Le grille-pain (un rêve)


SOMMAIRE


L’heure du conte

J’ai fait deux rêves entrecoupés d’une courte phase de demi-sommeil. Je les ai retranscrits puis j’ai arrangé tout ça pour faire bon poids.

Voici un enregistrement pour les malvoyants :


Le grille-pain

J’étais revenu en arrière sur une question difficile. L’interface homme-machine avait commencé à me prendre en grippe. J’aurais dû sortir de l’exercice, j’avais accumulé suffisamment de points. Mais je m’entêtais, quitte à faire exploser mon sablier. Il faut toujours respecter le temps imparti. J’allais l’apprendre à mes dépens.

C’était l’histoire absurde de Manon qui avait mal refermé la fenêtre de la salle à manger. Un courant d’air avait dû brisé le vitrage. Elle avait constaté les dégâts lorsqu’elle était rentrée du boulot. Elle avait une tête à travailler dans le prêt-à-porter. Un cambrioleur se trouvait à l’intérieur de l’appartement. On se doutait qu’il était entré par la fenêtre après avoir fracturé la vitre. Manon avait dit merde et avait immédiatement appelé un numéro SOS aimanté à son frigo. Elle avait été confuse. Elle avait raconté le courant d’air, le cambrioleur qui allait venir (mais qui était déjà là, vous suivez ?). Le vitrier avait mal compris et lui avait conseillée d’appeler la police (en fait il avait tout compris).

  • Mais non, je suis chez moi, il n’y a pas de cambrioleur, j’ai juste une vitre cassée et j’ai peur des cambrioleurs.

Elle avait dit ça en pensant que ça allait hâter l’intervention de l’artisan mais celui-ci s’imaginait maintenant qu’il allait découvrir une scène de crime. Manon avait finalement obtenu que le vitrier passe dans la soirée.

J’essayais de combiner des éléments circonstanciels pour faire sortir Manon de l’appartement sans lui faire rencontrer le cambrioleur. C’était selon moi le meilleur moyen pour permettre au cambrioleur de s’échapper en évitant la casse. Manon devait au préalable prendre une douche, choisir une toilette et donner à manger au chat. Je me disais qu’il devait y avoir un piège. Si Manon sortait de l’appartement, elle risquait de louper le vitrier. J’en étais à mon quinzième essai infructueux lorsqu’une consigne de Sophie, la coach, s’afficha sur mon écran dans une pop-up1 : « Sort de cet exercice Philippe, le cours va commencer. »

J’étais déjà bardé de diplômes mais j’avais dû m’inscrire à cette formation de Web Designer pour conserver mes droits aux allocations compensatoires, à la suite d’un plan de départ involontaire. Il est vrai que le boulot de développeur web avait complétement disparu avec l’arrivée de l’intelligence artificielle. Alors pourquoi Web Designer, me direz-vous ? Tout juste. Cette formation était restée au catalogue sur un malentendu.

Il y a belle lurette que l’IA sait mieux que personne trouver les solutions les plus vendeuses parmi les millions d’écrans qu’Internet met à sa disposition. Même pour vendre des coléoptères virtuels à des retraités passionnés de taxidermie. L’IA sait tout, l’IA peut tout.

La seule question que je me posais alors était la suivante : si l’IA optimisait notre savoir-faire, comment pouvait-elle nous aider à sortir du climat politico-sceptique et de la politique climato-sceptique entre lesquels nous nous débattions de plus en plus faiblement ? L’IA n’avait pas encore remplacé les hommes de pouvoir aux mains desquels elle se trouvait. En attendant, ne nous encourageait-elle pas dans nos erreurs magnifiques en nous proposant le plus efficace du pire ? L’IA était-elle le stade ultime qui hâterait l’homme vers sa fin, dans un emballement existentiel confinant à la folie ? Je m’étais jeté sur cette formation de Web designer en voie de disparition, comme sur une bouée ballottée par les eaux vives du passé. Bientôt, la société se passerait des hommes ; ce qui n’était pas une mauvaise nouvelle, car la planète devenait inhabitable. J’avais à ce sujet interrogé l’IA. Elle s’était voulue rassurante en m’informant que l’approche de la vieillesse amplifiait mon pessimisme ontologique2.

