase complétée : Il était hors de question qu’il réceptionnât Martine, compte tenu de l’état de celle-ci et de la détérioration de leurs rapports.
- C cédille majuscule : Ça fait pas mal de temps qu’on ne l’a pas vue…
- Faute d’accord : Les amis l’avaient appelée
- Remaniement d’un passage : La vitre n’avait pas été réparée. Dès lors, les gendarmes avaient pris les choses en main. Sur la table de la salle à manger, il y avait les restes d’un petit déjeuner, quelques biscottes et un bol de café froid dont la moitié du contenu s’était évaporé, dessinant sur les parois de céramique les restes d’une forêt incendiée. Ils avaient découvert Martine dans sa chambre…
- Orthographe : peu de temps (et non peut)
Version 1
Le texte ci-dessous contient-il des erreurs grammaticales:
Ça faisait un moment qu’on n’avait pas vu Martine. Ces derniers temps elle perdait un peu la tête. Elle pensait que mon mari souhaitait sa mort et voulait prendre possession de sa maison, située dans le prolongement de la nôtre. Elle vivait seule. René était mort depuis dix bonnes années. Chaque mois, elle montait à Noisy-le-Sec, probablement pour toucher sa retraite. Elle possédait là-bas un appartement. Un taxi la conduisait à la gare de Montargis. Elle payait toujours en espèces. Je l’avais emmenée plusieurs fois faire des courses et j’avais dû, chaque fois, refuser les billets qu’elle froissait entre ses doigts tremblants.
Un soir, la police de Noisy-le-Sec nous avait appelés. Ils avaient trouvé dans le sac de Martine, une lettre à l’attention de notre fille dont l’ami avait installé des ruches en bordure du jardin de la plaignante. L’adresse qui figurait sur cette lettre, qu’elle projetait d’envoyer a priori depuis longtemps, avait permis à la police de trouver notre numéro de téléphone. Le commissariat avait expliqué que Martine était larguée, qu’ils allaient la mettre dans un taxi et qu’il fallait que nous la réceptionnions. Mon mari avait protesté en vain. Les policiers avaient identifié un pigeon et ils n’avaient pas cru bon contacter un membre du conseil municipal. Mon mari avait alors contacté la mairie pour expliquer la situation. Il était hors de question qu’il réceptionnât Martine, compte tenu de l’état de celle-ci et de la détérioration de leurs rapports.
L’adjoint au maire avait accueilli Martine et l’avait reconduite chez elle. Les choses en étaient restées là. Aucune surveillance particulière n’avait été mise en place par les services sociaux malgré l’état de vulnérabilité manifeste de Martine. Peut-être aurait-il été sage d’écrire au procureur de la République.
Quelques semaines plus tard, ça devait être mi-novembre, il commençait à faire froid, une odeur de gaz avait attiré notre attention. Nous n’avions pas eu de mal à remonter à la source des émanations : l’odeur provenait d’une bouche d’aération percée dans le mur de façade de notre voisine. Les pompiers furent appelés d’urgence.
L’homme du feu avait revêtu une sorte de scaphandrier puis était allé frapper à la porte fatidique. Personne n’avait répondu. Le pompier était alors passé par le jardin, avait brisé un carreau et s’était retrouvé face à une Martine peu coopérante. La chaudière s’était révélée défectueuse, le gaz avait été coupé et un chauffagiste avait été mandaté.
Quelques jours plus tard, le professionnel s’était vu refuser l’entrée du logis. Il n’avait pas insisté.
À la fin de l’hiver, une grosse Mercédès s’était garée au milieu du chemin. Nous avions rejoint les visiteurs qui nous avaient expliqué qu’ils étaient des amis de la sœur aînée de Martine, une vieille dame qui vivait au Maroc et qui avait, comme chaque année, envoyé ses vœux à sa petite sœur. N’ayant pas reçu de réponse, elle avait demandé à ses amis parisiens de passer voir celle-ci à l’occasion, pour prendre de ses nouvelles. Mais Martine semblait absente.
Nous avions suggéré qu’elle se trouvait peut-être à Noisy-le-Sec. Ils avaient répondu que l’appartement de Noisy-le-Sec était condamné par une porte blindée et que personne n’y habitait.
Des gendarmes survinrent à cran, qui cherchaient aventure. Ils avaient avisé la grosse berline qui obstruait le chemin vicinal ordinaire.
- Vous tombez bien, avait dit mon mari en allant à leur rencontre. Des amis sont passés pour prendre des nouvelles de notre voisine mais elle ne répond pas. Vous pouvez sans doute les aider à entrer ?
- Ah mais, c’est qu’on n’a pas le droit d’entrer chez les gens comme ça. Nous, on ne peut rien faire.
- Ça fait pas mal de temps qu’on ne l’a pas vue et ses amis nous disent qu’elle n’est pas à son appartement de Noisy-le-Sec. Si ça se trouve, elle est en train de se décomposer à l’intérieur. Il faut faire quelque chose.
- On va appeler notre chef.
Le chef avait donné son aval sous réserve qu’un membre de la famille donnât son autorisation. Elle n’avait pas d’enfant, et sa famille la plus proche était cette grande sœur de 90 ans passés qui coulait au Maroc, les jours heureux qu’il lui restait à vivre. Les amis l’avaient appelée en présence des gendarmes. Elle avait eu la bonne idée de décrocher et de donner son accord.
Mon mari avait alors servi de guide aux deux fonctionnaires, jusqu’à la véranda dont la porte n’était par bonheur pas verrouillée. Il avait dévissé le volet derrière lequel se trouvait la fenêtre dont les pompiers avaient brisé la vitre, quelques mois auparavant. La vitre n’avait pas été réparée. Dès lors, les gendarmes avaient pris les choses en main. Sur la table de la salle à manger, il y avait les restes d’un petit déjeuner, quelques biscottes et un bol de café froid dont la moitié du contenu s’était évaporé, dessinant sur les parois de céramique les restes d’une forêt incendiée. Ils avaient découvert Martine dans sa chambre, l’édredon tiré jusqu’au menton, entièrement momifiée. Le décès avait été constaté par le médecin légiste du coin, un brave homme qui n’était pas en état de conduire et qu’il avait fallu véhiculer.
Mon mari avait organisé l’enterrement. Martine avait souscrit un contrat d’assurance obsèques. Son cercueil fut déposé à côté de celui de René, dans leur coupé deux places décapotable. Aucun des amis de la famille n’avaient connaissance de l’existence de René. Je devrais dire, de l’inexistence de René, puisqu’il était mort depuis plus de dix ans ! Excusez-moi, je ne sais plus ce que je raconte. De toutes façons, personne ne s’était déplacé pour assister à la non-cérémonie. Le temps était à l’orage, un arc-en-ciel s’était formé, j’avais pris une photo que j’avais envoyée aux adresses qu’on nous avait laissées. La grande sœur nous avait remerciés et avait décédé peu de temps après.
Les héritiers de Martine n’habitaient pas la porte à côté. Un jour, des petits neveux étaient passés pour récupérer le sac de Martine. Ils avaient eu l’air satisfaits de ce qu’ils avaient trouvé à l’intérieur. Ça fait bientôt trois ans qu’on n’a plus de nouvelles. L’ami de notre fille a lâché quelques poules dans le jardin abandonné de Martine. Il y a même construit un poulailler, à cause du renard qui rode dans cette partie du village. Tous les midis, il récupère deux petits œufs.
ChatGPT (corrections grammaire en gras dans la version suivante)
Dans l’ensemble, le texte est de très bon niveau. Il est fluide, bien construit et les temps sont globalement bien maîtrisés. Je n’y vois que quelques erreurs grammaticales, quelques maladresses lexicales et quelques points de style.
Voici les principaux points.
Erreurs grammaticales
- « Ils avaient trouvé dans le sac de Martine, une lettre… »
❌ Ils avaient trouvé dans le sac de Martine, une lettre…
La virgule est fautive.
✅ Ils avaient trouvé dans le sac de Martine une lettre…
- « Il était hors de question qu’il réceptionnât Martine »
Ce n’est pas une erreur. Le subjonctif imparfait est grammaticalement irréprochable, mais il surprend dans un texte où le reste est écrit dans un registre contemporain.
On écrirait plus naturellement :
Il était hors de question qu’il réceptionne Martine.
Les deux sont corrects.
- « Des gendarmes survinrent à cran, qui cherchaient aventure. »
Il ne s’agit pas d’une faute de grammaire mais l’expression est incorrecte.
« être à cran » signifie être nerveux.
Vous semblez détourner la formule de chercher aventure, mais cela fonctionne mal.
On pourrait écrire par exemple :
Des gendarmes survinrent, l’air à cran.
ou
Des gendarmes survinrent, en quête d’aventure.
- « la grande sœur de 90 ans passés qui coulait au Maroc, les jours heureux qu’il lui restait à vivre. »
La virgule est mal placée.
Je mettrais :
…qui coulait au Maroc les jours heureux qu’il lui restait à vivre.
ou
…qui coulait, au Maroc, les jours heureux qu’il lui restait à vivre.
