SOMMAIRE
L’heure du conte
J’ai fait deux rêves entrecoupés d’une courte phase de demi-sommeil. Je les ai retranscrits puis j’ai arrangé tout ça pour faire bon poids.
Voici un enregistrement pour les malvoyants :
Le grille-pain
J’étais revenu en arrière sur une question difficile. L’interface homme-machine avait commencé à me prendre en grippe. J’aurais dû sortir de l’exercice, j’avais accumulé suffisamment de points. Mais je m’entêtais, quitte à faire exploser mon sablier. Il faut toujours respecter le temps imparti. J’allais l’apprendre à mes dépens.
C’était l’histoire absurde de Manon qui avait mal refermé la fenêtre de la salle à manger. Un courant d’air avait dû brisé la vitre. Elle avait constaté les dégâts lorsqu’elle était rentrée du boulot. Elle avait une tête à travailler dans le prêt-à-porter. Un cambrioleur se trouvait à l’intérieur de l’appartement. On se doutait qu’il était entré par la fenêtre après avoir fracturé un carreau. Manon avait dit « merde » et avait immédiatement appelé un numéro de la liste SOS dépannage aimantée sur la porte de son frigo. Elle avait été confuse. Elle avait raconté le courant d’air, le cambrioleur qui allait venir (mais qui était déjà là, vous suivez ?). Le vitrier avait mal compris et lui avait conseillée d’appeler la police (il avait raison de croire qu’il avait raison).
- Mais non, je suis chez moi, il n’y a pas de cambrioleur, j’ai juste une vitre cassée et j’ai peur des cambrioleurs.
Elle avait dit ça en pensant que ça allait hâter l’intervention de l’artisan mais celui-ci s’imaginait maintenant qu’il allait découvrir une scène de crime. Manon avait finalement obtenu que le vitrier passât dans la soirée.
J’essayais de combiner des compléments circonstanciels pour faire sortir Manon de l’appartement sans lui faire rencontrer le cambrioleur. C’était selon moi le meilleur moyen pour permettre au cambrioleur de s’échapper en évitant la casse. Manon devait au préalable prendre une douche, choisir une toilette et donner à manger au chat. Je me disais qu’il devait y avoir un piège. Si Manon sortait de l’appartement, elle risquait de louper l’arrivée du vitrier. J’en étais à mon quinzième essai infructueux lorsqu’une consigne de Sophie s’afficha sur mon écran, dans une pop-up1 : « Sort de cet exercice, Philippe, le cours va commencer. »
J’étais déjà bardé de diplômes mais j’avais dû m’inscrire à cette formation de Web Designer pour conserver mes droits aux allocations compensatoires, à la suite d’un plan de départ involontaire. Il est vrai que le boulot de développeur web avait complétement disparu avec l’arrivée de l’intelligence artificielle. Alors pourquoi Web Designer, me direz-vous ? Tout juste. Cette formation était restée au catalogue sur un malentendu.
Il y a belle lurette que l’IA savait mieux que personne trouver les solutions les plus attrayantes parmi les millions d’écrans qu’Internet mettait à sa disposition. Elle était capable de vendre des coléoptères virtuels à des retraités souffrant de taxidermie. L’IA savait tout mieux que personne et personne ne savait jusqu’où pouvait aller l’IA.
La seule question que je me posais alors était si l’IA pouvait nous aider à sortir du climat de scepticisme politique et de la politique climato-sceptique, entre lesquels nous nous débattions de plus en plus faiblement ? L’IA n’avait pas encore remplacé les hommes de pouvoir aux mains desquels elle se trouvait. En attendant, elle nous encourageait dans nos erreurs magnifiques en nous proposant le plus efficace du pire. L’IA était-elle le stade ultime qui hâterait l’homme vers sa fin, dans un emballement existentiel confinant à la plus ordinaire des folies ?
Je m’étais jeté sur cette formation de Web designer en voie de disparition, comme sur une bouée ballottée par les eaux vives du passé. Bientôt, la société se passerait des hommes ; ce qui n’était pas une mauvaise nouvelle, car la planète devenait inhabitable. J’avais à ce sujet interrogé l’IA. Elle s’était voulue rassurante en affirmant que l’approche de la vieillesse amplifiait mon pessimisme ontologique2.
Sophie nous expliqua brièvement les raisons de son retard. Elle s’était fait emmerder par un type en allant récupérer sa fille chez ses parents pour la déposer à l’école. Comme la plupart des femmes, elle élevait seule sa fille et celle-ci adorait ses grand-parents chez lesquels elle préférait dormir. Heureusement, le type s’était calmé. Comme d’hab, Super-Sophie avait géré.
