SOMMAIRE
Londres
Deux francs seize1 valent 0,33 euro soit 0,29 livre sterling (quand je peux aider).
Un weekend à Londres entre copines, juste avant les fêtes. À nous les palaces, les restos, les expos, les fringues, les cadeaux, à nous la féérie de Noël !
On a pris l’Eurostar mais on n’est pas des stars, on est juste des filles du voyage.
En arrivant, on fait les poubelles.

Les peoples ont l’habitude de se débarrasser de pas mal de trucs en fin d’année, afin de s’en faire offrir de nouveaux. C’est la bonne période pour récupérer de très belles choses. Ne me remerciez pas pour la combine.
Un ciel blanc et chargé comme on les aime, idéal pour magnifier l’éclat des enluminures de la nuit londonienne et napper de mystère la cité toute entière.
Il fait un froid de canard. Je suis allergique au froid et au canard.
N’oubliez pas le tube de Ventoline au fond du Vuitton.


Bien installé dans sa corbeille en osier du Gué Droit, le chat sacré de Birmanie n’est pas concerné. Sapin monumental, hauteur sous plafond difficile à chauffer. Mais la température semble convenir au signe extérieur de richesse qui vous observe derrière la vitre.
Le félin monte une garde attentive. Gueux qui passez sous ces fenêtres, restez au-delà des hallebardes et consolez-vous avec ces vers de Baudelaire :
Viens, mon beau chat, sur mon cœur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d’agate.
London by night
Les drapeaux de Mickey2 en haut de ce grand magasin m’ont mis la puce à l’oreille.

Les rongeurs sont les hôtes des puces qui sont elles-mêmes les hôtes de Yersinia pestis ; on ne change pas une équipe qui gagne (Londres 1666) : Selfridges et Disney dévoilent une collaboration festive unique en son genre, alliant luxe et événementiel.
« Des visiteurs du monde entier peuvent plonger dans un univers merveilleux d’animations sur mesure, de vitrines interactives3 et de collections de produits exclusifs, dans les magasins de Londres, Birmingham et Manchester, ainsi que sur Selfridges point com. »
La façade du magasin d’Oxford Street (image ci-avant) est affublée d’un faux nez en forme de donjon, et un spectacle lumineux met en scène, au son des hautbois, le château de la Belle au Bois Dormant de Disneyland Paris (attention, le bel hautbois d’or ment).
Pour info, depuis novembre 2024, Selfridges est contrôlé par Cenral Group, un conglomérat familial de distribution thaïlandais de l’après-guerre.
Question résine et carton-pâte, le monde merveilleux de Noël n’est pas en reste !
Regardez par exemple ces tambours plastronnés qui se réchauffent en agitant leurs baguettes. Les maîtres mots sont kitch et abondance :


En tout état de cause, la moustache fait son grand retour :



Concours de moustaches mais aussi concours de roues :

Et concours de sapins, bien sûr :




Les mousquetaires de toutes les confréries de la distribution se sont mis en quatre pour vous inonder de lumière, de sucre et de bien-être. C’est à qui aura la plus belle façade :

Vous pouvez aussi essayer the palace to be qui suit, vous trouverez à vous garer facilement.






Avez-vous remarqué que les gens qui sortent du célèbre magasin qui fait l’angle (Fortnum & Mason, fournisseur de thé officiel du Prince de Galles) ont le visage en forme de théière, tout en courbes et becs verseurs ?
Heureusement, la splendeur n’a pas besoin d’enluminures pour guider nos âmes dans les ténèbres cotonneuses de la nuit londonienne :