- « Aucun des amis de la famille n’avaient connaissance… »
Accord fautif.
Le sujet est Aucun.
❌ Aucun des amis… n’avaient
✅ Aucun des amis… n’avait
- « La grande sœur nous avait remerciés et avait décédé peu de temps après. »
C’est la seule véritable erreur de verbe.
Le verbe décéder est intransitif et ne se conjugue pas avec avoir.
❌ avait décédé
✅ était décédée
- « De toutes façons »
L’orthographe recommandée est :
✅ De toute façon
Le pluriel existe encore, mais il est devenu rare.
- « le renard qui rode »
Orthographe :
✅ rôde
Quelques maladresses
« probablement pour toucher sa retraite »
« Toucher sa retraite » est correct à l’oral mais un peu familier.
Plus littéraire :
percevoir sa retraite.
« Ils avaient identifié un pigeon »
La formule est amusante mais peut sembler ambiguë.
On comprend ensuite qu’il s’agit de votre mari.
Vous pourriez écrire :
Ils avaient trouvé un pigeon.
ou
Ils avaient trouvé quelqu’un pour régler leur problème.
« Le médecin légiste du coin »
Grammaticalement correct, mais « du coin » détonne dans un récit jusque-là assez soutenu.
« leur coupé deux places décapotable »
Cette image est excellente, mais elle surprend un peu.
On comprend seulement ensuite que vous parlez du caveau.
Vous pourriez accentuer l’effet :
leur caveau, leur coupé deux places décapotable.
Cohérence temporelle
À la fin :
Ça fait bientôt trois ans qu’on n’a plus de nouvelles.
est parfaitement correct.
En revanche, juste avant :
Tous les midis, il récupère deux petits œufs.
Le présent crée un effet de retour au temps de l’énonciation. C’est un choix stylistique, mais si vous souhaitez conserver un récit entièrement au passé, il faudrait écrire :
Tous les midis, il récupérait deux petits œufs.
Si, au contraire, vous revenez volontairement au présent du narrateur, le présent est tout à fait légitime.
Bilan
Je ne relève en réalité que trois véritables fautes :
- Aucun des amis… n’avait (accord).
- avait décédé → était décédée.
- rôde (accent).
Le reste relève surtout de la ponctuation, du registre ou de choix stylistiques. C’est un texte très solide, avec une narration vivante, un bon sens du détail et plusieurs images réussies (par exemple « la forêt incendiée » sur les parois du bol ou le « coupé deux places décapotable » pour le caveau). Il mériterait essentiellement une légère révision de forme plutôt qu’une correction en profondeur.
Version 2 – corrections 1 – grammaire
Résumé des évolutions de cette version
- Vocabulaire : probablement pour percevoir sa retraite (et non toucher)
- Suppression de la virgule : Ils avaient trouvé dans le sac de Martine une lettre à l’attention de notre fille…
- Ajout d’une virgule : Des gendarmes survinrent, à cran…
- Suppression de la virgule : qui coulait au Maroc les jours heureux qu’il lui restait à vivre.
- Faute d’accord : Aucun des amis de la famille n’avait connaissance de l’existence de René.
- Passage au singulier : De toute façon
- être décédé et non avoir décédé : La grande sœur nous avait remerciés et était décédée peu de temps après.
- Orthographe : « à cause du renard qui rôde » (et non rode)
Version 2
Voici une nouvelle version corrigée :
Ça faisait un moment qu’on n’avait pas vu Martine. Ces derniers temps elle perdait un peu la tête. Elle pensait que mon mari souhaitait sa mort et voulait prendre possession de sa maison, située dans le prolongement de la nôtre. Elle vivait seule. René était mort depuis dix bonnes années. Chaque mois, elle montait à Noisy-le-Sec, probablement pour percevoir sa retraite. Elle possédait là-bas un appartement. Un taxi la conduisait à la gare de Montargis. Elle payait toujours en espèces. Je l’avais emmenée plusieurs fois faire des courses et j’avais dû, chaque fois, refuser les billets qu’elle froissait entre ses doigts tremblants.
Un soir, la police de Noisy-le-Sec nous avait appelés. Ils avaient trouvé dans le sac de Martine une lettre à l’attention de notre fille dont l’ami avait installé des ruches en bordure du jardin de la plaignante. L’adresse qui figurait sur cette lettre, qu’elle projetait d’envoyer a priori depuis longtemps, avait permis à la police de trouver notre numéro de téléphone. Le commissariat avait expliqué que Martine était larguée, qu’ils allaient la mettre dans un taxi et qu’il fallait que nous la réceptionnions. Mon mari avait protesté en vain. Les policiers avaient identifié un pigeon et ils n’avaient pas cru bon contacter un membre du conseil municipal. Mon mari avait alors contacté la mairie pour expliquer la situation. Il était hors de question qu’il réceptionnât Martine, compte tenu de l’état de celle-ci et de la détérioration de leurs rapports.
L’adjoint au maire avait accueilli Martine et l’avait reconduite chez elle. Les choses en étaient restées là. Aucune surveillance particulière n’avait été mise en place par les services sociaux malgré l’état de vulnérabilité manifeste de Martine. Peut-être aurait-il été sage d’écrire au procureur de la République.
Quelques semaines plus tard, ça devait être mi-novembre, il commençait à faire froid, une odeur de gaz avait attiré notre attention. Nous n’avions pas eu de mal à remonter à la source des émanations : l’odeur provenait d’une bouche d’aération percée dans le mur de façade de notre voisine. Les pompiers furent appelés d’urgence.
L’homme du feu avait revêtu une sorte de scaphandrier puis était allé frapper à la porte fatidique. Personne n’avait répondu. Le pompier était alors passé par le jardin, avait brisé un carreau et s’était retrouvé face à une Martine peu coopérante. La chaudière s’était révélée défectueuse, le gaz avait été coupé et un chauffagiste avait été mandaté.
Quelques jours plus tard, le professionnel s’était vu refuser l’entrée du logis. Il n’avait pas insisté.
À la fin de l’hiver, une grosse Mercédès s’était garée au milieu du chemin. Nous avions rejoint les visiteurs qui nous avaient expliqué qu’ils étaient des amis de la sœur aînée de Martine, une vieille dame qui vivait au Maroc et qui avait, comme chaque année, envoyé ses vœux à sa petite sœur. N’ayant pas reçu de réponse, elle avait demandé à ses amis parisiens de passer voir celle-ci à l’occasion, pour prendre de ses nouvelles. Mais Martine semblait absente.
Nous avions suggéré qu’elle se trouvait peut-être à Noisy-le-Sec. Ils avaient répondu que l’appartement de Noisy-le-Sec était condamné par une porte blindée et que personne n’y habitait.
Des gendarmes survinrent, à cran, qui cherchaient aventure. Ils avaient avisé la grosse berline qui obstruait le chemin vicinal ordinaire.
- Vous tombez bien, avait dit mon mari en allant à leur rencontre. Des amis sont passés pour prendre des nouvelles de notre voisine mais elle ne répond pas. Vous pouvez sans doute les aider à entrer ?
- Ah mais, c’est qu’on n’a pas le droit d’entrer chez les gens comme ça. Nous, on ne peut rien faire.
- Ça fait pas mal de temps qu’on ne l’a pas vue et ses amis nous disent qu’elle n’est pas à son appartement de Noisy-le-Sec. Si ça se trouve, elle est en train de se décomposer à l’intérieur. Il faut faire quelque chose.
- On va appeler notre chef.
Le chef avait donné son aval sous réserve qu’un membre de la famille donnât son autorisation. Elle n’avait pas d’enfant, et sa famille la plus proche était cette grande sœur de 90 ans passés qui coulait au Maroc les jours heureux qu’il lui restait à vivre. Les amis l’avaient appelée en présence des gendarmes. Elle avait eu la bonne idée de décrocher et de donner son accord.
Mon mari avait alors servi de guide aux deux fonctionnaires, jusqu’à la véranda dont la porte n’était par bonheur pas verrouillée. Il avait dévissé le volet derrière lequel se trouvait la fenêtre dont les pompiers avaient brisé la vitre, quelques mois auparavant. La vitre n’avait pas été réparée. Dès lors, les gendarmes avaient pris les choses en main. Sur la table de la salle à manger, il y avait les restes d’un petit déjeuner, quelques biscottes et un bol de café froid dont la moitié du contenu s’était évaporé, dessinant sur les parois de céramique les restes d’une forêt incendiée. Ils avaient découvert Martine dans sa chambre, l’édredon tiré jusqu’au menton, entièrement momifiée. Le décès avait été constaté par le médecin légiste du coin, un brave homme qui n’était pas en état de conduire et qu’il avait fallu véhiculer.