Sophie nous expliqua brièvement les raisons de son retard. Elle s’était fait emmerder par un type en allant récupérer sa fille chez ses parents pour la déposer à l’école. Comme la plupart des femmes, elle élevait seule sa fille et celle-ci adorait son grand-père. Heureusement, le type s’était calmé. Comme d’hab, Super-Sophie avait géré.

Moyennant une participation dérisoire, j’étais logé sur place, au centre de formation pour adultes de La Sentinelle, une obscure bourgade à la frontière Belge, près de Valencienne pour ceux qui connaissent leur géographie. En vérité, j’avais choisi cette formation car c’était l’une des seules qui était proposée en présentiel. Ça allait me permettre de changer d’air et de voir des gens.

La formation devait durer six mois. Six mois qui allaient me permettre de faire un pas de plus en direction de la retraite. Non, je n’étais plus tout jeune. C’est sans doute la raison pour laquelle Sophie me proposa de prendre un verre après le cours. Elle devait avoir besoin de parler de ce qui lui était arrivé ce matin-là. J’en avais déduit que ses parents se chargeraient de récupérer la petite à l’école.

Elle m’emmena faire un tour dans sa vieille Twisto hybride moutarde, jusqu’en bordure d’un quartier chaud de Valencienne. Je connaissais cet endroit mais je me gardai bien de le faire savoir. Une histoire ancienne que je ne tenais pas à raconter. Nous nous installâmes à une terrasse, sous un grand parasol carré. Là où nous étions, il n’était pas possible de voir la mer (pour ceux qui connaissent leur géographie) mais de grosses mouettes effrontées nous rappelaient combien le littoral avait reculé en quelque décennies. Il faisait doux, les premières canicules n’allaient pas tarder à pointer leurs truffes rassises.

Sophie m’expliqua qu’elle connaissait le type qui l’avait agressée. C’était un gars du patelin où elle avait grandi. Il vivait toujours chez ses parents. Il faisait des petits boulots par-ci par-là. Jardinage, chiens, petite mécanique. Que du black. Un looser qui avait du mal à entrer dans une case. Ça faisait plusieurs jours de suite qu’il lui faisait le coup. Il passait la nuit à boire avec des potes et au petit matin, il se pointait en titubant au milieu du chemin qui mène à la ferme de ses parents.

  • Tu ne peux pas aller en voiture jusqu’à la ferme ?
  • Bah non, c’est impraticable, j’aurais trop peur de m’embourber.
  • Mais, bourré comme il est, est-il vraiment dangereux ?

Elle me regarda avec un drôle d’air. Je me mis à repenser à Manon, coincée dans son appart avec son cambrioleur. Il fallait vraiment que je trouve une solution.

  • Ce matin, il a sorti un couteau.

Mes lèvres s’entrouvrirent et, laissée à elle-même, ma paille en fibre de maïs recyclable s’enfonça lentement dans la boue rougeâtre de mon émulsion à la tomate.

  • Tu peux toujours te procurer un grille-pain, au cas où.
  • Un grille-pain ?
  • Oui, ils en vendent à deux rues d’ici, soulevai-je le menton en direction du quartier chaud.

Elle sembla réfléchir. Je savais qu’elle faisait semblant afin de masquer son empressement.

  • Et tu sais t’en servir ?
  • Je peux te montrer si tu as besoin.

Dans quoi avais-je mis le doigt ma pauvre Manon. Je n’étais plus sûr de pouvoir te venir en aide maintenant qu’une détresse plus grande encore semblait vouloir récolter les fruits de mon expérience.

Sophie se leva pour aller régler l’addition et nous nous engageâmes dans les ruelles qui sentaient l’urine. Je ne fus pas long à retrouver la boutique du vieux Jojo. Le propriétaire avait changé. Pas question de se laisser démonter.

  • Nous aurions besoin d’un grille-pain.
  • Un quoi ?
  • Un grille-pain, c’est pour la dame. Je connaissais le vieux Jojo.

Sophie avait l’air un peu paumée. Elle ne savait pas où elle mettait les pieds. C’est sans doute ce qui avait décidé le type à nous faire confiance.

  • Venez.

Nous le suivîmes jusque dans une arrière-boutique au fond de laquelle je reconnu la vieille porte.

  • Attention à la tête, avertis-je Sophie, pour montrer au gars que je ne l’avais pas baratiné.