Westminster Abbey


L’abbaye de Westminster est une église anglicane qui, depuis 1066, a été le lieu de couronnement de 40 monarques anglais et britanniques et abrite les sépultures de plus de 3300 personnes dont 18 monarques anglais, écossais et britanniques et aussi de Newton, Darwin, Kipling, Dickens… Au moins 16 mariages royaux y ont été célébrés depuis 1100.
Chalenge : trouver la statue de Martin Luther King6.
Broad Sanctuary est une rue dont le nom fait référence à un espace ouvert médiéval qui se trouvait devant l’abbaye de Westminster (broad signifie large).
En ces périodes de fête religieuse et de liesse populaire, on ne répétera jamais assez que jeter des appareils électriques dans les poubelles met nos paroissiens en danger. Vous comprenez mieux maintenant l’origine et le sens de l’expression : « C’est comme si je pissais dans une guitare électrique. »
Cathédrales de sucre et nefs gourmandes
C’est bien joli mais tout cela manque de fantaisie. N’oublions pas que c’est la fête. Heureusement, les commerçants ne sont pas avares en accessoires et dispositifs de toutes natures :


Tels les œufs de Godzilla, les cloches de Pâques attendent leur heure, cachées dans cette galerie marchande. Personne ne soupçonne leur présence.



Si vous n’avez pas de petit Jésus à mettre dans la crèche, utilisez un morceau de gingembre. Le rhizome prend souvent la forme d’un petit pantin.


China town
Les rois de la chaussette jetable veulent nous faire croire qu’il suffit de passer sous leur portique pour faire la paire (merci de ne pas sourire, reconnaissance faciale en cours) :
- La fille de droite se fait prendre en photo
- L’homme au centre est persuadé de tenir sa moitié
- Les deux homme à gauche font comme s’ils ne se ressemblaient pas.


Alors, ça farte ?


SWIX est une enseigne norvégienne spécialisée dans les produits de préparation et d’entretien des skis.
Mais au juste, quelle est la différence entre une marque et une enseigne ?
J’ai voulu faire genre en utilisant le mot « enseigne » mais je me suis égarée dans le labyrinthe réfléchissant des vanités : c’est la marque et le logo qui identifient les produits et services ; l’enseigne identifie les points de vente. Cependant, une enseigne peut être protégée en tant que marque.
En tous cas, SWIX a vu grand (7XL) pour épater la galerie7 : lieu de passage (les oiseaux de passage en bas-relief), tunnel (métaphore de cette analyse alambiquée), salle de musée (motifs mésopotamiens) – au sous-sol d’un centre commercial -, balcon à plusieurs rangs de spectateurs d’un théâtre (métonymie de ceux qu’on épate), cadre métallique fixé sur le toit de la voiture pour servir de porte-bagage (chargé de cadeaux).
The people
Bien sûr dans cette affaire, les hommes donnent le meilleur d’eux-mêmes :




À commencer au marché de Noël où ils viennent dépenser leurs sous dans les odeurs écœurantes de choucroute et de vin tiède, sans craindre d’être infectés par des virus à couronne échappés de Buckingham :
Noël, Noël, tu vas venir bientôt
N’oublie pas mes cadeaux
Gentil Papa Noël…
Mais aussi sur les trottoirs où ils récoltent des fond. Les deux derniers ménestrels qui ont fait la manche devant ce magasin ont été décapités et exposés dans la vitrine. Ça ne semble pas décourager les chanteurs de cantiques de l’Armée du Salut.
Mystery and bubblegum
Que seraient la beauté, la fantaisie et la convivialité, sans le mystère ? Surtout à Londres où les fantômes ont leur mot à dire.
Il est par exemple parfois difficile de savoir dans quel pays nous nous trouvons : en regardant attentivement la photo qui suit (aidez-vous de l’extraction), saurez-vous dire si elle a été prise à Londres, à Berlin, à Paris ou à Casablanca ?
Indices
- L’enseigne est en anglais
- La recette est allemande
- La spécialité est arabe
- L’alphabet est latin
- Tout en haut de l’image, il y a une inscription en français : « Partout chez nous. » Les Frogs8 sont chez eux partout où il mouille.
- Autre indice, il a déjà été question du moustachu du premier plan.


Au fronton de l’immeuble imposant de la BBC, ci-dessous, nous apercevons deux curieuses figures de part et d’autre d’une colonne (cliquez sur Extraire).