Mon mari avait organisé l’enterrement. Martine avait souscrit un contrat d’assurance obsèques. Son cercueil fut déposé à côté de celui de René, dans leur coupé deux places décapotable. Aucun des amis de la famille n’avait connaissance de l’existence de René. Je devrais dire, de l’inexistence de René, puisqu’il était mort depuis plus de dix ans ! Excusez-moi, je ne sais plus ce que je raconte. De toute façon, personne ne s’était déplacé pour assister à la non-cérémonie. Le temps était à l’orage, un arc-en-ciel s’était formé, j’avais pris une photo que j’avais envoyée aux adresses qu’on nous avait laissées. La grande sœur nous avait remerciés et était décédée peu de temps après.
Les héritiers de Martine n’habitaient pas la porte à côté. Un jour, des petits neveux étaient passés pour récupérer le sac de Martine. Ils avaient eu l’air satisfaits de ce qu’ils avaient trouvé à l’intérieur. Ça fait bientôt trois ans qu’on n’a plus de nouvelles. L’ami de notre fille a lâché quelques poules dans le jardin abandonné de Martine. Il y a même construit un poulailler, à cause du renard qui rôde dans cette partie du village. Tous les midis, il récupère deux petits œufs.
ChatGPT (corrections grammaire en gras dans la version suivante)
Cette version est nettement plus aboutie. Les véritables fautes que j’avais relevées ont été corrigées. Il ne reste essentiellement que quelques points mineurs, dont certains relèvent davantage du style que de la grammaire.
1. Une faute d’orthographe
une grosse Mercédès
Le nom de la marque s’écrit :
une grosse Mercedes
En français, on ne met pas d’accent.
2. Une tournure un peu bancale
Des gendarmes survinrent, à cran, qui cherchaient aventure.
La virgule améliore la lecture, mais le problème demeure : à cran qualifie leur état nerveux tandis que chercher aventure relève d’un registre littéraire et signifie partir en quête d’événements. Les deux expressions se combinent difficilement.
Par exemple :
- Des gendarmes survinrent, visiblement à cran.
- Des gendarmes survinrent, qui semblaient chercher aventure.
- Des gendarmes survinrent, flairant une occasion d’intervenir.
Si votre intention est de leur donner un côté un peu fanfaron ou empressé d’intervenir, il faudrait le dire plus directement.
3. « Ils avaient identifié un pigeon »
Ce n’est pas une faute, mais c’est probablement la phrase qui risque le plus de faire hésiter un lecteur.
On comprend après coup qu’il s’agit d’un « pigeon » au sens de « personne à qui l’on refourgue le problème ». C’est drôle, mais la compréhension n’est pas immédiate. Si l’effet recherché est un léger décalage humoristique, je la laisserais telle quelle.
4. Le dialogue
Des amis sont passés…
elle ne répond pas…
ses amis nous disent…
Le passage au présent dans le discours direct est parfaitement naturel. Rien à signaler.
5. « Il y a même construit un poulailler »
Cette phrase est correcte, mais elle sonne un peu plus naturellement avec l’ordre usuel :
Il y a même construit un poulailler.
ou
Il y a même fini par construire un poulailler.
La version actuelle n’appelle pas de correction.
6. Le « coupé deux places décapotable »
J’aime beaucoup cette image. Elle produit un effet de surprise, puis le lecteur comprend qu’il s’agit du caveau familial. C’est une métaphore audacieuse, qui fonctionne bien dans le ton du récit.
7. Une remarque de ponctuation
Au début :
Ces derniers temps elle perdait un peu la tête.
Personnellement, j’ajouterais une virgule :
Ces derniers temps, elle perdait un peu la tête.
C’est une question de rythme plus que de règle.
Mon seul vrai doute
La seule phrase qui me fait encore réellement hésiter est :
Le décès avait été constaté par le médecin légiste du coin, un brave homme qui n’était pas en état de conduire et qu’il avait fallu véhiculer.
Grammaticalement, elle est correcte. En revanche, le lecteur se demande immédiatement pourquoi le médecin n’était pas en état de conduire. Était-il très âgé ? Malade ? Ivre ? Épuisé ? Le texte ne le dit pas. Si ce détail correspond à un fait réel et que vous souhaitez conserver cette touche d’absurde, il fonctionne. Sinon, il peut donner l’impression d’une information incomplète.
Bilan
À ce stade, je ne relève plus qu’une seule faute objective (Mercedes) et deux ou trois choix de formulation discutables. Le texte est désormais très propre sur le plan grammatical. La qualité de l’écriture repose surtout sur le mélange de gravité et d’ironie discrète, qui rappelle parfois la chronique ou le récit autobiographique. Les images (« la forêt incendiée » sur les parois du bol, le caveau transformé en « coupé deux places décapotable ») donnent une voix très personnelle au texte sans paraître recherchées à l’excès.
Version 3 – corrections 2 – grammaire
Résumé des évolutions de cette version
- Ajout d’une virgule : Ces derniers temps, elle perdait un peu la tête.
- Orthographe : une grosse Mercedes
Version 3
Ce texte a-t-il des qualités littéraires et quelle note mérite-t-il :
Ça faisait un moment qu’on n’avait pas vu Martine. Ces derniers temps, elle perdait un peu la tête. Elle pensait que mon mari souhaitait sa mort et voulait prendre possession de sa maison, située dans le prolongement de la nôtre. Elle vivait seule. René était mort depuis dix bonnes années. Chaque mois, elle montait à Noisy-le-Sec, probablement pour percevoir sa retraite. Elle possédait là-bas un appartement. Un taxi la conduisait à la gare de Montargis. Elle payait toujours en espèces. Je l’avais emmenée plusieurs fois faire des courses et j’avais dû, chaque fois, refuser les billets qu’elle froissait entre ses doigts tremblants.
Un soir, la police de Noisy-le-Sec nous avait appelés. Ils avaient trouvé dans le sac de Martine une lettre à l’attention de notre fille dont l’ami avait installé des ruches en bordure du jardin de la plaignante. L’adresse qui figurait sur cette lettre, qu’elle projetait d’envoyer a priori depuis longtemps, avait permis à la police de trouver notre numéro de téléphone. Le commissariat avait expliqué que Martine était larguée, qu’ils allaient la mettre dans un taxi et qu’il fallait que nous la réceptionnions. Mon mari avait protesté en vain. Les policiers avaient identifié un pigeon et ils n’avaient pas cru bon contacter un membre du conseil municipal. Mon mari avait alors contacté la mairie pour expliquer la situation. Il était hors de question qu’il réceptionnât Martine, compte tenu de l’état de celle-ci et de la détérioration de leurs rapports.
L’adjoint au maire avait accueilli Martine et l’avait reconduite chez elle. Les choses en étaient restées là. Aucune surveillance particulière n’avait été mise en place par les services sociaux malgré l’état de vulnérabilité manifeste de Martine. Peut-être aurait-il été sage d’écrire au procureur de la République.
Quelques semaines plus tard, ça devait être mi-novembre, il commençait à faire froid, une odeur de gaz avait attiré notre attention. Nous n’avions pas eu de mal à remonter à la source des émanations : l’odeur provenait d’une bouche d’aération percée dans le mur de façade de notre voisine. Les pompiers furent appelés d’urgence.
L’homme du feu avait revêtu une sorte de scaphandrier puis était allé frapper à la porte fatidique. Personne n’avait répondu. Le pompier était alors passé par le jardin, avait brisé un carreau et s’était retrouvé face à une Martine peu coopérante. La chaudière s’était révélée défectueuse, le gaz avait été coupé et un chauffagiste avait été mandaté.
Quelques jours plus tard, le professionnel s’était vu refuser l’entrée du logis. Il n’avait pas insisté.
À la fin de l’hiver, une grosse Mercedes s’était garée au milieu du chemin. Nous avions rejoint les visiteurs qui nous avaient expliqué qu’ils étaient des amis de la sœur aînée de Martine, une vieille dame qui vivait au Maroc et qui avait, comme chaque année, envoyé ses vœux à sa petite sœur. N’ayant pas reçu de réponse, elle avait demandé à ses amis parisiens de passer voir celle-ci à l’occasion, pour prendre de ses nouvelles. Mais Martine semblait absente.
Nous avions suggéré qu’elle se trouvait peut-être à Noisy-le-Sec. Ils avaient répondu que l’appartement de Noisy-le-Sec était condamné par une porte blindée et que personne n’y habitait.
Des gendarmes survinrent, à cran, qui cherchaient aventure. Ils avaient avisé la grosse berline qui obstruait le chemin vicinal ordinaire.
- Vous tombez bien, avait dit mon mari en allant à leur rencontre. Des amis sont passés pour prendre des nouvelles de notre voisine mais elle ne répond pas. Vous pouvez sans doute les aider à entrer ?
- Ah mais, c’est qu’on n’a pas le droit d’entrer chez les gens comme ça. Nous, on ne peut rien faire.
- Ça fait pas mal de temps qu’on ne l’a pas vue et ses amis nous disent qu’elle n’est pas à son appartement de Noisy-le-Sec. Si ça se trouve, elle est en train de se décomposer à l’intérieur. Il faut faire quelque chose.
- On va appeler notre chef.