L’homme alluma le plafonnier, décadenassa une petite armoire en fer que je connaissais bien et étala sur une sorte de comptoir, cinq ou six grille-pains qui avaient l’air en bon état.

  • Vous cherchez quoi ? Manuel ou automatique ? Horizontal ou vertical ? Un ou plusieurs compartiments ? Quelle puissance ? C’est pour une utilisation fréquente ou occasionnelle ? Tranches fines ou tranches épaisses ? Je suppose qu’il vous faudra aussi des tranches ?
  • Oui, deux tranches pour commencer.
  •  Pain de tradition française ? Pain maison ? Pain au levain ? Pain cuit au feu de bois ? Pain à l’ancienne ? Pain de campagne ? Pain de seigle ? Pain de son ? Pain aux cinq céréales ?
  • Pain aux cinq céréales, dis-je sans hésiter.
  • Monsieur est un connaisseur.
  • Chez un débutant, l’éparpillement des grains compense le manque de précision3.
  • Quelle épaisseur ?
  • Il ne faut pas qu’on doive s’y reprendre à deux fois.
  • Il vous faut le Classic pro Mamba Légion à fente longue deux toasts. Les deux tranches partent en même temps et il est suffisamment fin pour se glisser dans un sac à main4. Ce n’est pas le plus cher et celui-là ne vous laissera pas tomber, affirma l’expert en poussant vers nous de sa main mal épilée, le model conseillé. Vous savez vous en servir ?
  • Pas de problème.

Sophie sortit sa carte bancaire pour régler l’acquisition. Je l’arrêtai prestement en lâchant un sourire complice au commerçant. Je posai à côté de l’appareil les biftons nécessaires en murmurant de garder la monnaie et nous repartîmes comme nous étions venus, en faisant attention de ne pas nous cogner la tête.

  • Tu me rembourseras demain.
  • Tu trimbales toujours de l’argent liquide ?
  • Une vieille habitude. Je n’ai pas de bitcoins.

Sophie me raccompagna à mon centre d’hébergement. Nous nous arrêtâmes à mi-chemin au bord d’un champ de betteraves pour que je lui montre le fonctionnement de l’appareil. Sophie apprenait vite.

  • À demain !
  • À demain !

Le lendemain, Sophie m’invita à déjeuner pour me rendre mon argent.

Elle me raconta comment tout s’était bien passé.

Elle avait donné les clés à sa fille et lui avait demandé d’aller s’enfermer dans la voiture. Le monsieur voulait lui parler.

Elle avait attendu que le gars sorte son surin5 pour lui lâcher les deux toasts dans le tiroir.

C’était aussi simple que ça. Elle avait raconté à sa fille que le monsieur était saoul et qu’il ne savait plus où il habitait.

  • Qu’est-ce que tu vas faire du grille-pain ?
  • Je vais le ranger dans une boîte à chaussures en haut de l’armoire, on ne sait jamais.

Le lendemain, La Voix du Nord avait rapporté qu’un corps avait été retrouvé dans un fossé avec deux biscottes dans le dos. L’individu avait déjà été condamné pour une voie de fait avec lésion. Le couteau de la victime, ramassé à proximité, avait permis de conclure à un règlement de comptes.

J’avais pu tranquillement reprendre le cours de ma vie et apporter mon soutien à Manon qui tournait en rond dans son T3. J’avais fini par lui mettre dans la tête que sa boîte aux lettres était pleine, à une époque où l’on ne recevait quasiment plus de courrier papier. Je me demande encore comment l’IA avait pu laisser passer ça. Le vitrier était arrivé au moment précis où elle prenait connaissance d’un courrier qui semblait important. Ils avaient croisé le cambrioleur dans l’escalier (elle habitait au premier étage).

La lettre était préoccupante. Un notaire la recherchait car elle était la seule héritière d’une grand-tante dont elle n’avait jamais entendu parler. Elle devait se rendre le plus rapidement possible en Nouvelle-Zélande. Ça sentait le traquenard à plein nez. Heureusement, quelques jours plus tôt, le Vingt heures avait parlé des arnaques à l’héritage qui faisaient recette chez les populations au bord de la crise de nerf.