S’agit-il de deux anges adorateurs des triomphes priapiques ?
À moins qu’il ne s’agisse d’Amérindiens sur le chemin de l’amour, assurant la maintenance d’un totem.
N’écartons pas non plus la possibilité d’une annonce faite à Marie : la colonne est un des symboles du Christ les plus connus (Columna est Christus).
Moins évident, maintenant, ci-dessous. En cliquant sur le bouton Extraire, vous mettrez en évidence les trois inscriptions suivantes : ROSE STREET, LUSH et SPA. Reste à donner un sens à leur proximité.


Concernant « Lush » (sac à vin) et son lien avec « Rose Street » (la rose est le symbole de l’Angleterre) :
Rose Street est une rue de la Nouvelle Ville écossaise d’Édimbourg, surtout connue pour ses nombreux bars et pubs.
La rue « Rose Street » de Londres n’a rien à lui envier. Elle aussi est associée à l’alcool, par exemple dans ces propos de J.K. Rowling (The Leaky Cauldron) : « Some people argue that the oldest pub in London is the White Hart on Drury Lane; others that it is the Angel on Bermondsey Wall, or the Lamb and Flag on Rose Street. All of these people are Muggles, and all of them are wrong. The oldest pub in London, as any wizard will tell you, is the Leaky Cauldron on Charing Cross Road. »
Concernant SPA (S.P.A. se prononce comme « espiay », espionner) et son lien avec « Rose Street » : Le Rose Street Club était une organisation anarchiste basée dans l’actuelle Manette Street, à Londres. Initialement centré sur la communauté allemande de Londres et servant de point de rencontre pour les nouveaux immigrants, Le Rose Street Club devint l’un des principaux clubs radicaux du Londres victorien, à la fin du XIXe siècle.
Conclusion concernant la convergence « Rose Street », « Lush », « SPA » : il s’agit du point de ralliement d’une organisation allemande se livrant à l’espionnage sous couvert de massothérapie (la pratique du massage est soumise à moins de contrôles que le commerce de l’alcool, utilisé jadis comme couverture).
Passons au très horripilant mystère du riz pileux :

À quoi bon être chauve ou porter une casquette si c’est pour saupoudrer les mets de poils de barbe ?

Autre mystère, et pas des moindres, celui de la tête inclinée de la dame en noir : cliquez sans attendre sur le bouton « Extraire » et posez-vous la question, pourquoi la femme debout à gauche, qui essaie de s’échapper de l’image, a-t-elle la tête fortement inclinée ?


Mon sentiment est qu’elle a été profondément impressionnée par les tableaux de la fête du slip devant lesquels elle vient de passer.
Elle incline en effet la tête à la manière de certaines figures féminines qui sont représentées.
Quelque pensée interlope serait-elle en train de lui faire chavirer l’osso buco (os troué en italien, autrement dit, la boîte crânienne) ?
À moins qu’il ne s’agisse de la fête du sleep et que Morphée9 soit en train de lui triturer la dure-mère10 (en anglais, sleep signifie sommeil, dormir) ?
Par-delà la métaphysique des mœurs, les questions sont parfois posées par le tableau lui-même :

Le discours officiel nous dit que ce tableau intitulé « Un port maritime » a été peint en 1644 par Claude (1604-1682).
Claude était célèbre pour ses somptueux ports maritimes. Trois fleurs de lys dorées (emblème du roi de France) sur le bâtiment à gauche et sur les pavillons du navire suggèrent que cette œuvre fut commandée par un Français. Cependant, l’architecture est romaine. L’entrée du bâtiment au premier plan s’inspire des jardins Farnèse à Rome. Au-delà se dresse l’arc de Titus, monument romain antique.
Cela ne nous dit pas aux chuchotements de quel portique va être sensible la proue du beau navire ; plus trivialement, si c’est l’homme qui prend la mer ou la mer qui prend l’homme. Dès que nous aurons choisi, palais ou navire, notre bâtiment, nous nous en allerons11.
Et puisqu’il nous faut parler du peintre sans mystère qui va suivre, autant le faire pendant que nous sommes dans le musée :