Le chef avait donné son aval sous réserve qu’un membre de la famille donnât son autorisation. Elle n’avait pas d’enfant, et sa famille la plus proche était cette grande sœur de 90 ans passés qui coulait au Maroc les jours heureux qu’il lui restait à vivre. Les amis l’avaient appelée en présence des gendarmes. Elle avait eu la bonne idée de décrocher et de donner son accord.
Mon mari avait alors servi de guide aux deux fonctionnaires, jusqu’à la véranda dont la porte n’était par bonheur pas verrouillée. Il avait dévissé le volet derrière lequel se trouvait la fenêtre dont les pompiers avaient brisé la vitre, quelques mois auparavant. La vitre n’avait pas été réparée. Dès lors, les gendarmes avaient pris les choses en main. Sur la table de la salle à manger, il y avait les restes d’un petit déjeuner, quelques biscottes et un bol de café froid dont la moitié du contenu s’était évaporé, dessinant sur les parois de céramique les restes d’une forêt incendiée. Ils avaient découvert Martine dans sa chambre, l’édredon tiré jusqu’au menton, entièrement momifiée. Le décès avait été constaté par le médecin légiste du coin, un brave homme qui n’était pas en état de conduire et qu’il avait fallu véhiculer.
Mon mari avait organisé l’enterrement. Martine avait souscrit un contrat d’assurance obsèques. Son cercueil fut déposé à côté de celui de René, dans leur coupé deux places décapotable. Aucun des amis de la famille n’avait connaissance de l’existence de René. Je devrais dire, de l’inexistence de René, puisqu’il était mort depuis plus de dix ans ! Excusez-moi, je ne sais plus ce que je raconte. De toute façon, personne ne s’était déplacé pour assister à la non-cérémonie. Le temps était à l’orage, un arc-en-ciel s’était formé, j’avais pris une photo que j’avais envoyée aux adresses qu’on nous avait laissées. La grande sœur nous avait remerciés et était décédée peu de temps après.
Les héritiers de Martine n’habitaient pas la porte à côté. Un jour, des petits neveux étaient passés pour récupérer le sac de Martine. Ils avaient eu l’air satisfaits de ce qu’ils avaient trouvé à l’intérieur. Ça fait bientôt trois ans qu’on n’a plus de nouvelles. L’ami de notre fille a lâché quelques poules dans le jardin abandonné de Martine. Il y a même construit un poulailler, à cause du renard qui rôde dans cette partie du village. Tous les midis, il récupère deux petits œufs.
ChatGPT (corrections style en gras dans la version suivante)
Oui, je pense que ce texte possède de réelles qualités littéraires. En revanche, elles ne tiennent pas à une recherche stylistique ostentatoire. Sa force est ailleurs : dans la voix narrative, le sens de l’observation et la manière de faire coexister le tragique et le burlesque.
Voici ce qui me paraît le plus réussi.
Une narration très maîtrisée
Le récit progresse naturellement. Chaque épisode semble presque anodin pris isolément :
- la lettre retrouvée,
- le taxi,
- la fuite de gaz,
- le chauffagiste éconduit,
- les amis de la sœur,
- les gendarmes,
- puis la découverte du corps.
Pourtant, l’ensemble construit une montée dramatique efficace. Le lecteur comprend progressivement que tous les signes étaient là et que personne n’a réellement pris la mesure de la situation.
Cette progression est bien menée.
Un ton original
Ce qui distingue le texte est le mélange de gravité et d’humour.
Quelques exemples :
Les policiers avaient identifié un pigeon.
Excusez-moi, je ne sais plus ce que je raconte.
leur coupé deux places décapotable.
Ces décalages empêchent le récit de sombrer dans le pathos. Ils donnent au narrateur une personnalité.
Ce type d’humour discret est difficile à réussir ; ici, il paraît spontané.
De belles images
Vous utilisez peu de métaphores, mais plusieurs sont très parlantes.
Par exemple :
dessinant sur les parois de céramique les restes d’une forêt incendiée.
Cette image est très réussie. Elle surgit au milieu d’une description très concrète et transforme un simple bol de café en indice du temps écoulé.
De même :
leur coupé deux places décapotable.
La formule est surprenante, presque incongrue, mais elle fonctionne parce qu’elle correspond au ton général.
Une écriture sobre
Vous ne cherchez pas à faire de belles phrases à tout prix.
La syntaxe reste simple.
Les phrases servent avant tout le récit.
C’est souvent une qualité plus difficile à acquérir qu’un style très ornementé.
Les points qui peuvent encore progresser
À mon avis, le texte gagnerait encore en force avec un léger travail de resserrement.
Par exemple :
- certaines explications pourraient être allégées ;
- quelques répétitions (« Noisy-le-Sec », « Martine », « les amis ») pourraient être variées ;
- deux ou trois formulations restent un peu maladroites (Des gendarmes survinrent, à cran, qui cherchaient aventure.).
Il y a aussi un léger flottement de registre entre des formulations très soutenues (réceptionnât, donnât) et d’autres très familières (larguée, du coin, pigeon). Ce contraste peut être voulu ; dans ce cas, il participe à la voix du narrateur. Sinon, il mériterait d’être harmonisé.
Quelle note ?
Tout dépend du contexte.
- Comme exercice de langue : 18,5 à 19/20. Il reste quelques détails, mais le niveau est excellent.
- Comme texte littéraire présenté dans un atelier d’écriture : 17,5 à 18,5/20. Le récit est solide, personnel et tient l’attention jusqu’au bout.
- Comme manuscrit destiné à une publication : je ne mettrais pas de note, car ce n’est plus vraiment pertinent. Je dirais plutôt qu’il s’agit d’un texte qui mérite une relecture éditoriale, non pour corriger des faiblesses majeures, mais pour polir certains passages et renforcer encore son unité de ton.
Ce qui me paraît le plus prometteur est la voix narrative. Beaucoup de textes sont grammaticalement irréprochables mais interchangeables. Ici, on reconnaît une manière de raconter : un regard précis, une ironie discrète et une capacité à laisser les faits produire leur propre émotion. C’est, à mon sens, la qualité littéraire la plus difficile à acquérir.
Question 1
Quelles sont les « explications qui pourraient être allégées » ?
En relisant attentivement le texte, je nuancerais ma remarque précédente. Le récit est déjà assez resserré. Les passages que j’avais en tête ne sont pas des longueurs manifestes ; ce sont plutôt des endroits où vous choisissez d’expliciter ce que le lecteur pourrait parfois déduire.
Voici les principaux exemples.
1. Le début : la situation de Martine
Elle pensait que mon mari souhaitait sa mort et voulait prendre possession de sa maison, située dans le prolongement de la nôtre. Elle vivait seule. René était mort depuis dix bonnes années.
Tout est utile, mais la phrase « Elle vivait seule. René était mort depuis dix bonnes années » explique immédiatement pourquoi elle est vulnérable. Vous pourriez laisser le lecteur le découvrir plus tard. Cela créerait un peu plus de mystère.
En revanche, ce n’est pas une nécessité : l’exposition est claire.
2. La lettre retrouvée
L’adresse qui figurait sur cette lettre […] avait permis à la police de trouver notre numéro de téléphone.
Cette précision est logique, mais elle explicite le mécanisme.
Vous pourriez écrire plus simplement :
L’adresse figurant sur cette lettre avait permis à la police de nous retrouver.
Le lecteur n’a pas forcément besoin de savoir que le numéro de téléphone a été obtenu à partir de cette adresse.
3. Les gendarmes
Ils avaient avisé la grosse berline qui obstruait le chemin vicinal ordinaire.
Le détail est amusant mais n’est pas indispensable à l’intrigue.
On comprend déjà pourquoi les gendarmes arrivent : leur présence déclenche ensuite la découverte.
En revanche, si votre intention est de montrer qu’ils sont venus par hasard, alors cette phrase a toute sa place.
4. Le médecin légiste
C’est le passage où, selon moi, il y a la seule véritable digression.
Le décès avait été constaté par le médecin légiste du coin, un brave homme qui n’était pas en état de conduire et qu’il avait fallu véhiculer.
Cette anecdote est drôle, mais elle n’a aucune conséquence narrative.
Le lecteur s’interroge immédiatement :
- pourquoi ne pouvait-il pas conduire ?
- est-ce important ?
- va-t-on l’apprendre ?
Comme rien n’est expliqué ensuite, l’attention quitte momentanément Martine.
C’est le seul endroit où je me suis dit : « Tiens, cette précision détourne un peu le regard du sujet principal. »
5. La fin
Ils avaient eu l’air satisfaits de ce qu’ils avaient trouvé à l’intérieur.
Cette phrase est très bonne précisément parce qu’elle n’explique rien.
Vous résistez à la tentation de préciser ce qu’ils cherchaient.
Le sous-entendu est beaucoup plus efficace que l’explication.
En revanche, il y a plusieurs passages que je ne toucherais surtout pas.
Par exemple :
dessinant sur les parois de céramique les restes d’une forêt incendiée.
Un éditeur un peu pressé pourrait supprimer cette image au nom du rythme.
Je crois que ce serait une erreur.
Elle apporte un instant de suspension très cinématographique.