Moyennant une participation dérisoire, j’étais logé sur place, au centre de formation pour adultes de La Sentinelle, une obscure bourgade en déshérence, à la frontière Belge – près de Valencienne pour ceux qui connaissent leur géographie. En vérité, j’avais choisi cette formation car c’était l’une des seules qui était proposée en présentiel. Encore un de ces mots que j’avais en horreur mais ça allait me permettre de changer d’air et de voir des gens.
La formation devait durer six mois. Six mois qui allaient me permettre de faire un pas de plus en direction de la retraite. Je n’étais plus tout jeune. C’est sans doute la raison pour laquelle Sophie me proposa de prendre un verre après le cours. Elle devait avoir besoin de parler de ce qui lui était arrivé ce matin-là, à un gars qui avait de l’expérience. J’en avais déduit que ses parents se chargeaient de récupérer la petite à l’école.
Elle m’emmena faire un tour dans sa vieille Twisto hybride moutarde, jusqu’en bordure d’un quartier chaud de Valencienne. Je connaissais cet endroit mais je me gardai bien de le faire savoir – une histoire ancienne que je ne tenais pas à raconter. Nous nous installâmes à une terrasse, sous un grand parasol carré. Là où nous étions, il n’était pas possible de voir la mer (pour ceux qui connaissent leur géographie) mais de grosses mouettes effrontées nous rappelaient combien le littoral avait reculé en quelque décennies. Il faisait doux, les premières canicules n’allaient pas tarder à pointer leurs truffes en papier crépon.
Sophie m’expliqua qu’elle connaissait le type qui l’avait agressée. C’était un gars du patelin où elle avait grandi. Il vivait toujours chez ses parents. Il faisait des petits boulots ici ou là. Jardinage, chiens, petite mécanique. Que du black. Un looser qui avait du mal à entrer dans une case. Ça faisait plusieurs jours de suite qu’il lui faisait le coup. Il passait la nuit à boire avec des potes et au petit matin, il se pointait en titubant au milieu du chemin qui mène à la ferme de ses parents.
- Tu ne peux pas aller en voiture jusqu’à la ferme ?
- Bah non, c’est impraticable, j’aurais trop peur de m’embourber. Ce n’est pas le 4 x 4 de mes parents, dit-elle en hochant la tête en direction de Wasabi – c’était le nom qu’elle avait donné à sa voiture.
- Mais, bourré comme il est, il ne doit pas être bien dangereux ?
Elle me regarda avec un drôle d’air. Je me mis à penser à Manon, coincée dans son appart avec son cambrioleur. Il fallait vraiment que je trouve une solution.
- Ce matin, il a sorti un couteau.
Mes lèvres s’entrouvrirent et, laissée à elle-même, ma paille en fibre de maïs recyclable s’enfonça lentement dans la boue rougeâtre de mon émulsion à la tomate.
- Tu peux toujours te procurer un grille-pain.
- Un grille-pain ?
- Oui, ils en vendent à deux rues d’ici, soulevai-je le menton en direction du quartier chaud.
Elle sembla réfléchir. Je savais qu’elle faisait semblant afin de masquer son impatience.
- Et tu sais t’en servir ?
- Je peux te montrer, si tu veux.
Dans quoi avais-je mis le doigt, ma pauvre Manon. Je n’étais plus sûr de pouvoir te venir en aide maintenant qu’une détresse plus grande encore semblait vouloir récolter les fruits de mon expérience.
Sophie se leva pour aller régler l’addition et nous nous engageâmes dans les ruelles qui sentaient l’urine. Je ne fus pas long à retrouver la boutique du vieux Jojo. Le propriétaire avait changé. Pas question de se laisser démonter.
- Nous aurions besoin d’un grille-pain.
- Un quoi ?
- Un grille-pain, c’est pour la dame. Je connaissais le vieux Jojo.
Sophie avait l’air un peu paumée. Elle ne savait pas où elle mettait les pieds. C’est sans doute ce qui avait décidé le type à nous faire confiance.
- Venez.
Nous le suivîmes jusque dans une arrière-boutique au fond de laquelle je reconnu la vieille porte.
- Attention à la tête, avertis-je Sophie, pour montrer au gars que je ne l’avais pas baratiné.
L’homme alluma le plafonnier, décadenassa une petite armoire en fer que je connaissais bien et étala sur une sorte de comptoir, cinq ou six grille-pains qui avaient l’air en bon état.