Pêcheurs valenciens (1895) de Joaquín Sorolla (1863-1923).
Sur une plage ensoleillée près de Valence, deux hommes inspectent leurs nasses en osier tandis qu’un bateau de pêche accoste. Sorolla est devenu célèbre pour ses scènes de plage méditerranéennes baignées de lumière. Cette toile figure parmi ses premières œuvres sur ce thème. Il y saisit la lumière vive du soleil et les ombres bleutées se reflétant sur l’eau qui caresse le sable dont les grains s’incrustent sous les ongles des pêcheurs pour former des panaris multicolores qui luisent comme des lanternes posées sur les fonds aréneux.
Si la Promenade des Anglais date de 1824, les Britanniques ont été les créateurs, les promoteurs et les principaux protagonistes de la Côte d’Azur, dès la seconde moitié du XVIIIe siècle.
L’esprit colonialiste, la lumière méditerranéenne, les personnages en pleine activité et le bouillonnement des eaux de la marine de Sorolla, s’opposent respectivement à l’émancipation, la lumière argentée, l’absence de personnage et la vibration du vent à la surface des eaux lacustres du tableau d’Akseli Gallen-Kallela, ci-dessous.

Lac Keitele (1905) d’Akseli Gallen-Kallela (1865-1931).
Cette œuvre, expression du nationalisme finlandais, fut peinte à une époque où la Finlande recouvrait son indépendance après plus de 800 ans de domination étrangère. Le motif en zigzag du vent sur les courants du lac évoque le héros populaire Väinämöinen, qui traversa le lac à la rame dans la saga finlandaise Kailevala. La palette argentée et l’absence de présence humaine contribuent à créer une atmosphère de calme et de contemplation.
Terminons la série des mystères par celui des trois enseignes. Quel est leur point commun ?


Réponse
Leurs centres : OO, 0, 🍎.
Au-delà du graphisme :
- KNOOPS signifie boutons. Les deux lettres centrales en forme de boutons sont les bienvenues !
- La Peugeot 201 est la première automobile de la marque à poser le principe de l’utilisation de la nomenclature à « 0 » central (encore en vigueur aujourd’hui). Une légende prétend à tort que le zéro central indiquait l’orifice dans lequel on introduisait la manivelle. Ce n’était pas le cas pour la 201 mais ce le sera pour quelques modèles ultérieurs. L’appellation 201 avait été choisie car c’était le 201e projet de la marque : les plus grandes idées ou découvertes sont le fruit de la sérendipité12.
- Le fruit défendu du jardin d’Eden :
- En hébreux et en arabe, Eden signifie délices.
- délice est composé du préfixe de- (ici un intensificateur) et de lacio/lacto (attirer/leurrer).
- Le jardin d’Eden est l’hôpital qui se fout de la charité, tout y est tromperie et tentation, le combat d’Adam et Eve était perdu d’avance : Dieu est un pervers narcissique qui créa l’homme à son image puis le priva de l’immortalité.
- Le jardin d’Eden est une allégorie du cerveau humain avec l’arbre de la connaissance (le surmoi), l’arbre de l’immortalité (le moi, ou la conscience qui laisse à l’être humain le sentiment d’être immortel), le ça (le serpent), l’autre (la dualité Adam et Eve), une représentation du monde (la pomme).
Puisque vous aimez les devinettes : la marque Prada est-elle présente au BHV ?