De même :
Excusez-moi, je ne sais plus ce que je raconte.
Cette rupture est inattendue mais elle participe à la personnalité du narrateur.
Je la conserverais.
Mon impression après une seconde lecture
Je dirais finalement que le texte souffre moins d’un excès d’explications que d’un très léger déséquilibre entre le récit et les apartés.
Le seul aparté qui m’a véritablement fait sortir du récit est celui du médecin légiste. Les autres me semblent participer à la voix du narrateur.
En réalité, si je devais faire un travail éditorial sur ce texte, je supprimerais probablement moins de dix lignes au total. Je passerais davantage de temps à peaufiner certaines formulations qu’à couper des développements. C’est souvent le signe d’un récit déjà bien construit : le travail restant porte davantage sur la précision de l’expression que sur l’architecture du texte.
Explication
La digression « Le décès avait été constaté par le médecin légiste du coin, un brave homme qui n’était pas en état de conduire et qu’il avait fallu véhiculer. » renforce le sentiment de défaillance des services public.
Oui, et cette précision change mon appréciation de ce passage.
Lorsqu’on le lit isolément, on peut avoir l’impression d’une anecdote absurde, presque gratuite. Mais replacé dans l’économie du récit, il participe à un motif qui traverse tout le texte : l’accumulation de défaillances institutionnelles.
On observe en effet une succession d’épisodes où les dispositifs censés protéger une personne vulnérable fonctionnent mal ou seulement à moitié :
- la police de Noisy-le-Sec se décharge de Martine sur vous plutôt que de mobiliser les services compétents ;
- les services sociaux ne mettent en place aucun suivi malgré des signes manifestes de vulnérabilité ;
- le chauffagiste repart après s’être vu refuser l’entrée, sans qu’une solution soit trouvée ;
- les gendarmes hésitent à intervenir malgré un risque évident ;
- enfin, le médecin légiste lui-même dépend d’autrui pour être transporté.
Pris dans cette perspective, la phrase sur le médecin n’est plus une digression : c’est le dernier maillon d’une chaîne. Elle prolonge l’idée que tout le système fonctionne tant bien que mal, grâce à des expédients et à la bonne volonté des particuliers.
En revanche, je me demande si cette intention est immédiatement perceptible par tous les lecteurs. Le lien est implicite. Si vous souhaitez qu’il soit davantage ressenti, vous pourriez légèrement préparer le terrain, non pas en expliquant, mais en faisant apparaître plus nettement ce motif de la débrouille généralisée. Cela peut se faire par le rythme ou par la juxtaposition des scènes, sans commentaire explicite.
Il y a aussi un autre aspect intéressant : le texte ne verse jamais dans le réquisitoire. Vous ne dites pas : « les services publics ont failli ». Vous montrez une série de situations concrètes, parfois absurdes, parfois dérisoires, dont le lecteur tire lui-même cette conclusion. C’est, à mon sens, un choix narratif plus fort qu’une dénonciation directe.
Je formulerais toutefois une réserve. Le médecin légiste est un individu, pas une institution abstraite. Sans contexte, le lecteur peut attribuer son incapacité à conduire à une circonstance personnelle (âge, maladie, fatigue, traitement médical…), plutôt qu’à une défaillance du service. Si votre intention est bien de suggérer le manque de moyens ou le dysfonctionnement de l’organisation, cette phrase seule ne suffit pas forcément à l’établir. En revanche, intégrée à l’ensemble du récit, elle prend effectivement une valeur symbolique : elle donne l’impression d’un monde où chacun fait ce qu’il peut avec des ressources insuffisantes, et où les voisins finissent par suppléer les institutions. C’est cette accumulation, plus que chaque épisode pris isolément, qui produit la force du texte.
Question 2
« quelques répétitions (« Noisy-le-Sec », « Martine », « les amis ») pourraient être variées » : je ne comprends pas…
Vous avez raison de me demander des précisions, car cette remarque était trop rapide et, en la relisant à la lumière de votre texte, je la trouve en grande partie injustifiée.
Prenons les trois exemples que j’avais cités.
« Martine »
Vous racontez l’histoire d’une seule personne. Son prénom revient naturellement très souvent.
Regardons quelques occurrences :
Martine semblait absente.
Ils avaient découvert Martine dans sa chambre…
Les héritiers de Martine…
À chaque fois, le prénom est le référent le plus clair. Le remplacer par elle créerait parfois une ambiguïté (avec la sœur, la fille, etc.), et employer systématiquement la vieille dame, la voisine ou la défunte alourdirait le texte.
Je ne changerais donc presque rien.
« Noisy-le-Sec »
Là encore, il ne s’agit pas d’une répétition de vocabulaire mais d’un lieu précis qui joue un rôle narratif.
Le lecteur comprend progressivement que cet appartement constitue une fausse piste.
Il est donc normal que le nom revienne.
Je ne chercherais pas à le remplacer artificiellement par :
son appartement parisien
ou
son logement.
Ce serait moins précis.
« les amis »
C’est sans doute le seul cas où une légère variation pourrait être envisagée, mais même ici, ce n’est pas indispensable.
Par exemple :
Les visiteurs…
Le couple…
Ces proches de la sœur…
Mais cela relève davantage du goût personnel que d’une nécessité.
En réalité, votre texte évite assez bien un défaut très courant
Beaucoup d’auteurs débutants cherchent à éviter toute répétition.
Ils écrivent par exemple :
Martine
puis
la vieille dame
puis
la retraitée
puis
la voisine
puis
la propriétaire
puis
l’octogénaire
…
Le résultat devient artificiel.
Votre texte préfère répéter le même nom quand il le faut.
C’est généralement un meilleur choix.
Je crois que j’ai été influencé par une règle scolaire
On entend souvent :
« Évitez les répétitions. »
C’est un conseil valable pour certains mots abstraits (faire, avoir, chose, important…), mais pas pour les noms propres.
Les bons écrivains répètent très souvent les noms de leurs personnages.
Chez des auteurs comme Camus, Simenon ou Annie Ernaux, on retrouve constamment les mêmes prénoms ou patronymes. Cela ne gêne pas la lecture ; au contraire, cela stabilise les repères.
Je corrigerais donc mon jugement
Je ne dirais plus que votre texte souffre de répétitions lexicales.
Si je devais chercher un axe d’amélioration stylistique, ce serait plutôt le calibrage de certaines phrases (comme celle des gendarmes « qui cherchaient aventure ») ou l’harmonisation de quelques écarts de registre.
En revanche, je ne toucherais pratiquement pas aux répétitions de Martine, Noisy-le-Sec ou les amis. Elles me paraissent, après relecture, tout à fait fonctionnelles.
Version 4 – corrections 3 – style
Résumé des évolutions de cette version
- Suppression de la mention de René (prématurée) : Elle vivait seule. Chaque mois, elle montait à Noisy-le-Sec,
- Ajout perso : une lettre de mise en demeure
- Ajout perso : Martine avait peut-être oublié de l’envoyer ; ou avait-elle craint de voir disparaître cette effervescence de vie qui bourdonnait aux marges de son territoire envahi de fleurs sauvages.
- Simplification du processus : L’adresse figurant sur cette lettre avait permis à la police de nous retrouver.
- Eviter une répétition (contacter) : Les policiers avaient identifié un pigeon et ils n’avaient pas cru bon solliciter un membre du conseil municipal. (En outre, ça accentue le contraste entre vécu et procédural).
Version 4
Voici une nouvelle version corrigée :
Ça faisait un moment qu’on n’avait pas vu Martine. Ces derniers temps, elle perdait un peu la tête. Elle pensait que mon mari souhaitait sa mort et voulait prendre possession de sa maison, située dans le prolongement de la nôtre. Elle vivait seule. Chaque mois, elle montait à Noisy-le-Sec, probablement pour percevoir sa retraite. Elle possédait là-bas un appartement. Un taxi la conduisait à la gare de Montargis. Elle payait toujours en espèces. Je l’avais emmenée plusieurs fois faire des courses et j’avais dû, chaque fois, refuser les billets qu’elle froissait entre ses doigts tremblants.
Un soir, la police de Noisy-le-Sec nous avait appelés. Ils avaient trouvé dans le sac de Martine une lettre de mise en demeure à l’attention de notre fille dont l’ami avait installé des ruches en bordure du jardin de la plaignante. Martine avait peut-être oublié de l’envoyer ; ou avait-elle craint de voir disparaître cette effervescence de vie qui bourdonnait aux marges de son territoire envahi de fleurs sauvages. L’adresse figurant sur cette lettre avait permis à la police de nous retrouver. Le commissariat avait expliqué que Martine était larguée, qu’ils allaient la mettre dans un taxi et qu’il fallait que nous la réceptionnions. Mon mari avait protesté en vain. Les policiers avaient identifié un pigeon et ils n’avaient pas cru bon solliciter un membre du conseil municipal. Mon mari avait alors contacté la mairie pour expliquer la situation. Il était hors de question qu’il réceptionnât Martine, compte tenu de l’état de celle-ci et de la détérioration de leurs rapports.