- Vous cherchez quoi ? Manuel ou automatique ? Horizontal ou vertical ? Un ou plusieurs compartiments ? Quelle puissance ? C’est pour une utilisation fréquente ou occasionnelle ? Tranches fines ou tranches épaisses ? Car je suppose qu’il vous faudra aussi des tranches ?
- Oui, deux tranches pour commencer.
- Pain de tradition française ? Pain maison ? Pain au levain ? Pain cuit au feu de bois ? Pain à l’ancienne ? Pain de campagne ? Pain de seigle ? Pain de son ? Pain aux cinq céréales ?
- Pain aux cinq céréales, dis-je sans hésiter.
- Monsieur est un connaisseur.
- Chez un débutant, l’éparpillement des grains compense le manque de précision3.
- Quelle épaisseur ?
- Il ne faut pas qu’on doive s’y reprendre à deux fois.
- Il vous faut le Classic pro Mamba Légion à fente longue deux toasts. Les deux tranches partent en même temps et il est suffisamment fin pour se glisser dans un sac à main4. Ce n’est pas le plus cher et celui-là ne vous laissera pas tomber, affirma l’expert en poussant vers nous le model conseillé, de sa main mal épilée. Vous savez vous en servir ?
- Pas de problème.
Sophie sortit sa carte bancaire pour régler l’acquisition. Je l’arrêtai prestement et lâchai un sourire complice au commerçant. En murmurant de garder la monnaie, je posai à côté de l’appareil les biftons requis, et nous repartîmes comme nous étions venus, en faisant attention de ne pas nous cogner la tête.
- Tu me rembourseras demain.
- Tu trimbales toujours de l’argent liquide ?
- Une vieille habitude. J’ai encore un peu de mal avec les bitcoins.
Sophie me raccompagna à mon centre d’hébergement. Nous nous arrêtâmes à mi-chemin au bord d’un champ de betteraves pour que je lui montre le fonctionnement de l’appareil. Sophie apprenait vite.
- À demain !
- À demain !
Le lendemain, Sophie m’invita à déjeuner pour me rendre mon argent.
Elle me raconta comment tout s’était bien passé.
Elle avait donné les clés à sa fille et lui avait demandé d’aller s’enfermer dans la voiture. Le monsieur voulait lui parler.
- Et quoi qu’il arrive, tu n’ouvres pas.
Elle avait attendu que le gars sorte son surin5 pour lui lâcher les deux toasts dans le tiroir.
C’était aussi simple que ça. Elle avait raconté à sa fille que le monsieur était saoul et qu’il ne savait plus où il habitait.
- Qu’est-ce que tu vas faire du grille-pain ?
- Je vais le ranger dans une boîte à chaussures en haut de l’armoire. On ne sait jamais.
Le lendemain, La Voix du Nord avait rapporté qu’un corps avait été retrouvé dans un fossé avec deux biscottes dans le dos. L’individu avait déjà été condamné pour une voie de fait avec lésion. Le couteau de la victime, ramassé à proximité, avait permis de conclure à un règlement de comptes.
J’avais pu tranquillement reprendre le cours de ma vie et apporter mon soutien à Manon qui tournait en rond dans son T3. J’avais fini par lui mettre dans la tête que sa boîte aux lettres était pleine. Je me demande encore comment l’IA avait pu laisser passer ça, à une époque où l’on ne recevait quasiment plus de courrier papier. Le vitrier était arrivé au moment précis où elle prenait connaissance d’un courrier qui semblait important. Ils avaient croisé le cambrioleur dans l’escalier extérieur qui enjambait le vide sanitaire.
La lettre était préoccupante. Un notaire la recherchait car elle était la seule héritière d’une grand-tante dont elle n’avait jamais entendu parler. Elle devait se rendre le plus rapidement possible en Nouvelle-Zélande. Ça sentait le traquenard à plein nez. Heureusement, quelques jours plus tôt, le Vingt heures avait mis en garde contre les arnaques à l’héritage qui faisaient recette chez les populations au bord de la crise de nerf.
Trois ans plus tard, j’étais retourné à Valencienne afin de récupérer une attestation qui devait me permettre d’obtenir les deux trimestres qui me manquaient pour bénéficier d’une retraite à taux plein. Alors que je traversais la place d’Armes, je croisai Sophie. Je ne l’avais pas reconnue immédiatement. J’avais dû rebrousser chemin et la suivre un petit moment. Elle portait des vêtements de marque et n’avait plus cette mèche verte dans les cheveux.