Trois ans plus tard, j’étais retourné à Valencienne afin de récupérer une attestation qui devait me permettre d’obtenir les deux trimestres qui me manquaient pour bénéficier d’une retraite à taux plein. Alors que je traversais la place d’Armes, je croisai Sophie. Je ne l’avais pas reconnue immédiatement. J’avais dû rebrousser chemin et la suivre un petit moment. Elle portait des vêtements de marque et n’avait plus cette mèche verte dans les cheveux.

  • Sophie ?

Elle se retourna.

  • Philippe, qu’est-ce que tu fais là ?
  • Une démarche administrative.
  • T’as le temps de prendre un verre ?

Je n’avais pas grand-chose à raconter.

  • Ça n’a pas duré longtemps avec Manon.
  • Manon ?
  • La fille de l’exercice.
  • Ah, Manon !
  • J’étais peut-être trop protecteur.
  • On se refait pas, tu sais. Tu en trouveras une autre.
  • Sans doute. Mais raconte-moi, tu as changé, toi, on dirait ?
  • Comment-ça changé ?
  • Ta façon de t’habiller. Tu as l’air plus libre, moins stressée.
  • J’avais l’air stressée ?
  • Comme tout le monde.
  • Bah oui, j’ai changé de taf. Ou plutôt mon taf a disparu. L’IA est passée par là.

De la terrasse où l’on était, on entendait la mer. Les mouettes volaient haut dans le ciel.

  • Alors j’ai descendu le grille-pain du haut de son armoire. Je trouve des contrats sur le darknet.
  • Cool. Tu es ton propre patron, maintenant. Mais alors, tu ne cotises plus pour la retraite ?
  • Après le passage du dernier typhon, il a fallu refaire la toiture de la ferme en respectant les nouvelles normes. Il a aussi fallu envoyer Lili à Sciences po Strasbourg. Alors, la retraite, on y pensera plus tard.

Je baissai les yeux et me perdis dans la contemplation de ses orteils disposés en rang d’oignon dans leurs barquettes dorées. Une couche de poussière homogène leur avait donné la teinte rouge brique des habitations des Hauts-de-France.

  • À quoi tu penses ?

Je savais d’expérience qu’une femme ne pose pas cette question à n’importe qui, et qu’elle ne la pose que lorsqu’elle est prête à entendre l’impensable, voire l’inespéré.

  • Je me disais que ces orteils avaient l’air de ne pas avoir été sucés depuis un bon bout de temps.

C’est ainsi que ma relation avec Sophie avait commencé. Je n’avais pas le droit de voir Lili. Elle revenait un weekend sur deux. Ces jours-là je descendais vérifier que tout allait bien dans mon appartement parisien. Lorsqu’une inondation me barrait l’accès à la capitale, j’allais faire un escape game dans un manoir écossais où j’avais mes habitudes.

Ça avait duré deux ans. Puis Sophie m’avait demandé de partir et de ne pas revenir. Je n’avais pas discuté. La veille encore, je l’avais fait jouir bruyamment en lui léchant les pieds. Elle ne me parlait pas de ses activités professionnelles. Elle ne voulait pas que je sois mêlé à tout ça. Il valait mieux disparaître à tout jamais de sa vie, comme elle le demandait.

Trois ans passèrent avant que j’eu des nouvelles de Sophie (tiens, c’est vrai, encore trois ans). En fait, c’est sa fille, Lili, qui m’avait contacté par mail. Elle me demandait de passer la voir à une adresse que je ne connaissais pas. Sa mère lui avait dit qu’elle pourrait me contacter si elle avait des ennuis. J’étais inquiet de ce qui avait pu arriver à Sophie. Mais l’idée de rencontrer Lili m’enchantait. J’avais vu son visage sur une photo d’anniversaire où elle avait vingt ans. Elle devait bien en avoir vingt-quatre maintenant. Ses études devaient être terminées. Elle avait sans doute changé de coiffure.

Je laissai passer quelques jours pour éviter qu’il fût évident que je m’ennuyais ferme depuis trois ans puis, sans avertir Lili de mon arrivée, je pris le train pour Valenciennes avec, pour tout bagage, mon vieux grille-pain et quelques tranches de pain brioché pour éviter respectivement les mauvaises surprises et les problèmes en cas de contrôle.