Réponse
Non, malgré ce joli jeu de mots : Bazard de l’Hôtel DEVIL !
« The DEVIL wears PRADA » : « Le DIABLE s’habille en PRADA. »
Vous trouverez la marque Prada aux Galeries Lafayette, au Printemps, et bien sûr dans les boutiques Prada (Prada est donc aussi une enseigne).
Contemporary art
Enfin, que serait le mystère sans l’art contemporain ? Surtout à Londres, berceau du Fish and chips :




Louise Bourgeois (1911-2010), née en France, a travaillé aux États-Unis et en France :

« Fillette (Version plus douce) », 1968-1999 (fonte de 2001).
Latex, plâtre, fil de fer et peinture. Cette sculpture représente un phallus agrandi, réalisé par superposition de latex sur du plâtre pour créer une texture charnue et tactile.
Discours du musée
Le mot français « fillette » signifie « petite fille ». Le phallus est un symbole souvent associé au pouvoir et à la masculinité. Le choix du titre par Bourgeois crée une ambiguïté de genre et contraste de manière ludique avec la forme de la sculpture qui ridiculise le patriarcat. Bourgeois a réalisé cette œuvre à la fin des années 1960, dans le sillage de la deuxième vague du féminisme, un mouvement social qui a encouragé les débats autour du genre et des droits reproductifs, de la sexualité et de la vie domestique, entre autres.
Discours de Wikipédia
Louise Bourgeois est surtout connue pour sa sculpture et ses installations monumentales. Elle explore des thèmes tels que l’univers domestique, la famille, le corps, notamment les organes sexuels, tout en abordant une approche qui se traduit comme une manifestation des subconscients et la réactivation de souvenirs de son enfance. Elle est proche des mouvements expressionnistes abstraits et du surréalisme, ainsi que du mouvement féministe, mais reste toute sa vie non affiliée à une mouvance particulière.
En 1982, elle publie dans le magazine d’art américain Artforum un récit illustré de photographies de son enfance, intitulé Child Abuse, dont l’esthétique est proche de celle des revues surréalistes des années 1930. Elle évoque dans ce texte un épisode aujourd’hui devenu fondateur dans la critique qui se déploie autour de Louise Bourgeois : au cours de son adolescence, Sadie Gordon Richmond, qui est l’enseignante privée d’anglais des enfants, devient la maîtresse de son père. Elle vit dix ans durant dans la maison familiale et la mère ferme les yeux sur cette relation. C’est ainsi seulement à partir des années 1980 que les lectures à la fois biographiques et psychanalytiques vont profondément orienter la lecture de l’œuvre de Louise Bourgeois, elle-même parlant de son travail sur le modèle de l’association libre.
Les minorités de l’art engagé :



En 2019, Simone Leigh a créé une série de sculptures mêlant la tête d’une femme, à l’architecture d’un lieu d’habitation ou d’un abri :

Le titre de cette œuvre, Sentinelle, est né d’une conversation entre Leigh et la poétesse Saidiya Hartman. Il évoque une gardienne veillant.
Plus tard dans l’année, Saidiya a écrit ce poème, qui propose une interprétation possible de Sentinelle :
Texte original
An Inventory of Upheaval
The methods of struggle are improvised in the cell, improvised in the air, improvised from nothing.
Is the riot like the general strike a bridge between now and the free territory?
Radical thought takes the form of riotous sound and fanciful modes of reasoning.
The enclosure provides the field for heroic deeds.
Was anarchy merely the expression of love and care? Of stealing themselves away?
The beautiful sentinels are gathered.
They dream a new set of arrangements. They dream the end of involuntary servitude.
The riot seeks to preserve nothing.
The methods of struggle are improvised in the air.
Saidiya Hartman, 2019.
Traduction française
Inventaire du bouleversement
Les méthodes de lutte s’improvisent dans la cellule, s’improvisent dans l’air, s’improvisent à partir de rien.
L’émeute, à l’instar de la grève générale, est-elle un pont entre présent et liberté ?
La pensée radicale prend la forme d’un tumulte sonore et de raisonnements fantaisistes.
L’enclos offre le terrain d’actes héroïques.
L’anarchie n’était-elle que l’expression de l’amour et de la sollicitude ? D’une fuite ?
Les sentinelles, si belles, sont rassemblées.
Elles rêvent d’un nouvel ordre. Elles rêvent de la fin de la servitude involontaire.
L’émeute ne cherche rien à préserver.
Les méthodes de lutte s’improvisent dans l’air.
Saidiya Hartman, 2019.
Traduction à deux francs seize
Boule en terre et inversement14
Dans le grimoire de mes facéties, j’affine la méthode.
Entre ombre et lumière, liberté et vérité, je cultive mes chagrins et, toujours plus profond, enfonce mes totems.
Je suis le bois et la clairière, le soupir et le citron, Dieu a entendu ma souffrance15.
De vulcanales16en triomphes de Vénus17, je m’offre des rolex de tristesse, des camions à benne de prière et, de fois à autres18, un dé à coudre d’immensité.
Il faudra tout jeter.
Parfois le parfum d’une plante écrasée entre deux doigts de papier.
Lemon Sigh19, 2025.
Modernisme nigérian :