- Sophie ?
Elle se retourna.
- Philippe, qu’est-ce que tu fais là ?
- Une démarche administrative.
- T’as le temps de prendre un verre ?
Je n’avais pas grand-chose à raconter.
- Ça n’a pas duré longtemps avec Manon.
- Manon ?
- La fille de l’exercice.
- Ah, Manon !
- J’étais peut-être trop protecteur.
- On se refait pas, tu sais. Tu en trouveras une autre.
- Sans doute. Mais raconte-moi, tu as changé, toi, on dirait ?
- Comment-ça changé ?
- Ta façon de t’habiller. Tu as l’air plus libre, moins stressée.
- J’avais l’air stressée ?
- Comme tout le monde.
- Bah oui, j’ai changé de taf. Ou plutôt mon taf a disparu. L’IA est passée par là.
De la terrasse où l’on était, on entendait la mer. Les mouettes volaient haut dans le ciel.
- Alors j’ai descendu le grille-pain du haut de son armoire. Je trouve des contrats sur le darknet.
- Cool. Tu es ta propre patronne, maintenant. Mais alors, tu ne cotises plus pour la retraite ?
- Après le passage du dernier typhon, il a fallu refaire la toiture de la ferme en respectant les nouvelles normes. Il a aussi fallu envoyer Lili à Sciences po Strasbourg. Alors, la retraite, on y pensera plus tard.
Je baissai les yeux et me perdis dans la contemplation de ses orteils disposés en rang d’oignon dans leurs barquettes dorées. Une couche de poussière homogène leur avait donné la teinte rouge brique des habitations des Hauts-de-France.
- À quoi tu penses ?
Je savais d’expérience qu’une femme ne pose pas cette question à n’importe qui, et qu’elle ne la pose que lorsqu’elle est prête à entendre l’impensable, voire l’inespéré.
- Je me disais que ces orteils avaient l’air de ne pas avoir été sucés depuis un bon bout de temps.
C’est ainsi que ma relation avec Sophie avait commencé. Je n’avais pas le droit de voir Lili. Elle revenait un weekend sur deux. Ces jours-là je descendais vérifier que tout allait bien dans mon appartement parisien. Lorsqu’une inondation me barrait l’accès à la capitale, j’allais faire un escape game dans un manoir écossais où j’avais mes habitudes.
Ça avait duré deux ans. Puis Sophie m’avait demandé de partir et de ne pas revenir. Je n’avais pas discuté. La veille encore, je l’avais fait jouir bruyamment en lui léchant les pieds. Elle ne me parlait pas de ses activités professionnelles. Elle ne voulait pas que je sois mêlé à tout ça. Il valait mieux disparaître à tout jamais de sa vie, comme elle le demandait.
Trois ans s’écoulèrent avant que j’eu des nouvelles de Sophie (tiens, c’est vrai, encore trois ans). En fait, c’est sa fille, Lili, qui m’avait contacté par mail. Elle me demandait de passer la voir à une adresse que je ne connaissais pas. Sa mère lui avait dit qu’elle pourrait me contacter si elle avait des ennuis. J’étais inquiet de ce qui avait pu arriver à Sophie. Mais l’idée de rencontrer Lili m’enchantait. J’avais vu son visage sur une photo d’anniversaire où elle avait vingt ans. Elle devait bien en avoir vingt-quatre maintenant. Ses études devaient être terminées. Elle avait sans doute changé de coiffure.
Je laissai passer quelques jours pour éviter qu’il fût évident que je m’ennuyais ferme depuis trois ans puis, sans avertir Lili de mon arrivée, je pris le train pour Valenciennes avec, pour tout bagage, mon vieux grille-pain et quelques tranches de pain brioché pour éviter respectivement les mauvaises surprises et les problèmes en cas de contrôle.
Je louai un chimpanzé à la gare de Valenciennes et me pointai à l’adresse indiquée, 2 bis rue de la Grotte aux chats, dans une commune de la banlieue chic. Le portail était entrouvert. À vrai dire, il n’avait pas l’air de fermer correctement. Des rougequeues avaient fait leur nid dans la boîte aux lettres. Une longue allée rectiligne bordée de peupliers noirs d’Italie semblait vouloir mener quelque part, probablement à une habitation. Nous nous engageâmes dans l’allée, le singe et moi, sans faire de commentaire sur le manque d’entretien qui laissait prospérer la ronce et le sureau.