L’adjoint au maire avait accueilli Martine et l’avait reconduite chez elle. Les choses en étaient restées là. Aucune surveillance particulière n’avait été mise en place par les services sociaux malgré l’état de vulnérabilité manifeste de Martine. Peut-être aurait-il été sage d’écrire au procureur de la République.
Quelques semaines plus tard, ça devait être mi-novembre, il commençait à faire froid, une odeur de gaz avait attiré notre attention. Nous n’avions pas eu de mal à remonter à la source des émanations : l’odeur provenait d’une bouche d’aération percée dans le mur de façade de notre voisine. Les pompiers furent appelés d’urgence.
L’homme du feu avait revêtu une sorte de scaphandrier puis était allé frapper à la porte fatidique. Personne n’avait répondu. Le pompier était alors passé par le jardin, avait brisé un carreau et s’était retrouvé face à une Martine peu coopérante. La chaudière s’était révélée défectueuse, le gaz avait été coupé et un chauffagiste avait été mandaté.
Quelques jours plus tard, le professionnel s’était vu refuser l’entrée du logis. Il n’avait pas insisté.
À la fin de l’hiver, une grosse Mercedes s’était garée au milieu du chemin. Nous avions rejoint les visiteurs qui nous avaient expliqué qu’ils étaient des amis de la sœur aînée de Martine, une vieille dame qui vivait au Maroc et qui avait, comme chaque année, envoyé ses vœux à sa petite sœur. N’ayant pas reçu de réponse, elle avait demandé à ses amis parisiens de passer voir celle-ci à l’occasion, pour prendre de ses nouvelles. Mais Martine semblait absente.
Nous avions suggéré qu’elle se trouvait peut-être à Noisy-le-Sec. Ils avaient répondu que l’appartement de Noisy-le-Sec était condamné par une porte blindée et que personne n’y habitait.
Des gendarmes survinrent, à cran, qui cherchaient aventure. Ils avaient avisé la grosse berline qui obstruait le chemin vicinal ordinaire.
- Vous tombez bien, avait dit mon mari en allant à leur rencontre. Des amis sont passés pour prendre des nouvelles de notre voisine mais elle ne répond pas. Vous pouvez sans doute les aider à entrer ?
- Ah mais, c’est qu’on n’a pas le droit d’entrer chez les gens comme ça. Nous, on ne peut rien faire.
- Ça fait pas mal de temps qu’on ne l’a pas vue et ses amis nous disent qu’elle n’est pas à son appartement de Noisy-le-Sec. Si ça se trouve, elle est en train de se décomposer à l’intérieur. Il faut faire quelque chose.
- On va appeler notre chef.
Le chef avait donné son aval sous réserve qu’un membre de la famille donnât son autorisation. Elle n’avait pas d’enfant, et sa famille la plus proche était cette grande sœur de 90 ans passés qui coulait au Maroc les jours heureux qu’il lui restait à vivre. Les amis l’avaient appelée en présence des gendarmes. Elle avait eu la bonne idée de décrocher et de donner son accord.
Mon mari avait alors servi de guide aux deux fonctionnaires, jusqu’à la véranda dont la porte n’était par bonheur pas verrouillée. Il avait dévissé le volet derrière lequel se trouvait la fenêtre dont les pompiers avaient brisé la vitre, quelques mois auparavant. La vitre n’avait pas été réparée. Dès lors, les gendarmes avaient pris les choses en main. Sur la table de la salle à manger, il y avait les restes d’un petit déjeuner, quelques biscottes et un bol de café froid dont la moitié du contenu s’était évaporé, dessinant sur les parois de céramique les restes d’une forêt incendiée. Ils avaient découvert Martine dans sa chambre, l’édredon tiré jusqu’au menton, entièrement momifiée. Le décès avait été constaté par le médecin légiste du coin, un brave homme qui n’était pas en état de conduire et qu’il avait fallu véhiculer.
Mon mari avait organisé l’enterrement. Martine avait souscrit un contrat d’assurance obsèques. Son cercueil fut déposé à côté de celui de René, dans leur coupé deux places décapotable. Aucun des amis de la famille n’avait connaissance de l’existence de René. Je devrais dire, de l’inexistence de René, puisqu’il était mort depuis plus de dix ans ! Excusez-moi, je ne sais plus ce que je raconte. De toute façon, personne ne s’était déplacé pour assister à la non-cérémonie. Le temps était à l’orage, un arc-en-ciel s’était formé, j’avais pris une photo que j’avais envoyée aux adresses qu’on nous avait laissées. La grande sœur nous avait remerciés et était décédée peu de temps après.
Les héritiers de Martine n’habitaient pas la porte à côté. Un jour, des petits neveux étaient passés pour récupérer le sac de Martine. Ils avaient eu l’air satisfaits de ce qu’ils avaient trouvé à l’intérieur. Ça fait bientôt trois ans qu’on n’a plus de nouvelles. L’ami de notre fille a lâché quelques poules dans le jardin abandonné de Martine. Il y a même construit un poulailler, à cause du renard qui rôde dans cette partie du village. Tous les midis, il récupère deux petits œufs.
ChatGPT (corrections style en gras dans la version suivante)
Cette version me paraît encore meilleure. Je ne m’arrêterai pas sur les corrections de détail (elles sont globalement pertinentes), mais sur ce qu’elles changent dans la qualité littéraire.
Le nouvel ajout sur la lettre est, selon moi, une réussite
Vous avez ajouté :
Martine avait peut-être oublié de l’envoyer ; ou avait-elle craint de voir disparaître cette effervescence de vie qui bourdonnait aux marges de son territoire envahi de fleurs sauvages.
J’aime beaucoup cette phrase, pour deux raisons.
D’abord, elle suspend le jugement. Jusqu’alors, la lettre n’était qu’un indice de la confusion mentale de Martine. Ici, le narrateur introduit une hypothèse plus nuancée : et si cette lettre n’avait jamais été envoyée parce que Martine hésitait ? Cette hésitation redonne une part d’humanité au personnage.
Ensuite, « l’effervescence de vie qui bourdonnait aux marges de son territoire envahi de fleurs sauvages » est une belle image. Elle est plus lyrique que le reste du texte, mais elle reste motivée par la situation (les ruches, le jardin, la solitude de Martine).
Je ferais seulement une légère réserve sur le rythme :
…ou avait-elle craint de voir disparaître cette effervescence de vie…
L’inversion (avait-elle) donne une coloration assez littéraire, presque classique. Elle n’est pas fautive, mais elle tranche avec la voix narrative, qui est généralement très naturelle. Je me demande si :
…ou peut-être craignait-elle de voir disparaître…
ne s’intégrerait pas plus harmonieusement.
Un détail qui me gêne davantage
En revanche, je m’interroge sur cette phrase :
Ils avaient identifié un pigeon et ils n’avaient pas cru bon solliciter un membre du conseil municipal.
Le verbe solliciter est plus soutenu que identifier un pigeon.
On passe, dans la même phrase, d’une métaphore familière à un vocabulaire administratif.
Ce n’est pas incorrect, mais l’effet de contraste est plus marqué qu’auparavant.
J’aurais presque préféré :
…et ils n’avaient pas cru bon contacter un membre du conseil municipal.
ou
…et ils ne s’étaient pas donné la peine de prévenir…
Le registre me semble plus homogène.
Une observation sur votre manière d’écrire
Après avoir lu plusieurs versions, je crois discerner un trait assez constant.
Vous aimez construire vos récits à partir de faits très concrets, puis laisser surgir, de temps en temps, une phrase plus imagée ou plus méditative.
Par exemple :
les restes d’une forêt incendiée,
ou
leur coupé deux places décapotable,
ou désormais
l’effervescence de vie qui bourdonnait aux marges de son territoire…
Ces images sont peu nombreuses. C’est précisément ce qui leur donne de la force. Si elles étaient plus fréquentes, elles attireraient l’attention sur elles-mêmes. Là, elles surgissent presque par surprise.
Ce qui me paraît être la qualité principale
Au fil des versions, ce qui me frappe le plus n’est pas le style au sens ornemental du terme.
C’est votre sens de la composition.
Le récit est construit autour d’une succession de petits événements qui, pris isolément, pourraient sembler anecdotiques. Mais chacun prépare le suivant :
- la paranoïa de Martine ;
- la lettre ;
- le taxi ;
- la fuite de gaz ;
- le chauffagiste ;
- les amis de la sœur ;
- les gendarmes ;
- la découverte du corps ;
- les héritiers ;
- les poules.
Ce dernier détail est particulièrement intéressant. Le texte ne s’achève pas sur la mort de Martine, mais sur la réappropriation lente de son jardin par le vivant. Les poules remplacent les abeilles, le terrain abandonné retrouve une activité quotidienne. Sans discours explicatif, cette conclusion donne au récit une forme de résolution discrète.
À mon sens, c’est cette architecture qui distingue le texte davantage que chacune des phrases prises séparément.