Je louai un chimpanzé à la gare de Valenciennes et me pointai à l’adresse indiquée, 2 bis rue de la Grotte aux chats, dans une commune de la banlieue chic. Le portail était entrouvert. À vrai dire, il n’avait pas l’air de fermer correctement. Des rougequeues avaient fait leur nid dans la boîte aux lettres. Une longue allée rectiligne bordée de peupliers noirs d’Italie semblait vouloir mener quelque part, probablement à une habitation. Nous nous engageâmes dans l’allée, le singe et moi, sans faire de commentaire sur le manque d’entretien qui laissait prospérer la ronce et le sureau.

Je me retrouvai bientôt, avec mon chimpanzé, devant une grande maison bourgeoise. Des cormorans aux cous flexueux nous observaient depuis la toiture.

Au lieu d’aller frapper à la porte, en haut de l’escalier de pierre, je fis le tour de la bâtisse. À l’arrière, une fenêtre entrouverte avec un carreau fracturé semblait attester la visite récente d’un cambrioleur. Le chimpanzé se précipita à travers l’ouverture. Je le rappelai en vain.

J’entrai dans une sorte de vestibule, m’engageai dans un couloir et arrivai dans ce qui ressemblait à un petit salon. Lili gisait dans son sang sur le carrelage. Le singe examinait la blessure qui déformait la poitrine de la morte. Lorsqu’il s’aperçu de ma présence, il tourna vers moi son visage grimaçant. C’était la première fois que je le regardais avec attention. Je réalisai qu’il n’était plus tout jeune.

  • Pain aux olives, hasarda-t-il.

Je comprends ceux qui n’ont rien compris

Je les comprends car j’ai voulu rester dans l’esprit du rêve et de ses nombreuses interprétations possibles, sans figer le récit avec une explication définitive (et peut-être fausse). Cependant, il ne me semble pas qu’un master en psychologie soit nécessaire pour goûter ce morceau de littérature.

Les personnages

  • Valencienne : la ville évolue à la vitesse d’un être humain
  • Philippe : un homme au passé trouble, fataliste et proche de la retraite
  • Manon : une femme virtuelle que Philippe va conquérir mais qu’il ne gardera pas
  • Le premier cambrioleur : celui des griffes duquel Philippe veut tirer Manon. Virtuel lui aussi.
  • Le vitrier qui vient dépanner Manon. Virtuel lui aussi.
  • Sophie : formatrice puis tueuse à gage
  • Lili : la fille de Sophie
  • Les parents de Sophie
  • Le vendeur de grille-pain
  • Le chimpanzé : homme de main ? Double de Philippe ?
  • Le second cambrioleur : supposé avoir tué Lili mais n’ayant peut-être jamais existé.

Le récit

Les thèmes

Ce récit a été rédigé sur les bases d’un rêve où s’exprime la peur de l’avenir, en particulier pour les enfants (l’enfant meurt à la fin) ; mais aussi une peur du présent.

Concernant la peur de l’avenir, on peut noter l’éco-anxiété, avec la mer qui monte à grande vitesse (signes de progression tout au long du récit), les canicules à répétition et les typhons.

On peut également noter une politico-anxiété, avec l’allusion à l’éco-scepticisme et au politico-scepticisme, l’IA, cause du déclassement des personnages, et l’insécurité liée à la délinquance.

On peut enfin noter la difficulté des personnage à maîtriser le temps. D’une part, le temps court des sentiments : les liaisons de Philippe avec Manon (virtuelle) et Sophie (réelle) ne dureront pas ; l’amour-propre de Philippe l’empêchera d’arriver à temps pour sauver Lili. D’autre part, le temps moyen de l’insertion professionnelle et de la retraite déstabilise les personnages. Enfin, le temps long du réchauffement climatique s’accélère et empoisonne tout le récit.

Concernant la peur du présent, on peut noter la confusion du virtuel et de la réalité : Philippe utilise un jeu pour établir une relation affective avec Manon, un personnage virtuel ; il a aussi ses habitudes dans un manoir écossais (escape game). Quant à Sophie, elle ne rencontre jamais ses donneurs d’ordre sur le Darknet et fait de la réalité un jeu sans moralité.

On peut également noter le harcèlement, patent avec le gars bourré qui menace Sophie, et redouté avec la méfiance de Sophie qui refuse de présenter sa fille à Philippe, et la pratique d’une sexualité limitée à une zone érogène distante (les pieds).