Nous nous retrouvâmes bientôt devant une grande maison bourgeoise. Des cormorans aux cous flexueux nous observaient depuis la toiture.
Au lieu d’aller frapper à la porte, en haut de l’escalier de pierre, je fis le tour de la bâtisse. À l’arrière, une fenêtre entrouverte avec un carreau fracturé semblait attester la visite récente d’un cambrioleur. Le chimpanzé se précipita à travers l’ouverture. Je le rappelai en vain.
J’entrai dans une sorte de vestibule, m’engageai dans un couloir et arrivai dans ce qui ressemblait à un petit salon. Lili gisait dans son sang sur le carrelage. Le singe examinait la blessure qui déformait la poitrine de la morte. Lorsqu’il s’aperçu de ma présence, il tourna vers moi son visage grimaçant. C’était la première fois que je le regardais avec attention. Je réalisai qu’il n’était plus tout jeune.
- Pain aux olives, hasarda-t-il.
Je comprends ceux qui n’ont rien compris
Je les comprends car j’ai voulu rester dans l’esprit du rêve et de ses nombreuses interprétations possibles, sans figer le récit avec une explication définitive (et peut-être fausse). Cependant, il ne me semble pas qu’un master en psychologie soit nécessaire pour goûter ce morceau de littérature.
Les personnages
- Valencienne : la ville évolue à la vitesse d’un être humain
- Philippe : un homme au passé trouble, fataliste et proche de la retraite
- Manon : une femme virtuelle que Philippe va conquérir mais qu’il ne gardera pas
- Le premier cambrioleur : celui des griffes duquel Philippe veut tirer Manon. Virtuel lui aussi.
- Le vitrier qui vient dépanner Manon. Virtuel lui aussi.
- Sophie : formatrice puis tueuse à gage
- Lili : la fille de Sophie
- Les parents de Sophie
- Le vendeur de grille-pain
- Le chimpanzé : homme de main ? Double de Philippe ?
- Le second cambrioleur : supposé avoir tué Lili mais n’ayant peut-être jamais existé.
Le récit
Les thèmes
Ce récit a été rédigé sur les bases d’un rêve où s’exprime la peur de l’avenir, en particulier pour les enfants (l’enfant meurt à la fin) ; mais aussi la peur du présent, avec en embuscade au fond de la cour, la peur du temps qui passe et que l’on est incapable de gérer.
Concernant la peur de l’avenir, on peut noter l’éco-anxiété, avec la mer qui monte à grande vitesse (signes de progression tout au long du récit), les canicules à répétition et les typhons.
On peut également noter une politico-anxiété, avec l’allusion à l’éco-scepticisme et au politico-scepticisme, l’IA, cause du déclassement des personnages, et l’insécurité liée à la délinquance.
On peut enfin noter la difficulté des personnage à maîtriser le temps. D’une part, le temps court des sentiments : les liaisons de Philippe avec Manon (virtuelle) et Sophie (réelle) ne dureront pas ; l’amour-propre de Philippe l’empêchera d’arriver à temps pour sauver Lili. D’autre part, le temps moyen de l’insertion professionnelle et de la retraite déstabilise les personnages. Enfin, le temps long du réchauffement climatique s’accélère et empoisonne tout le récit.
Concernant la peur du présent, on peut noter la confusion du virtuel et de la réalité : Philippe utilise un jeu pour établir une relation affective avec Manon, un personnage virtuel ; il a aussi ses habitudes dans un manoir écossais (escape game). Quant à Sophie, elle ne rencontre jamais ses donneurs d’ordre (Darknet) et fait de la réalité un jeu sans moralité.
On peut également noter le harcèlement, patent avec le gars bourré qui menace Sophie, et redouté avec la méfiance de Sophie qui refuse de présenter sa fille à Philippe, et la pratique d’une sexualité limitée à une zone érogène distante (les pieds).
On peut aussi noter le déclassement, avec l’IA qui a privé Sophie de son job, et l’ennuie éprouvé par le retraité Philippe qui essaie d’aider ; mais chacune de ses interventions se solde par un fiasco : dans le monde virtuel, sa relation avec Manon ne dure pas ; dans le monde réel, il fait de Sophie une tueuse, et son amour-propre l’empêche d’arriver à temps pour sauver Lili.
On peut enfin noter la délinquance avec la tentative d’arnaque à l’héritage contre Manon, le passé trouble de Philippe, la tendance à se faire justice soi-même de Sophie (encouragée par Philippe), la facilité pour se procurer une arme (le grille-pain), le métier de tueur à gage pratiqué par Sophie après son déclassement, sans que Philippe en soit choqué, le Darknet où Sophie trouve ses contrats.