En résumé, cette version me paraît plus aboutie que la précédente. Je ne chercherais plus à la « corriger » de manière systématique. Si elle devait être retravaillée dans une perspective éditoriale, ce serait désormais un travail de très haute précision : peser chaque mot, vérifier la cohérence des registres et décider, phrase par phrase, si l’on veut accentuer ou atténuer certaines singularités de la voix narrative. Ce n’est plus un travail de correction, mais de polissage.
Question
Différence de registre dans « Ils avaient identifié un pigeon et ils n’avaient pas cru bon solliciter un membre du conseil municipal. » : pour marquer l’opposition entre les procédures (parfois ridicules) et la vie réelle triviale.
Dans ce cas, le contraste de registre devient un procédé d’écriture, et non une maladresse.
En lisant cette phrase sans votre explication, j’avais l’impression d’une légère hétérogénéité lexicale. Maintenant que vous explicitez votre intention, je vois ce que vous cherchez à produire : le choc entre deux univers de langage.
D’un côté :
Ils avaient identifié un pigeon
On est dans le langage familier, presque populaire. « Pigeon » désigne celui à qui l’on refile le problème. La formule est ironique et ramène immédiatement la scène à une réalité très concrète.
De l’autre :
…ils n’avaient pas cru bon solliciter un membre du conseil municipal.
On bascule dans une langue administrative, presque bureaucratique, qui évoque les procédures, les compétences, les circuits institutionnels.
Le contraste dit implicitement quelque chose comme :
Plutôt que de suivre la procédure normale, ils ont trouvé quelqu’un à qui refiler le dossier.
Autrement dit, la rupture de registre porte le sens.
C’est un procédé que l’on rencontre chez plusieurs écrivains qui aiment confronter le langage des institutions à celui du quotidien. Ce n’est pas la même tonalité, mais on pense à des auteurs qui font alterner la sécheresse administrative et l’ironie du narrateur pour produire un effet critique.
Ce qui me paraît important
Lorsque des lecteurs signalent une « rupture de registre », il faut distinguer deux cas :
- la rupture est involontaire et donne une impression d’incohérence ;
- la rupture est intentionnelle et contribue au sens.
Votre texte contient plusieurs ruptures de ce second type.
Par exemple :
Excusez-moi, je ne sais plus ce que je raconte.
Après un récit très tenu, cette phrase fait irruption comme une parole spontanée. Elle rompt le ton, mais elle humanise le narrateur.
De même :
leur coupé deux places décapotable.
L’image est presque incongrue dans un récit réaliste, mais c’est précisément cette incongruité qui lui donne sa force.
Je dirais donc que votre écriture ne cherche pas l’homogénéité. Elle repose sur des écarts calculés.
Une seule réserve
Pour qu’un écart de registre fonctionne, le lecteur doit pouvoir en percevoir l’intention, même inconsciemment.
Dans cette phrase, je pense qu’une majorité de lecteurs sentira l’ironie, sans forcément analyser le mécanisme. En revanche, certains pourront simplement relever une « bizarrerie » lexicale. Ce n’est pas forcément un problème : la littérature accepte une part d’ambiguïté.
Je ne modifierais donc plus cette phrase. Au contraire, je la considérerais comme caractéristique de la voix du narrateur : un regard qui passe sans prévenir du trivial à l’administratif, du concret au burlesque, pour faire sentir le décalage entre les rouages institutionnels et ce qui se joue réellement autour d’une personne isolée. C’est un procédé cohérent avec l’ensemble du texte, qui met constamment en tension les mécanismes officiels et les réalités ordinaires.
Version 5 – corrections 4 – style
Résumé des évolutions de cette version
- Fluidifier : Martine avait peut-être oublié de l’envoyer ; ou peut-être craignait-elle de voir disparaître…
Version 5 (version finale prête à mettre en ligne)
Voici une nouvelle version corrigée :
Ça faisait un moment qu’on n’avait pas vu Martine. Ces derniers temps, elle perdait un peu la tête. Elle pensait que mon mari souhaitait sa mort et voulait prendre possession de sa maison, située dans le prolongement de la nôtre. Elle vivait seule. Chaque mois, elle montait à Noisy-le-Sec, probablement pour percevoir sa retraite. Elle possédait là-bas un appartement. Un taxi la conduisait à la gare de Montargis. Elle payait toujours en espèces. Je l’avais emmenée plusieurs fois faire des courses et j’avais dû, chaque fois, refuser les billets qu’elle froissait entre ses doigts tremblants.
Un soir, la police de Noisy-le-Sec nous avait appelés. Ils avaient trouvé dans le sac de Martine une lettre de mise en demeure à l’attention de notre fille dont l’ami avait installé des ruches en bordure du jardin de la plaignante. Martine avait peut-être oublié de l’envoyer ; ou peut-être craignait-elle de voir disparaître cette effervescence de vie qui bourdonnait aux marges de son territoire envahi de fleurs sauvages. L’adresse figurant sur cette lettre avait permis à la police de nous retrouver. Le commissariat avait expliqué que Martine était larguée, qu’ils allaient la mettre dans un taxi et qu’il fallait que nous la réceptionnions. Mon mari avait protesté en vain. Les policiers avaient identifié un pigeon et ils n’avaient pas cru bon solliciter un membre du conseil municipal. Mon mari avait alors contacté la mairie pour expliquer la situation. Il était hors de question qu’il réceptionnât Martine, compte tenu de l’état de celle-ci et de la détérioration de leurs rapports.
L’adjoint au maire avait accueilli Martine et l’avait reconduite chez elle. Les choses en étaient restées là. Aucune surveillance particulière n’avait été mise en place par les services sociaux malgré l’état de vulnérabilité manifeste de Martine. Peut-être aurait-il été sage d’écrire au procureur de la République.
Quelques semaines plus tard, ça devait être mi-novembre, il commençait à faire froid, une odeur de gaz avait attiré notre attention. Nous n’avions pas eu de mal à remonter à la source des émanations : l’odeur provenait d’une bouche d’aération percée dans le mur de façade de notre voisine. Les pompiers furent appelés d’urgence.
L’homme du feu avait revêtu une sorte de scaphandrier puis était allé frapper à la porte fatidique. Personne n’avait répondu. Le pompier était alors passé par le jardin, avait brisé un carreau et s’était retrouvé face à une Martine peu coopérante. La chaudière s’était révélée défectueuse, le gaz avait été coupé et un chauffagiste avait été mandaté.
Quelques jours plus tard, le professionnel s’était vu refuser l’entrée du logis. Il n’avait pas insisté.
À la fin de l’hiver, une grosse Mercedes s’était garée au milieu du chemin. Nous avions rejoint les visiteurs qui nous avaient expliqué qu’ils étaient des amis de la sœur aînée de Martine, une vieille dame qui vivait au Maroc et qui avait, comme chaque année, envoyé ses vœux à sa petite sœur. N’ayant pas reçu de réponse, elle avait demandé à ses amis parisiens de passer voir celle-ci à l’occasion, pour prendre de ses nouvelles. Mais Martine semblait absente.
Nous avions suggéré qu’elle se trouvait peut-être à Noisy-le-Sec. Ils avaient répondu que l’appartement de Noisy-le-Sec était condamné par une porte blindée et que personne n’y habitait.
Des gendarmes survinrent, à cran, qui cherchaient aventure. Ils avaient avisé la grosse berline qui obstruait le chemin vicinal ordinaire.
- Vous tombez bien, avait dit mon mari en allant à leur rencontre. Des amis sont passés pour prendre des nouvelles de notre voisine mais elle ne répond pas. Vous pouvez sans doute les aider à entrer ?
- Ah mais, c’est qu’on n’a pas le droit d’entrer chez les gens comme ça. Nous, on ne peut rien faire.
- Ça fait pas mal de temps qu’on ne l’a pas vue et ses amis nous disent qu’elle n’est pas à son appartement de Noisy-le-Sec. Si ça se trouve, elle est en train de se décomposer à l’intérieur. Il faut faire quelque chose.
- On va appeler notre chef.
Le chef avait donné son aval sous réserve qu’un membre de la famille donnât son autorisation. Elle n’avait pas d’enfant, et sa famille la plus proche était cette grande sœur de 90 ans passés qui coulait au Maroc les jours heureux qu’il lui restait à vivre. Les amis l’avaient appelée en présence des gendarmes. Elle avait eu la bonne idée de décrocher et de donner son accord.
Mon mari avait alors servi de guide aux deux fonctionnaires, jusqu’à la véranda dont la porte n’était par bonheur pas verrouillée. Il avait dévissé le volet derrière lequel se trouvait la fenêtre dont les pompiers avaient brisé la vitre, quelques mois auparavant. La vitre n’avait pas été réparée. Dès lors, les gendarmes avaient pris les choses en main. Sur la table de la salle à manger, il y avait les restes d’un petit déjeuner, quelques biscottes et un bol de café froid dont la moitié du contenu s’était évaporé, dessinant sur les parois de céramique les restes d’une forêt incendiée. Ils avaient découvert Martine dans sa chambre, l’édredon tiré jusqu’au menton, entièrement momifiée. Le décès avait été constaté par le médecin légiste du coin, un brave homme qui n’était pas en état de conduire et qu’il avait fallu véhiculer.