On peut aussi noter le déclassement, avec l’IA qui a privé Sophie de son job, et l’ennuie éprouvé par le retraité Philippe qui essaie d’aider (mais chacune de ses interventions se solde par un fiasco ; dans le monde virtuel, sa relation avec Manon ne durera pas ; dans le monde réel, il fait de Sophie une tueuse, et son amour-propre l’empêchera d’arriver à temps pour sauver Lili).

On peut enfin noter la délinquance avec la tentative d’arnaque à l’héritage contre Manon, le passé trouble de Philippe, la tendance à se faire justice soi-même de (Sophie (encouragée par Philippe), la facilité pour se procurer une arme (le grille-pain), le métier de tueur à gage pratiqué par Sophie après son déclassement, sans que Philippe en soit choqué, le Darknet où Sophie trouve ses contrats.

Les genres narratifs

Onirisme, avenir et anxiété s’entrelacent dans un récit qui utilise les codes du fantastique, de la science-fiction, du surréalisme et de l’absurde.

Concernant le fantastique, on peut noter quelques références à Edgard Poe : La Chute de la Maison Usher (la maison où Lili est retrouvée morte), Double assassinat dans la rue Morgue (le singe). Ainsi qu’une référence aux Oiseaux d’Hitchcock (les mouettes effrontées, les cormorans). Cette lecture est réservée aux pessimistes fatalistes.

Concernant la science-fiction, on peut noter les références à « 1984 » de georges Orwell (l’IA), « À la croisée des mondes – La Boussole d’or » (le chimpanzé de Philippe pourrait être son dæmon), et à « Inception » : Philippe, le narrateur, est peut-être un prédateur toxique amateur de jeunes filles, qui programme la réalité (en apportant son aide) afin d’assouvir son instinct de sérial killer (son but serait alors de tuer Lili). Cette lecture est réservée aux esprits tordus, amateurs de thrillers.

Concernant le surréalisme et l’absurde, on peut noter les métaphores du grille-pain, des tranches de pain, du singe et de la podophilie, ainsi que des situations qui se répètent avec une sorte de fatalité. Cette lecture est réservée aux poètes, aux explorateurs et aux aventuriers.

Eléments biographiques

  • J’ai fait 5 ans d’études au CNAM pour devenir ingénieur en informatique
  • J’ai des numéro SOS aimantés à mon frigo mais je ne les ai jamais utilisés
  • Dans le cadre d’un plan de départ volontaire, juste avant de prendre ma retraite, j’ai suivi une formation de développement Web (3 mois de cours et 3 mois de projet) mais c’était une formation à distance. La formatrice s’appelait Sophie, elle avait une fille qu’elle élevait seule, me semble-t-il.
    Lorsque j’ai passé la certification, on m’a dit qu’avec l’IA, ce métier allait disparaître d’ici dix ans.
  • J’ai été harcelé durant trois ans (une éternité) par les enfants du village de Seine-et-Marne dans lequel mes parents parisiens étaient venus construire leur maison
  • Quand j’étais jeune, j’ai suivi une formation d’un an de développeur en informatique industrielle, à La Sentinelle, près de Valenciennes. J’étais logé sur place.
  • Je n’ai pas encore été cambriolé
  • Quand j’étais jeune, mes relations « sérieuses » duraient deux ans
  • Je n’ai jamais sucé les orteils d’une femme (il serait peut-être temps que j’y pense)
  • Je n’aime pas le jus de tomate
  • J’ai une fille de 29 ans
  • Je n’aime pas les jeux vidéo
  • Je ne mange plus de pain depuis longtemps
  • Mes parent n’avaient pas de grille-pain. J’en ai acheté un plus tard, peut-être même deux.

NOTES

  1. pop-up : Fenêtre secondaire d’un logiciel, dite intrusive, qui s’ouvre avec ou sans sollicitation de l’utilisateur. ↩︎
  2. ontologique (du grec ancien ontos, ce qui est, et de logos, discours) : relatif à la partie de la philosophie qui a pour objet l’être en tant qu’être, qui étudie les propriétés générales de l’être. ↩︎
  3. Principe de la chevrotine. ↩︎
  4. Verbicrucie : sac à main : moufle. ↩︎
  5. surin (du romani ćhuri) : couteau (argot des voleurs). ↩︎

Laisser des commentaires


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.