Les genres narratifs
Onirisme, avenir et anxiété s’entrelacent dans un récit qui utilise les codes du fantastique, de la science-fiction, du surréalisme et de l’absurde.
Concernant le fantastique, on peut noter quelques références à Edgard Poe : La Chute de la Maison Usher (la maison où Lili est retrouvée morte), Double assassinat dans la rue Morgue (le singe). Ainsi qu’une référence aux Oiseaux d’Hitchcock (les mouettes effrontées, les cormorans). Cette lecture est réservée aux pessimistes fatalistes.
Concernant la science-fiction, on peut noter les références à « 1984 » de georges Orwell (l’IA), « À la croisée des mondes – La Boussole d’or » (le chimpanzé de Philippe pourrait être son dæmon), et à « Inception » : Philippe, le narrateur, est peut-être un prédateur toxique amateur de jeunes filles, qui programme la réalité (en apportant son aide) afin d’assouvir son instinct de sérial killer (son but serait alors de tuer Lili). Cette lecture est réservée aux esprits tordus, amateurs de thrillers.
Concernant le surréalisme et l’absurde, on peut noter les métaphores du grille-pain, des tranches de pain, du singe et de la podophilie, ainsi que des situations qui se répètent avec une sorte de fatalité. Cette lecture est réservée aux poètes, aux explorateurs et aux aventuriers.
Eléments biographiques
- Je n’ai jamais bu de jus de tomate
- J’ai été harcelé durant trois ans (une éternité) par les enfants du village de Seine-et-Marne dans lequel mes parents parisiens étaient venus construire leur maison
- J’ai pratiqué le tir à la carabine et le tir à l’arc
- Quand j’étais jeune, mes relations sentimentales « sérieuses » duraient deux ans
- Une de mes cousines a élevé seule son fils et celui-ci adorait son grand-père.
- Quand j’étais jeune (25 ans), j’ai suivi une formation d’un an de développeur en informatique industrielle, à La Sentinelle, près de Valenciennes. J’étais logé sur place.
- J’ai fait 5 ans d’études au CNAM pour devenir ingénieur en informatique
- J’ai une fille de 29 ans (à l’heure où j’écris)
- J’ai vu plusieurs fois le film Wasabi (2001) avec Jean Reno, Michel Muller et Ryōko Hirosue.
- Je ne joue pas aux jeux vidéo mais j’aime inventer des jeux de société ; par ailleurs, l’ami de ma fille est un pur geek. Je n’ai jamais non plus joué à l’escape game.
- J’ai une liste de numéros SOS dépannage aimantée à mon frigo mais je ne les ai jamais utilisés
- Mes parent n’avaient pas de grille-pain. J’en ai acheté un, plus tard, peut-être même deux.
- Je ne mange plus de pain depuis longtemps
- Dans le cadre d’un plan de départ volontaire, juste avant de prendre ma retraite, j’ai suivi une formation de développement Web (3 mois de cours et 3 mois de projet) mais c’était une formation à distance. La formatrice s’appelait Sophie, elle avait une fille qu’elle élevait seule, me semble-t-il. Elle était basée sur Maubeuge.
Lorsque j’ai passé la certification, on m’a dit qu’avec l’IA, ce métier allait disparaître d’ici dix ans.
J’ai emprunté l’A2 pour aller passer la certification à Maubeuge, mais je ne me suis pas arrêté sur l’aire de service de La Sentinelle. - Je n’ai pas encore été cambriolé mais le Vingt heures a récemment mis en garde contre les arnaques à l’héritage
- Je ne suis jamais allé en Ecosse
- Je n’ai jamais sucé les orteils d’une femme (il serait peut-être temps que j’y pense)
- Je viens de lire La Serpe de Philippe Jaenada.
Bibliographie
- La Serpe (2017) Philippe Jaenada.
NOTES
- pop-up : Fenêtre secondaire d’un logiciel, dite intrusive, qui s’ouvre avec ou sans sollicitation de l’utilisateur. ↩︎
- ontologique (du grec ancien ontos, ce qui est, et de logos, discours) : relatif à la partie de la philosophie qui a pour objet l’être en tant qu’être, qui étudie les propriétés générales de l’être. ↩︎
- Principe de la chevrotine. ↩︎
- Verbicrucie : sac à main : moufle. ↩︎
- surin (du romani ćhuri) : couteau (argot des voleurs). ↩︎