Portraits
Un mot de passe vous sera demandé.
Notes
- Jeu de mots avec le titre de l’article. ↩︎
- Mickey : le chat sacré de Birmanie n’est pas à la souris, ce que le coq est à l’âne. Autrement dit, ne boudez pas la transition. ↩︎
- vitrines interactives : c’est là que les puces (informatiques) interviennent. ↩︎
- De sable : le sable est, en héraldique, un émail de couleur noire. Ici la nuit. ↩︎
- De sable au paon rouant miraillé d’or (héraldique) : paon ocellé d’or faisant la roue sur fond d’émail noir. L’héraldique est la science des blasons et de leur description. ↩︎
- statue de Martin Luther King : en surplomb du portail ouest de l’abbaye, en compagnie de neuf autres martyrs. ↩︎
- galerie (polysémie) : lieu de passage, tunnel, salle de musée, balcon à plusieurs rangs de spectateurs d’un théâtre, cadre métallique fixé sur le toit d’une voiture pour servir de porte-bagage. ↩︎
- Frogs (grenouilles) : surnom donné par les Anglais aux Français (qui raffolent des cuisses de grenouille). ↩︎
- Morphée : divinité grecque des rêves, un des Oneiroi, les mille enfants d’Hypnos (le Sommeil). ↩︎
- méninges : membranes qui enveloppent l’encéphale et la moelle épinière. De la surface vers la profondeur, on distingue la dure-mère, l’arachnoïde et la pie-mère. ↩︎
- en allerons : Dès que le vent soufflera (1983), Renaud. ↩︎
- sérendipité (de l’un des anciens noms de l’île de Sri Lanka, le persan Sarândip, île des Cingalais, dérivé du sanskri siṃhá, lion) : découverte par chance et sagacité de résultats pertinents que l’on ne cherchait pas. ↩︎
- Le Bateau ivre est un poème écrit par Arthur Rimbaud à la fin de l’été 1871, alors qu’il était âgé de 16 ans. ↩︎
- Boule en terre et inversement : contrepet approximatif de la traduction française « Inventaire du bouleversement. » ↩︎
- Je suis le bois et la clairière, Dieu a entendu ma souffrance : Simone vient de l’hébreu šim‘ōn (« Dieu a entendu ma souffrance ») et Leigh vient du vieil anglais leah, (« bois, clairière »). ↩︎
- vulcanales (suffixe -al marquant la relation, substantivé avec un e, toujours au pluriel) : fêtes romaines antiques en l’honneur de Vulcain, dieu du feu, des volcans et de la forge. ↩︎
- triomphe de Vénus : référence au tableau de Bronzino, l’Allégorie du triomphe de Vénus (voir l’article La mort d’un roi). ↩︎
- de fois à autres : construit sur la locution adverbiale vieillie « de fois à autre » qui signifie de temps en temps, de temps à autre. Le pluriel appliqué à autre suggère que fois est ici le pluriel de foi (il est question de prière juste avant). ↩︎
- Lemon Sigh (« Citron » « Soupir ») : contrepet approximatif de Simone Leigh. ↩︎