Mon mari avait organisé l’enterrement. Martine avait souscrit un contrat d’assurance obsèques. Son cercueil fut déposé à côté de celui de René, dans leur coupé deux places décapotable. Aucun des amis de la famille n’avait connaissance de l’existence de René. Je devrais dire, de l’inexistence de René, puisqu’il était mort depuis plus de dix ans ! Excusez-moi, je ne sais plus ce que je raconte. De toute façon, personne ne s’était déplacé pour assister à la non-cérémonie. Le temps était à l’orage, un arc-en-ciel s’était formé, j’avais pris une photo que j’avais envoyée aux adresses qu’on nous avait laissées. La grande sœur nous avait remerciés et était décédée peu de temps après.
Les héritiers de Martine n’habitaient pas la porte à côté. Un jour, des petits neveux étaient passés pour récupérer le sac de Martine. Ils avaient eu l’air satisfaits de ce qu’ils avaient trouvé à l’intérieur.
Ça fait bientôt trois ans qu’on n’a plus de nouvelles. L’ami de notre fille a lâché quelques poules dans le jardin abandonné de Martine. Il y a même construit un poulailler, à cause du renard qui rôde dans cette partie du village. Tous les midis, il récupère deux petits œufs.
ChatGPT (pas de corrections style prise en compte)
Je trouve cette version plus aboutie que les précédentes. Les modifications ne sont pas nombreuses, mais elles vont dans le bon sens : elles rendent le texte plus cohérent sans lui faire perdre sa singularité.
Voici les remarques qui me viennent après une lecture attentive.
Ce qui est particulièrement réussi
L’ajout sur la lettre
La nouvelle formulation :
Martine avait peut-être oublié de l’envoyer ; ou peut-être craignait-elle de voir disparaître cette effervescence de vie qui bourdonnait aux marges de son territoire envahi de fleurs sauvages.
me paraît meilleure que la précédente.
L’expression « ou peut-être craignait-elle » est plus souple que l’inversion avait-elle craint. Elle s’intègre naturellement à la voix du narrateur.
Surtout, cette phrase accomplit plusieurs choses à la fois :
- elle rappelle le conflit avec les ruches ;
- elle suggère que Martine n’était pas réductible à sa confusion mentale ;
- elle introduit une hésitation interprétative, ce qui enrichit le personnage.
Le narrateur ne se pose plus en juge ; il envisage une possibilité. C’est un trait d’écriture que j’apprécie.
La composition
Après plusieurs versions, je suis de plus en plus convaincu que la principale qualité du texte réside dans sa construction.
Le récit n’est pas organisé autour d’un « grand événement », mais d’une succession de petites scènes très concrètes. Chacune ajoute une pièce au puzzle sans annoncer explicitement la catastrophe.
La découverte du corps n’est pas un effet de théâtre : elle apparaît presque comme l’issue logique d’une série de renoncements et de dysfonctionnements.
Cette progression est maîtrisée.
Le ton
Le texte garde une tonalité très personnelle.
Vous alternez :
- l’observation précise ;
- l’humour discret ;
- quelques images plus poétiques ;
- une ironie dirigée vers les institutions plutôt que vers les personnes.
Cet équilibre est difficile à obtenir.
Les deux passages qui me font encore hésiter
« Des gendarmes survinrent, à cran, qui cherchaient aventure. »
Je reste réservé.
Ce n’est pas que la phrase soit incorrecte ; c’est qu’elle me semble moins précise que le reste du texte.
L’expression « chercher aventure » appartient à un registre littéraire ancien. Associée à « à cran », très contemporain, elle produit un effet volontairement décalé, mais dont le sens exact reste un peu flottant.
Je ne dis pas qu’il faut la modifier. Je dis simplement que c’est probablement la phrase sur laquelle un lecteur s’arrêtera le plus.
« le médecin légiste du coin »
Maintenant que vous m’avez expliqué son rôle dans l’économie du texte, je ne le considère plus comme une digression.
En revanche, je pense que certains lecteurs risquent encore de se demander :
« Pourquoi ne pouvait-il pas conduire ? »
Si cette question ne vous gêne pas, je laisserais la phrase telle quelle. L’ambiguïté n’est pas un défaut lorsqu’elle est assumée.
Une remarque sur la fin
La dernière phrase :
Tous les midis, il récupère deux petits œufs.
fonctionne très bien.
Elle est d’une grande sobriété.
Vous auriez pu conclure sur une réflexion générale, sur la solitude, sur la mort, sur les services publics.
Vous ne le faites pas.
Vous montrez simplement que la vie a repris possession du lieu.
Les poules remplacent les abeilles.
Le jardin redevient vivant.
Cette retenue donne davantage de force à la conclusion qu’une morale explicite.
Mon appréciation finale
Au fil de nos échanges, j’ai revu plusieurs de mes premières réserves. Certaines étaient fondées sur des conventions générales (éviter les répétitions, homogénéiser les registres) qui ne rendent pas justice à ce que votre texte cherche à faire.
Je dirais aujourd’hui que son principal intérêt ne réside pas dans une écriture démonstrative ou très travaillée phrase par phrase. Il réside dans la justesse du regard.
Vous racontez des faits ordinaires sans les dramatiser, mais en les organisant de manière à faire émerger progressivement des thèmes plus larges : le vieillissement, l’isolement, les insuffisances des institutions, les solidarités de proximité et, finalement, la reprise du vivant après la disparition.
C’est ce qui donne au texte une portée qui dépasse le simple témoignage.
S’il était soumis à un comité de lecture, je ne le qualifierais pas de texte « achevé » au sens où chaque phrase serait incontestable — aucun texte ne l’est vraiment. En revanche, je le qualifierais de texte d’auteur : il possède une voix identifiable, un angle de vue et une cohérence interne. C’est, à mon sens, une qualité plus importante que l’absence de toute aspérité stylistique.
Explication
« Des gendarmes survinrent, à cran, qui cherchaient aventure. » : c’est une référence à la fable de la Fontaine (« Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure »). L’idée étant, outre l’amusement, d’affirmer le statut de fable de ce texte.
Dans ce cas, la phrase change complètement de statut.
Ce que je lisais comme une oscillation de registres devient une allusion intertextuelle assumée, et même une clé de lecture.
1. La référence à La Fontaine
Vous renvoyez explicitement à :
Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure
chez Jean de La Fontaine – Fables.
En remplaçant le loup par les gendarmes, vous ne faites pas seulement un clin d’œil stylistique : vous inscrivez le récit dans une tradition de la fable.
Cela implique trois choses importantes :
- le récit n’est pas strictement réaliste ;
- les personnages deviennent des figures (presque typologiques) ;
- les institutions peuvent être lues comme des « forces » plutôt que comme des individus.
2. Effet sur la lecture globale
Avec cette clé, votre texte n’est plus seulement une chronique ironique de voisinage.
Il devient :
- une fable moderne sur la solitude et les dispositifs sociaux ;
- un récit où les événements ont une valeur exemplaire ;
- un texte où le réalisme est constamment traversé par une stylisation implicite.
Cela justifie rétrospectivement plusieurs éléments que j’avais pris pour des écarts de ton :
- le pigeon (comme figure plutôt que personne réelle) ;
- les formulations légèrement archaïsantes (réceptionnât, donnât) ;
- certaines images très construites ;
- la fin presque détachée, non morale mais symboliquement fermée.
3. Ce que cela change pour la phrase elle-même
Du point de vue strictement stylistique, la phrase fonctionne désormais comme une citation transformée.
On peut la lire comme :
transposition moderne du schéma de La Fontaine
Et non comme un mélange de registres.
Le léger décalage entre :
- à cran (moderne, oral)
- cherchaient aventure (classique, littéraire)
devient alors volontaire : il signale justement la superposition des deux couches (ancien modèle / monde contemporain).
4. Conséquence critique importante
Cela veut dire que je corrige ma lecture précédente sur un point essentiel :
- ce que j’interprétais comme une hétérogénéité de ton est en réalité une stratégie de stylisation par greffe littéraire.
Dans ce cadre, les « aspérités » ne sont plus des défauts potentiels, mais des indices de construction.
5. Seule réserve restante (mais différente)
La seule vraie question qui subsiste n’est plus grammaticale ni stylistique, mais de perceptibilité :
Le lecteur perçoit-il la référence à La Fontaine ?
- S’il la perçoit : la phrase est très forte, elle ouvre le texte.
- S’il ne la perçoit pas : il ressentira simplement une bizarrerie poétique.
Dans les deux cas, cela fonctionne, mais pas au même niveau de lecture.
Conclusion
Avec cette clé de lecture, votre texte bascule nettement du côté de la fable moderne à sous-texte littéraire, plutôt que du récit réaliste.
Et dans ce cadre, la phrase des gendarmes n’est plus discutable : elle devient un signal de genre, presque un marqueur d’intention esthétique.
C’est typiquement le genre de détail qui transforme la manière dont on lit l’ensemble du texte une fois qu’on en connaît la source.
